Moto Hagio est l’une des premières artistes féminines à avoir osé enfreindre les codes du manga qui, dans les années 60, imposaient à ces dernières des histoires simplettes à l’eau de rose. À l’image du grand maître Osamu Tezuka, elle n’hésita pas à explorer divers horizons, allant de la saga vampirique aux récits de SF à la Ray Bradbury, maîtrisant au passage les critiques sociales ou les fables amères. Tout en gardant un trait élégant, ses œuvres dépassent largement les frontières que l’on attribue habituellement aux shojo manga et prennent une dimension universelle qui ne manquera pas d’intéresser tout lecteur curieux, habitué ou non au manga. Les éditions Glénat ont ici sélectionné, spécialement pour le lectorat français, cinq récits pour découvrir toute l’étendue du talent de cette artiste. De l'humain réunit ici des récits proches du réel : La fille de l’iguane, Demi-dieu, November gymnasium, Pauvre maman et Egg stand . Cette nouvelle édition de l'anthologie vous permet ainsi de découvrir toutes les facettes de Moto Hagio, avec notamment un contenu agrémenté de préfaces et de commentaires qui vous aideront à mieux situer l’artiste et son importance dans l’essor actuel que connaît le manga.
Moto Hagio (萩尾望都 Hagio Moto) is a manga artist born in Ōmuta, Fukuoka Prefecture, Japan, though she currently lives in Saitama Prefecture. She is considered a "founding mother" of modern shōjo manga, and a member of the Year 24 Group (24-Gumi). She helped pioneer modern shōjo manga, modern science fiction manga, and BL manga. In addition to being an "industry pioneer", her body of work "shows a maturity, depth and personal vision found only in the finest of creative artists". She has been described as "the most beloved shōjo manga artist of all time."
Moto Hagio made her professional debut in 1969 at the age of 20 with her short story Lulu to Mimi on Kodansha's magazine Nakayoshi. Later she produced a series of short stories for various magazines for Shogakukan. Two years after her debut, she published Juichigatsu no Gimunajiumu (The November Gymnasium), a short story which dealt openly with love between two boys at a boarding school. The story was part of a larger movement by female manga artists at the time which pioneered a genre of girls' comics about love between young men. In 1974, Hagio developed this story into the longer Toma no shinzo (The Heart of Thomas). She was awarded the Shogakukan Manga Award in 1976 for her science fiction classic Juichinin iru! (They Were Eleven) and her epic tale Poe no ichizoku (The Poe Family).
Alors que le volume est plus fin et que les histoires sont moins tapes à l'oeil, le voilà le Chef d'oeuvre de Moto Hagio. C'est dans l'humanité que s'accomplie cette immense autrice.
Avec cependant un travail éditorial à nouveau à minima, sans la moindre page couleur ou bichromique cette fois et avec une préface encore une fois identique à celle de la première édition datant d'il y a 10 ans.... on retrouve quand même des histoires d'une rare puissance qui méritent, qu'il faut !, découvrir.
Avec des thèmes encore plus riches, plus sombres et plus complexes que dans Rêverie, l'autrice touche ici à notre intimité dans ce qu'elle a de plus dérangeante. Elle interroge ainsi sur la maternité, sur l'amour filial, sur la dépression et le suicide, ou encore sur la violence du temps de la guerre. C'est vraiment rude et âpre.
Dans des histoires s'étalant des années 70 à 90, on voit également l'évolution et les marqueurs graphiques de cette grande autrice qui la démarque. Un trait unique. Des compositions d'une rare vivacité où l'autrice montre qu'elle est l'une des rares à avoir compris à ce point l'importance du mouvement et qui sait comment le retranscrire sans tenir compte des pages. Des ambiances dramatiques également que les histoires soient fantastiques, futuristes ou profondément ancrées dans notre histoire. C'est une génie de la narration graphique et son impact est grand sur les lecteurs.
Lors de son séjour récent à Angoulême, elle a parlé de son relation complexe à sa mère et de la façon dont elle a évacué celle-ci dans notre de ses oeuvres. La Princesse Iguane en est le meilleur exemple et c'est avec ce titre fort que s'ouvre le recueil. Comment ne pas être frappé par le récit puissant de ce rejet de la maternité, de cette dépression post-partum si souvent évacuée et cachée ? L'autrice met les pieds dans le plat et évoque avec justesse les relations parents-enfants qui parfois ne se font pas. Bouleversant.
Mais les autres histoires ne sont pas en reste. Celle de Mon côté ange, avec les soeurs siamoises est également frappant. Il peut décrire la relation vampirisante qu'ont certains membre d'une même fratrie et les ravages d'une relation toxique détestée mais adorée également. Je retrouve notamment ici le poids vécu au sein d'une famille par les aidants d'une personne handicapée, qui sont totalement happés par elle, lui donnent tout, en souffrent, mais ne peuvent s'empêcher de l'aimer. Cela a trouvé un grand écho en moi.
Le Pensionnat de novembre est également un texte fondateur. Comme dans le précédent volume où nous avions une préquelle du Clan de Poe, voici celle du Coeur de Thomas, que je dois impérativement relire. On retrouve ici un superbe texte avec un internat pour garçons en décor, avec tout ce que cela implique de drame, de brimade, de secret, le tout dans une ambiance étrange et dépressive comme on connaît et aime. A nouveau une très belle incursion dans le monde des futurs premiers Boys Love.
