Sur une terre que l'homme semble avoir désertée, où l'eau est devenue rarissime, tous les vivants - " mobiles autant qu'immobiles " - souffrent de la soif. Les végétaux dépérissent. Les animaux aquatiques aussi, pris au piège de l'évaporation de leurs demeures. Au retour de leurs longs périples, les oiseaux migrateurs n'apportent pas de bonnes nouvelles : partout la sécheresse sévit.
" Quelques-uns pourtant avaient osé, s'étaient décidés pour une des quatre directions, par choix ou guidés par pur hasard, et s'étaient mis en marche, droit devant. Rousse était de ceux-là. "
Ainsi commence ce bref roman, porté par une langue au ras du réel, de la conscience et des sensations de Rousse, une jeune renarde. Son histoire possède la clarté d'une fable et la puissance d'une odyssée. Le chapitre où Rousse découvre une trace de l'existence passée des hommes –; l'incompréhensible carlingue d'un avion de ligne écrasé au sol –; est inoubliable. Tout comme sont inoubliables les scènes où elle chemine et dialogue avec un vieux corbeau très sage, du nom de Noirciel. Et quel meilleur suspense que la recherche héroïque d'une eau vitale, mais peut-être impossible à trouver...
L'exergue, emprunté à Jean Giono, dit tout de l'ambition poétique et métaphysique de ce roman splendide : " Dans tous les livres actuels on donne à mon avis une trop grande place aux êtres mesquins et l'on néglige de nous faire percevoir le halètement des beaux habitants de l'univers. "
Ce court roman avait tout pour me plaire : - une jolie couverture, - l'histoire d'une jeune renarde, Rousse, qui doit fuir son territoire connu, dévasté par le réchauffement climatique et découvre le monde et ses habitants (d'autres animaux, elle ne croise pas d'humains) en suivant le Grand Fleuve, - une écriture poétique et particulière (sans déterminant le/la/les) qui permet de se mettre plus facilement dans la tête de Rousse, de percevoir ses émotions, ...
Mais j'ai fini peiné à le lire sans sauter des paragraphes, freinée voire irritée par le style d'écriture (l'absence de déterminant, la répétition de certaines phrases qui m'a agacée,...).
Dommage. Je vais néanmoins essayer de le faire lire à mes enfants ou d'autres personnes car je sais qu'il a beaucoup plu et créé de jolies émotions chez d'autres amies.
My rating probably isn't fair as I am not the target group for this kind of programmatic literature, an ode to nature and its inhabitants. And because it is the first book I read in French since high school - which I left 35 years ago. But my new partner is French and she gave this book to me as she liked the poetic language very much. This is probably one of the big selling points of Rousse but was mostly lost on me, struggling with understanding the sentences at all. The rich vocabulary stemming mostly from the field of nature made it more difficult to read while my language skills weren't sufficient to appreciate it. Also, the whole book is written in past tense with conversations being told in retrospective, making it a bit more challenging.
The content is simple and the title is giving it away. Rousse is a young female fox, leaving the familiar woods to explore the world and its inhabitants. One of the reasons is an encompassing drought drying-out the rivers. So she's aiming to find more verdant areas, driven by her curiosity and passion for learning. On her way, she passes different landscapes, many of them deformed, some covered by strange grey matter (you guessed it, streets). Humans have disappeared but there are rumours of ancient flat-faced peoples among the surviving animals. It is never explained what happened but there are more remainders such as icy flames glowing at night.
During her excursion, she meets a few companions. First, a bear who rescues her from a pack of wolves. Then, Noirciel - an old wise raven: "Noirciel était maitre, Noirciel savait." She comes across a hoard of boars, a solitary squirrel, another master which is the leader of elephants. And she meets another fox, having three young pups with him. Alone again in the end, Rousse ends her travels on the shores of the great ocean, recognizing that her knowledge is still limited, vowing to pass it on to pupils herself.
For my taste, the message of the book is too blunt and almost preachy. Nature is beautiful, let it have its way. Stay curious, learn what you can.
Un très joli roman aux airs de fable où l'on suit une renarde du nom de Rousse qui souhaite découvrir le monde. Dictée par son désir d'aventure, elle rencontre d'autres animaux qui lui montrent ce qu'est le monde, dans la rudesse, cruauté et beauté mais aussi dans les liens qui les unissent entre eux et au vivant, à la nature. Ici, Rousse explore une nature où les hommes ne sont plus et où la sécheresse sévit les animaux. Sa quête est ainsi riche d'histoires.
