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Écolos, mais pas trop...

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Si une large part de la population est convaincue de la nécessité d’une transition écologique, l’écologie peine encore à se définir comme une force politique et une cause sociale, tant elle reste dispersée entre des intérêts souvent antagoniques. Ce livre établit clairement les raisons de cette dispersion, pour défendre la possibilité d’un programme écologique progressiste, capable de se constituer autour d’un bloc populaire et majoritaire. Deux pôles se disputent aujourd’hui la légitimité d’un programme politique écologique. Le premier se satisfait d’une modernisation des appareils productifs, en s’en remettant aux promesses de la finance verte ou de la géo-ingénierie ; faute de bouleverser l’ordre social, il n’accouche d’aucun changement à la mesure de la crise écologique. Le second fait de l’écologie promeut une vision exclusive et maximaliste du changement qui vise à transformer en profondeur les manières d’habiter la planète, mais qui oublie d’en interroger les conditions sociales de possibilité ; il suscite la perplexité faute de tracer une voie réaliste, effective et mobilisatrice. C’est bien parce qu’elle est frappée de cécité sociale que l’écologie politique, dans ses différentes composantes, se brise sur la puissante inertie des structures collectives. Avant même de débattre d’un avenir durable, il est alors nécessaire d’opérer un retour sur les conditions d’une adhésion massive à une écologie de la transformation. À l’ère de l’anthropocène et des écocides de masse, l’analyse critique du capitalisme est le point de départ de la construction de politiques écologiques qui ne se réduisent pas à la valorisation de quelques mystiques qui ont réussi à changer de vie, ou à l’héroïsation de la bifurcation de quelques ingénieurs. À rebours des conceptions individualistes et apolitiques du monde, le débat écologique doit tenir compte des mécanismes sociaux qui font que, malgré le désastre en cours, la logique capitaliste se perpétue. Dans un contexte où il est de bon ton, dans les milieux militants ou institutionnels, de parler d’une « écologie populaire », l’écologie n’en reste pas moins écrite depuis le haut de l’espace social, avec une tendance marquée à invisibiliser les différentes facettes de l’injustice écologique : l’inégale vulnérabilité aux dégâts environnementaux de toutes sortes ; les inégalités d’accès et d’usages aux espaces naturels et aux pratiques culturelles qui peuvent s’y tenir ; l’inégal accès aux arènes publiques où les problèmes environnementaux sont traités ; les contributions différenciées des modes de vie ou des activités professionnelles aux nuisances écologiques. Ce sont ces asymétries qui charpentent ce que l’on peut appeler la condition écologique des classes sociales. L’analyse de l’inégale distribution des coûts et profits associés à la question environnementale doit saisir précisément où et comment cette condition écologique se différencie dans l’espace social. Plus les fractions d’une classe sociale sont fragmentées, plus il est compliqué pour ses membres d’élaborer des intérêts communs, et plus elle est fragile politiquement. Or en l’état actuel du monde tel qu’il (ne) va (pas), les politiques de l’écologie adoucissent les frontières entre les fractions de la classe dominante mais accentuent celles qui traversent les mondes populaires. Elles sont donc vouées à reconduire un ordre social écocidaire. La perspective sociologique exposée dans ce livre permet d’esquisser la façon dont l’écologie pourrait devenir un levier non plus de fragmentation mais d’intégration politique. C’est en effet en combattant les fondements matériels de l’inégale condition écologique des classes sociales que pourront se reconstituer des alliances entre classes moyennes et classes populaires en faveur d’une organisation sociale faisant de l’écologie l’un de fondements du vivre-ensemble.

128 pages, Paperback

Published April 19, 2024

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Displaying 1 - 6 of 6 reviews
32 reviews1 follower
August 11, 2025
Le sujet est passionnant et m'a permis de questionner ma façon de voir et faire l'écologie.

C'est pas toujours agréable de réaliser que mes comportements sont intrinsèquement liés à la classe sociale et à la volonté de se distinguer mais je pense que ça va fondamentalement changer ma façon d'aborder ces questions.