L'autrice est tout aussi puissante dans les récits dans un décor historique comme le démontre avec force émotion Le coquetier, qui se déroule dans le Paris occupé de la 2nde Guerre. L'autrice ose, et il le fallait, parler antisémitisme, collaboration, prostitution et même prostitution infantile, le tout dans un cadre très sombre fait de meurtres et autres violences inqualifiables. Cela fait vraiment trembler et en même temps, tout comme dans Pauvre maman qui le précède, il y a une grande beauté dans l'émotion de la relation mère-enfant / soeur-enfant de circonstance qui naît ici. La tragédie est le creuset de tellement d'humanité chez Moto Hagio. Je comprends tellement les liens qui sont faits entre elle et l'oeuvre de Cocteau.
Anthologie peut-être encore plus complète pour découvrir l'autrice, chaque texte a su faire vibrer ma corde sensible et pas seulement pour la merveilleuse expérience visuelle que c'est, mais surtout pour ce que cela a trituré en mois. Ce volume porte définitivement très bien son titre "De l'humain", c'est la quintessence de ce que l'autrice peut faire dans ce domaine et on croise fort les doigts de pouvoir un jour découvrir ses autres textes et oeuvres dessus, notamment le très sombre Zankoku na kami ga shihai suru <3
Extrait : Nouvelle anthologie de Moto Hagio, après une première anthologie magnifique je m’attends donc à une nouvelle et belle surprise ! Une autrice que j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures de ses ouvrages. J’en ai encore à découvrir d’ailleurs et j’espère que l’on pourra avoir d’autres de ses productions en France. Le style graphique est particulier, mais ne me déplait pas du tout, au contraire, il participe à l’ensorcellement.
Le premier récit de cette anthologie est également l’un de ceux qui m’a le plus marqué. Le début est un peu comme un conte, comme celui de la petite sirène. Une princesse iguane tome amoureuse d’un humain et fait donc le souhait de devenir humaine. La sorcière ne pose alors qu’une seule condition : personne ne doit apprendre la vérité sur son apparence ou son prince charmant partira à tout jamais. Directement après cette scène, on tombe sur une femme en train d’accoucher et la surprise est grande pour elle, puisque sa fille, à ses yeux, est un iguane. Pourtant, tout le monde voit ce nouveau bébé normalement, il n’y a qu’elle qui y voit un iguane. Un peu par réflexe, elle finira donc par dénigrer totalement sa fille, au profit de la seconde, qui est bien humaine. Parce qu’elle a choisi d’oublier, la mère ne s’est pas souvenue de sa propre condition et a été incapable d’aimer sa fille ainée, tout en souffrant pour cela. La fille aussi souffre, puisqu’elle ne comprend pas pourquoi elle est traitée si différemment. Cette histoire est vraiment triste, elle parle de parentalité, de l’amour maternel pas toujours présent, des conséquences psychologiques sur les enfants. Mais surtout, l’histoire montre que ce n’est pas parce qu’on a subi, qu’on fera subir également et j’ai trouvé ça très beau. L’image de l’iguane n’est sans pas choisi au hasard non plus, puisqu’il s’agit d’un reptile, qui a donc le sang froid. Une manière de rapprocher cela d’un cœur froid, dénué d’émotions, comme semble avoir la mère à l’égard de sa fille. La seconde sœur, qui répètera d’abord les paroles de sa mère, finira par comprendre et changer drastiquement de comportement au point de même se rebeller un peu contre sa mère.
La seconde histoire est tout aussi tragique et m’a tout autant plu. Elle parle de sœurs siamoises unies par le corps l’une à l’autre. L’une des jeunes filles est magnifique, mais totalement inerte intellectuellement, tandis que l’autre à un corps rachitique mais une forte intelligence. La première n’arrive même pas à marcher et c’est alors à l’autre de la soutenir. Evidemment, elle finit par jalouser sa sœur, car elle doit tout faire pour elle, pour sa beauté d’ange et personne ne pense jamais à elle. Puis une vérité évidente éclate, comme souvent avec les fratries siamoises, la durée de vite n’est pas bien longue surtout dans certains cas, comme ici. La mise de côté comprend enfin pourquoi elle a une apparence si différente, c’est parce qu’elle est la seule à transformer ce qu’elle consomme, à produire de l’énergie, mais sa sœur lui prend tout, encore une fois. Pour survivre, il n’y a donc pas le choix, il faut séparer les deux jeunes filles, condamnant inévitablement celle qui est incapable de survivre seule. La joie n’est que de courte durée, la question tombe vite : est-ce vraiment elle qui est morte ce jour-là ? Les jumeaux ont tendance à être très fusionnels, j’imagine donc qu’il en est de même pour les siamois. Ses questionnements sont donc normaux et bien évidemment, en reprenant des forces, son apparence change et prend étrangement celle qu’elle considère comme une autre personne. Crise d’identité dans ce titre, regrets aussi sans doute…
Ce volume comporte 5 histoires qui évoquent les liens familliaux et la mort. Si l'ensemble est bien maitrisé et intéressant à lire, j'ai trouvé les histoires tristes et déprimantes. J'ai clairement préféré l'anthologie de la rêverie et son côté SF moins sombre, mais le volume de l'humain est aussi une bonne manière de découvrir la mangaka dans d'autres ambiances et thématiques.
mon premier moto hagio. mais quelles histoires intriguantes remplis de tout les déboires de la condition humaine, je me lance immédiatement dans son anthologie de la rêverie, et incessamment dans TOUT le reste de son œuvre que l'on m'a ventée et ventée.