Seulement l'écriture du roman, aussi intelligente que particulière m'a quelque peu freinée dans la lecture. Le parti pris de l'auteur est de ne pas utiliser d'articles "un·e / le·la etc" ne sont jamais employés ce qui donne un style singulier qui agrémente le point de vue animal où on sent que la nature est et perdure toujours mais qui ne facilite pas la fluidité du texte. J'ai été aussi étonnée de l'écriture qu'elle est bien pensée tout en étant un peu bloquante.
C'est un très bon roman : étonnant et particulier mais qui fonctionne !
Rousse est une renarde qui parcourt le monde qu'elle connaît, puis celui qu'elle ne connaît pas et plus loin encore. Elle fera de belles rencontres qui l'aideront à être celle qui sait. Roman très poétique, appuyé par l'écriture particulière sans déterminant (un peu déstabilisant au début puis ça devient une richesse de language qui porte le récit).
Une ode à la nature et au vivant. A mi-chemin entre une fable et une odyssée contemplative, j’ai été bercée par la musicalité de ce texte, la poésie de ces mots. Si le film Flō était un livre, ce serait celui-ci.
Cette lecture était pleine d’émotions et de sensibilité. Je referme ce livre avec une pointe de nostalgie à l’idée de quitter Rousse si rapidement.
Une fable qui traverse le monde à travers le regard de ceux qui l'habitent. La langue de Denis Infante est aussi simple et envoûtante que la narratrice de cette odyssée animale. Une sublime claque.
J'ai été très déstabilisée par l'écriture sans articles (par exemple : "Rousse était jeune renarde à robe flamboyante..."), si bien que j'ai failli abandonner à ma première session de lecture car je n'arrivais pas à rentrer dans l'histoire. J'ai décidé de laisser une deuxième chance à ce roman en le continuant quelques jours plus tard (j'ai alors lu à voix haute, ça aide). Et finalement, on s'y fait ! Mais il m'a fallu quand même plusieurs jours de lecture avant de m'y habituer.
Je comptais noter ce livre 2/5 au début de ma lecture à cause de la façon d'écrire de l'auteur, mais c'était au final une très jolie histoire avec une écriture que j'ai trouvé des plus poétiques. On découvre plein de "beaux habitants de l'univers" et c'est très rafraîchissant de ne pas lire une histoire de traîtrise, de jalousie, de convoitise... qui sont des traits fondamentalement humains. Les descriptions de la nature sont très belles !
La grammaire comportant des lacunes s'explique par le fait que les animaux "parlent" (on n'a jamais de dialogue direct, mais uniquement de la narration) comme des humains, mais ceux-ci ayant disparu depuis de nombreuses générations, le language s'est en partie perdu (certains animaux sont nommés par des noms approximatifs, comme les "krokodiles"). L'histoire est découpée en 3 parties, eux-même découpés en chapitres très courts (3-4 pages en général), c'est donc très accessible en ce sens ! Mais le vocabulaire peut être assez complexe parfois.
On suit le point de vue de Rousse, une jeune renarde. On n'a donc pas d'explications sur la disparition des humains et certaines descriptions étaient assez floues pour moi. • Un chemin gris et dur est décrit, j'ai compris qu'il s'agissait d'une route • Par contre, il est fait mention de "krakens", sont-ce des pieuvres, ou une nouvelle espèce ? • Flamme Froide est-elle un barrage ? • Et quid de la neige rouge, est-ce le résidu d'une météorite ? Même sans avoir tout compris, on profite du voyage de Rousse qui découvre chaque jour de nouvelles choses.
En conclusion, il s'agit d'une histoire dans laquelle il est difficile de rentrer, mais ça vaut le coup de persévérer ! Les personnages sont vertueux et bons les uns envers les autres (sans oublier la chaîne alimentaire bien sûr). Nature, amitié, apprentissage et voyage sont les maîtres mots de ce court roman. La conclusion est parfaite, je ne me pose pas plus de questions comme pour certaines histoires.
Rousse, jeune renarde intrépide, part en exploration pour fuir sa région dévastée par la sécheresse.
