L'artiste et la politique recueille deux essais de Virginia Woolf : « Pourquoi l’art suit la politique aujourd’hui » (1936) et « La tour penchée » (1940).?Ces deux essais sont écrits dans un contexte troublé, Virginia Woolf repense la création et l’écriture dans une Europe en plein bouleversement. « La tour penchée » s’impose comme l’un des textes théoriques les plus importants de Virginia Woolf dans la mesure où elle propose une déconstruction mordante de la masculinité et en particulier de la manière dont ont été formés les intellectuels anglais jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Le deuxième texte est mon préféré… la tour penchée ; on y observe une élite littéraire installée dans la hauteur de ses évidences… Une littérature anglophone autocentrée, autosuffisante… Tour inclinée plutôt qu’ancrée… Je l’entends avec le concept de Bourdieu : l’habitus, cette mémoire incorporée, incline les corps et les phrases… On écrit depuis un monde appris avant même d’être pensé… On pense notre monde à travers des chemins qu’on a fixé seul.
Le capitalisme moderne accentue la différence… dissociation du pouvoir économique et du pouvoir symbolique… chacun retranché dans son langage… La littérature devient symptôme d’un sol qui n’est plus visible par les dominants… Un mur apparaît.
Et, plus haut durement caché… une côte plus discrète… l’ordre masculin distribue l’espace et le silence… certaines voix demeurent à la porte… L’entrisme feutré des cénacles protège ses rites… et la fermeture d’esprit persiste, polie, droite…
Deux textes passionnants sur le rôle de l’écrivain, la littérature, et l’accessibilité de la pensée.
Virginia Woolf encore trop forte, elle libère les artistes en les invitants à sortir de leurs classes, d’abolir ce système en attendant que cela arrive dans la société (ce qui arrivera selon elle après la seconde guerre mondiale, triste)