Ceci étant la lecture est souvent difficile et m'a pris quelques mois. je pense que ce n'est pas que dû au vocabulaire sociologique et à la densité du texte, mais aussi au fait que l'auteur ne décrit les pistes qu'il propose pour faire face aux contradictions décrites que très tard dans le livre.
Profile Image for Jacques Jacques.
28 reviews
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November 24, 2025
Bel essai sur le lien entre classe sociale et écologie. On y apprend entre autre que les gourous du capitalisme vert ne veulent pas être militant car les dreadlocks c'est moche et ça pue mais justifient leurs bénéfices grâce aux actions des militants. Sans militantisme écolo, la croissance verte n'aurait aucune base pour se justifier de créer de nouvelles entreprises (qui fonctionnent bien) au nom de l'écologie.
Profile Image for Clara.
111 reviews3 followers
September 17, 2024
Une chose à retenir de ma review : LISEZ CE LIVRE!
Aloooooors, tellement de choses à dire :

- Avant de parler du contenu, on va parler de la forme, qui mérite un paragraphe entier!!! C’est clair, bien structuré, rempli de références sourcées, L’auteur a su garder une écriture simple et fluide malgré un sujet bien costaud et dans lequel la culpabilisation aurait pu très vite transparaître, que nenni et même bien au contraire! Il expose des faits, certains qui piquent (l’ecolo bobo que je suis doit évoluer) mais des faits concrets qui mérite d’être lu !

- Pour le fond, quel sujet! C’est rempli d’exemple pour montrer à quel point l’écologie bobo est ancré, accepté et valorisé alors qu’inefficace, que c’est pour nos jolis conscience qu’on fait ça plutôt que pour le bien de l’humanité mais je le répète, aucune culpabilisation! On est dans un système, où il est difficile d’être pleinement en accord avec ces valeurs sans être marginalisé et qu’il est plus simple de conserver ces privilèges que d’y mettre volontairement un terme. Je ne parle pas de la classe populaire qui n’a même pas les moyens d’écologiser sa vie et qui pourtant, sont certainement plus écolo que moi!


J’ai DÉVORÉ ce livre alors que, pour ce type de livre, j’ai plus l’habitude de prendre mon temps!
Je recommande x10000
Profile Image for Florian.
127 reviews
December 24, 2024
Lu dans le cadre d'un arpentage.
Un essai de sociologie sur les "écolos", ceux qui s'en réclament tout du moins, leurs milieux sociaux, leurs motivations, etc. Le livre est truffé de témoignages édifiants, et éclaire bien une tendance qui veut qu'il y ait de plus en plus d'écolos, sans que l'écologie n'avance d'un pas. Une lecture utile.
26 reviews2 followers
December 27, 2025
il s'y prend trop bien pour démontrer à quel point l'écologie dominante actuelle ne peut correspondre qu'à une seule classe
Profile Image for In_Mart.
239 reviews1 follower
March 21, 2026
Jean-Baptiste Comby propose une analyse sociologique du rapport à l'écologie selon la classe sociale. Il enquête sur la bourgeoisie culturelle, la bourgeoisie économique, et les classes populaires, qui se répartissent en plusieurs fractions selon leur rapport à l'écologie.

Le style n'est pas le plus facile d'accès, le livre est tout petit mais j'ai dû souvent m'accrocher ou relire les mêmes pages pour être sûr de bien saisir - et je ne suis pas sûr d'avoir saisi toutes les subtilités de l'analyse.

Le propos reste néanmoins très intéressant : j'en retiens le fait que les classes les plus élevées sont celles qui polluent le plus (sans surprise mais c'est toujours bon de le lire), qu'elles adoptent une position réformatrice qui n'entend pas vraiment remettre en cause leurs privilèges, et que l'écologie apparaît souvent comme une façon de moraliser leur mode de vie bourgeois. À l'inverse, l'écologie clive les classes populaires en raison d'injonctions impossibles à tenir et distinction revendiquée de ceux qui sont écolos de ceux qui ne le sont pas.

L'ouvrage montre bien que le capitalisme vert n'est pas une solution aux problèmes écologiques. À faire lire à tous les potos "écolos".
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