Un superbe voyage aux milles paysages variés, lumineux et parfois redoutables. Ce sont la lumière, les végétaux, les nuées d'insectes ou les pierres sous ses pattes qui donnent du mouvement et de l'ampleur. Ça fonctionne vraiment bien, elle nous transporte littéralement dans sa quête le long du Grand Fleuve.
Le gros problème de ce livre est son écriture. Je n'ai pas pu m'habituer à l'absence d'articles et la lecture m'a vraiment semblé difficile par moment.
À Rousse 🦊, mais aussi : Noirciel 🖤 Brune 🤎 Ombre 🤎 Feu 🧡 Écorce de Hêtre 🩶
À travers cette fable, on suit Rousse, une jeune renarde intrépide, au cœur d’une nature qui renaît lentement, reprenant ses droits malgré les blessures d’un passé dévastateur encore omniprésent.
Au cœur de cette ode à la nature et aux vivants, l’espoir renaît. Ici, l’homme n’est plus. « Blessures et souillures seules restent de ce peuple qui voulut être maître du monde et de toutes créatures de sève et de sang qui naissent et qui croissent sur terre ».
Le seul bémol de ce petit livre est la prose particulière de l’auteur : en voulant s’éloigner du langage humain (avec la suppression des articles), la lecture s’avère fastidieuse et déroutante par moments.
Un ode à la poésie pleine de sensibilité. Malgré un début parfois long et difficile à lire, lié à la syntaxe particulière mais nécessaire au récit, je ne pourrai que recommander ce livre pour les amoureux de la nature. Un point de vue qui semblait reprendre le topos de la vie animale qu’on a déjà pu lire dans d’autres livres, mais qui pourtant m’a beaucoup plus marqué ici. Rousse est attachante, avec des réflexions fortes et que l’aventure ne cesse de faire évoluer. J’ai adoré ☆彡
( et pourtant dieu sait que je déteste la poésie, même en prose )
Trop mignon, l’épopée d’une jeune renarde qui veut découvrir le monde Écrit en « langue animale », donc parfois difficile à suivre même si ça rend le récit très poétique et imagé Je n’avais jamais lu qq chose comme ça
Extrait : « Je retrouve solitude renarde, mais dans ma mémoire resurgissent nombreuses rencontres sur cette si longue route. Mémoire de Rousse peuplée comme terre d'abondance, comme bord du fleuve quand vient trêve au crépuscule. Je me souviens. Je tremble et je ris. Se souvenir est comme rêver yeux ouverts. »
C’est tellement joli si le mot « joli » n’avait pas parfois une connotation mièvre. Rousse parcourt le monde et rencontre d’autres vivants animaux et arbres. Les humains ont disparu depuis longtemps mais leurs traces funestes subsistent. On sent la terre, le sable, la mousse sous nos coussinets. On devient renarde. La langue utilisée est appropriée au ton et au thème. Elle est tenue de bout en bout ce qui est une belle performance. Une bien jolie fable.
Je ne suis pas convaincue du tout. C'est une fable où l'on suit une renarde dans sa découverte du monde. OK, mais rien d'extraordinaire. Ensuite, l'écriture, et c'est là que le bât blesse pour moi : Denis Infante a tenté une écriture sans article (ou presque) ; ça donne certaines trouvailles, mais la plupart du temps, c'est juste bizarre. Et je n'ai pas compris quel était l'effet recherché. Flop pour moi.
J'ai beaucoup aimé cette odyssée aux allures de fable. La forme est particulière, puisqu'il n'y a pas de déterminant, ou très peu. C'est déroutant à la lecture, mais on s'y habitue (et j'aime ce côté ovni). Les humains ont disparu, mais leur impact sur la nature reste et les animaux tentent de s'adapter à cette terre qui n'a plus rien de commun avec ce que nous connaissons. C'est sensible et touchant, une belle surprise.
"Rousse courait bois, humait vent, dansait sous lune et étoiles, dormait sur tapis de mousse, chassait proies et buvait leur sang aussi rouge que sa toison, aussi revigorant que puissante joie. Parfois, Rousse se sentait si chargée d'énergie, si vibrante de vie, si forte et si libre qu'elle jappait à en perdre haleine comme enivrée de son propre fulgurant bonheur."
très poétique! j’ai beaucoup aimé la façon dont la nature est décrite. On sent son vivant et tout sa beauté à travers les mots de ce livre. J’ai eu un peu de misère avec la dernière partie qui je trouve a trop changé de tempo, mais la toute fin est très touchante et belle!
