Soigner est une variation du verbe aimer. Sans amour pour l’autre, pas de soin.L’humain n’est pas une machine. Ouanessa Younsi nous en rappelle la beauté et la fragilité.ANNE-MARIE CLARET, REVUE RELATIONSL’écriture chuchote l’amour, martèle la souffrance, berce la folie et la beauté dans un même élan.MARIE-CLAUDE GIROUX, LE MOUTON NOIRC’est un tour de force que de parler de santé mentale avec une prose si délicate.STÉPHANIE PRONOVOST, LE FIL ROUGEOuanessa Younsi est poète, autrice et médecin psychiatre.
Née en 1984, Ouanessa Younsi est poète et médecin psychiatre. Elle poursuit également des études à la maîtrise en philosophie. Elle a publié deux recueils de poésie aux éditions Mémoire d'encrier : Prendre langue (2011) et Emprunter aux oiseaux (2014), et codirigé avec Isabelle Duval le livre collectif Femmes rapaillées (2016).
« Il faut émerger de l'abîme pour organiser le chaos. »
Il est intéressant de savoir qu'Ouanessa Younsi est une psychiatre ayant effectuée ses études en médecine à l'Université Laval et ayant poursuivie le même cours de littérature dans lequel je suis présentement inscrite sous la tutelle du même professeur...le monde est petit.
L'autrice redéfinie l'empathie en teintant celle-ci d'une atmosphère littéraire (une puissance créatrice réunissant toutes âmes vivantes) afin d'éviter l'auto-destruction, car il est dangereux de côtoyer la souffrance au péril de l'acquérir. Quelle est la limite de cette empathie? Que pouvons-nous faire en tant que soignant? Je vois mon reflet dans les mots de l'autrice. On est jeune. Vif. On nous jette dans un système en ruine où les nombreuses possibilités nous noient. « Que pouvons-nous faire pour soulager des maux vieux de trop de siècle? » On est impuissant face à la tâche qu'on nous propose; celle-ci nous gifle et nous incite à rebrousser chemin, car qui sommes-nous pour détenir la conviction d'un souffle nouveau? Je la comprend...n'est-ce pas uniquement une fantaisie ou un mensonge qu'on essaye d'avaler? Je me soigne par l'entremise de la création me permettant d'épauler autrui dont le fardeau les pousse sous terre. La littérature, la métamorphose de l'amour. Est-elle la réponse à la souffrance?
Pour une amoureuse du care et des mots comme moi, c'était vraiment wow de lire la pensée d'une psychiatre qui s'éloigne des discours scientistes pour ainsi faire un pont avec l'art et la création. Un peu beaucoup tannée d'être sur les bancs universitaires qui m'apparaissent souvent manquer de douceur, de sensibilité et d'humanisation, ça m'a personnellement redonné espoir d'être témoin d'une professionnelle du domaine médical également sceptique de la glorification de la science et des données probantes comme l'unique réponse faisant preuve de courage en dévoilant de sa vulnérabilité au grand public – chose souvent découragée, voir démonisée, et stigmatisée dans les métiers du care. 🤍
« Oh j'ai lu des textes de psychiatrie transculturelle. Toujours ce questionnement en tête : lorsque les Occidentaux traitent d'acculturation dans des articles sur les taux de suicide des Autochtones, qu'est-ce qu'on en sait? Il me semble périlleux de parler pour un peuple, en son nom, de ses ombres. N'est-ce pas plutôt par la littérature, les arts, la culture, que souffle une parole fondamentale, en une langue maternelle qui dévoile davantage que les articles scientifiques? » (p. 57)
« C'est par ma souffrance, et par la tienne [...] que je parviens à tendre l'oreille, la main, le coeur. Je me laisse bouleverser, émouvoir, je n'ai plus peur de la folie, je l'apprivoise [...]. Je suis touchée. Être touchée est le propre du poète et du soignant. » (p. 127)
Je viens d'en terminer la lecture etje suis bouleversée. Ouanessa Younsi a soigné la soignante que je suis. Ce qu'elle écrit correspond profondément à ce que je crois, au pouvoir des mots, des images, de la littérature comme espace de mentalisation, comme espace psychique dit-elle, comme espace transitionnel entre le monde interne et le réel. Parmi les plus belles pages également sur la mort d'un être cher, sur l'anorexie. Un bijou!
Psychiatre et poète, l'autrice relate à sa façon en quoi les patients qu'elle soigne représentent d'abord et avant tout une rencontre "d'humain à humain". Une relation qui l'aide à se définir et à définir sa pratique. Écrire est sa thérapie. Écrire, est cette façon de transcender l'indicible, de prendre du recul, de créer du sens au travers de la souffrance qu'engendre ce qu'on appelle la folie. Écrire pour se dire, pour se soigner soi-même.
Il se dégage de ce texte une humanité, une sensibilité et une vulnérabilité qui font craquer l'image du médecin spécialiste, du psychiatre, immunisé contre la maladie.
J'ai été assez déçue par le recueil... J'avais entendue l'auteure réciter une partie du poème "Merci de m'avoir attendue pour mourir", qui m'avait beaucoup émue. Par contre, j'ai trouvé la majeure partie des textes trop "livrés" et cérébraux... J'ai bien aimé l'épilogue, qui versait plus dans l'essai.
Un essai magnifique de l'autrice qui est également psychiatre. Elle nous parle de soins en psychiatrie et de ses propres ressentis en tant que médecin. Elle aborde également des sujets de l'intime. Son essai est poétique, juste et m'a beaucoup plu.
Belle réflexion sur le rôle d’un psychiatre et l’apport de la littérature pour le professionnel. L’auteur relate l’histoire de certains de ses patients (fictifs) et tout le long tente de nous faire comprendre que le rôle d’un psychiatre s’est d’aimer, d’aimer l’autrui et ensuite le soigner.
« Qu’importe si cela dépassait les bornes puisque c’est le but, précisément, de l’écriture: que ça déborde. Ce que je ne comprenais pas, la page s’en emparait. »
Une ode à la littérature, une réflexion sur le soin mais plus encore sur soi, les autres, une célébration de l’altérité. « Le soin ne peut s’exercer sans la poésie d’une âme ouverte à la folie en soi. »
Dre Younsi a une écriture poétique, douce et légère. J'ai beaucoup apprécié son écriture. J'ai d'autant plus apprécié sa vision de la relation d'aide, que je trouve imprégnée d'un humanisme authentique et d'une humilité inspirante. Je la considère maintenant comme un modèle ; elle me montre qu'il est possible de soigner en ayant un profond désir de bien le faire, malgré nos doutes sur nos aptitudes comme soignants, sur notre rôle, etc... J'espère vraiment qu'elle publiera plus de livres sur sa vision de la pratique psychiatrique dans le système québécois !