Toute en beauté ! cette fable est à mettre entre toutes les mains, grandes comme petites. Le style y est singulier et donne toute son anthenticité à l'histoire ! Je vais m'empresser de lire les autres romans de Denis Infante pour y retrouver son talent.
3.5 la seule chose qui m'a empêché de rentrer vraiment dedans c'est le style qui même si il est très juste et très poétique a mis une barrière avec le propos
Quel livre absolument lumineux, poétique, réjouissant ! Quand les Hommes déçoivent, il faut s’en remettre aux animaux. Denis Infante obéit à la prescription de Jean Giono placée en épigraphe, qui appelle à « faire percevoir le halètement des beaux habitants de l’univers » contrairement aux livres actuels qui donnent « à mon avis une trop grande place aux êtes mesquins ». En découle ce magnifique texte, d’une poésie folle, sans article, inventif, émouvant, superbe. J’ai aimé les descriptions des éléments à la hauteur de l’animal, j’ai aimé suivre l’aventure d’un renard. C’était reposant, merci !
Quelle belle découverte que « Rousse ou les beaux habitants de l’univers » ! Ce roman m’a touchée en plein cœur — et il faut dire qu’il avait tout pour me plaire.
On y suit Rousse, jeune renarde flamboyante, qui choisit de quitter son bois de toujours pour fuir la sécheresse qui ravage les terres. Au fil de son aventure, elle découvre l’amitié, l’amour et la beauté du monde, se sentant prête à affronter tous les dangers.
Précision essentielle : Rousse découvre un monde où l’humain n’est plus. La nature a repris ses droits ; seules la faune et la flore subsistent dans une planète impactée par le réchauffement climatique. L’Homme a tenté » de régner sur toute autre espèce, sans y parvenir. Les champs lexicaux de la nature et de l’animalité sont omniprésents, tandis que celui de l’humanité est absent. J’ai beaucoup aimé le message derrière le texte : Denis Infante dénonce la violence humaine envers tout ce qui est vivant et imagine un monde plus apaisé, débarrassé de notre ambition déraisonnable.
La plume étonne : les articles disparaissent et l’ensemble devient brutal. L’auteur opte pour le point de vue primitif d’un regard animal. Il faut un temps d’adaptation, c’est vrai. Mais une fois le rythme bien intégré, « Rousse ou les beaux habitants de l’univers » est fascinant et l’épopée formidable de la renarde nous fait voyager autant qu’elle. Chaque animal rencontré m’a beaucoup touchée. En adoptant leur point de vue, le roman décèle bien plus d’humanité, d’empathie et d’amitié dans cette faune qui survit. Même au cœur de la loi du plus fort qui règne en maître depuis toujours chez les animaux.
« Rousse ou les beaux habitants de l’univers » est une balade poétique et sensible en pleine nature. C’est un texte doux et engagé, qui nous offre un moment de sérénité. Je le recommande sans hésitation aux amoureux des animaux ; qui y seront sûrement aussi sensibles que moi.
L’histoire est mignonne, nous suivons une renarde dans sa quête d’aventures au travers des forêts et des bois. Elle rencontre plusieurs espèces animales avec lesquelles elle crée de belles amitiés.
Le style d’écriture n’est pas un style que j’apprécie particulièrement. Au départ j’avais de la difficulté à lire avec fluidité, mais plus j’avançais dans ma lecture et mieux c’était.
Ce n’est clairement pas le roman de l’année, mais c’est une belle petite lecture agréable à faire.
Dans le Bois de Chet, Rousse, une renarde farouche et obstinée, s'amuse et vit avec insouciance, néanmoins, lorsqu'elle va le quitter, elle découvrira une nature désolée et désertique, jusqu'alors insoupçonnée. Ici commence son voyage.
L'écriture y est simple mais efficace dans ce roman-conte initiatique de la découverte de soi, des autres et du monde. La force d'évocation par les descriptions si visuelles des paysages mais aussi si justes des sentiments intérieurs, parfois abstrait, par Denis Infante, qui sait les nommer et les définir, est un atout majeur. La structure se veut aussi intéressante : si Rousse part, c'est parce qu'elle croit que l'herbe est plus verte ailleurs et en dépit du confort, qu'elle s'est construit, et dans lequel elle vit, elle insiste tout de même à partir à l'aventure. Il y a un effet tout a fait animal dans cette résolution à vouloir faire, à se plonger dans l'inconnu qui contraste totalement avec l'habitude d'être dans la prudence. À cet effet, je ne peux m'empêcher de penser à la très récente lecture de "Valkyries" de Paulo Coelho, dont l'apanage est "suivez vos rêves, prenez des risques" ou encore sur l'influence de la lumière du soleil, comme l'avait été le Guerrier de Lumière. La lecture se veut fluide, silencieuse comme à voix haute, par la musicalité de la langue, par les chapitres court. On peut remarquer, nonobstant, quelque chose de très particulier : l'absence des déterminants, sinon dans un rapport particulier de possession (les ombres créées par le soleil, et non les plaines et les forets). Si cela peut surprendre, cela fonctionne aussi par un effet de langue étrangère que l'on écoute, comme la langue étrangère que les animaux parlent sans que nous puissions la comprendre. Il n'y a pas d'humains dans ce récit, et même de nos jours, le langage de la nature ne nous est pas communément familier. Pour faire un appartement, encore sur cette emploi du langage, certaines longues tirages, accumulatrices, donnent des effets des "chants de Maldoror", de Lautréamont.
Dans l'économie des autres personnages, outre la jeune Rousse intrépides, nous avons Brune, maman ourse ayant perdu ses oursons et qui s'est résolue, volontairement, à la vie nomade, mais aussi le Corbeau Noirciel (maître Noirciel, parce que visiblement Denis Infante peut aussi faire des calembour renvoyant à La Fontaine), grand sage au-dessus du Grand Fleuve. Rousse croisera le chemin des Sangliers, chez qui elle obtient asile, avec notamment Duredent et Cœurfier, puis, elle sera aidée par Ombre, écureuil fils de la disparue Dame Touffue. Finalement sera Feu, le renard qui lui avait haïr désormais la solitude, et leur enfants, renardeaux, nommés comme les anciens compagnons de route de Rousse, et qui finiront par partir aussi, car il en est du cycle de la vie. Écorce de Hêtre sera une nouvelle maîtresse, mais éléphante avant que Rousse ne devienne à son tour enseignante.
Le début est très positif : Rousse est remplie d'une joie de la découverte prochaine et de la certitude que ce qui doit arriver sera pour le mieux, mais très vite, elle déchantera. Toutefois, comme tout conte initiatique, l'optimiste Rousse va apprendre, va grandir. En trois parties, ce récit se construit, suivant les saisons et explorant alors la Sainte Trinité : Matière, Esprit, Existence. De plus, dès la deuxième partie, le sujet de la narration change, passant d'une narration de conte classique (3ème personne) à l'usage de la première personne, Rousse prenant la parole alors que sera devenue Maîtresse Renarde et qu'elle atteigne le bout de sa quête, et trouve la mer (en soit, la version animale de "La Route" de McCarthy).
Un récit pour petits et grands, mais aussi pour toutes les jeunes filles intrépides à qui l'on dit trop souvent qu'elles ne sont pas assez féminines ou que l'on tente de limiter. Denis Infante fait la part belle des instincts animaux qui nous habitent, mais aussi à l'intuition, à l'amitié et la coopération, à la confiance, à la connaissance, à l'amour, à la découverte mais aussi à la perte, à savoir être indépendant, tout en pouvant demander de l'aide, en honorant la mémoire et la nature qui nous accueille.
L'auteur n'écrit pas pour être publié, à déjà plus de 70 ans, après une longue carrière dans le théâtre et le cinéma, et des années des manuscrits gardés personnels, "Rousse" est son premier roman. Dans un esprit similaire, mais à l'hypothèse contraire, il y a le film muet "Flow", multi-récompensé, narrant l'odyssée d'un chat perdu dans une terrible montée des eaux. Le chat, comme Rousse, s'allie avec d'autres animaux, qui auraient pu être proie et prédateur, afin de partager meur force et assurer leur pérennité.
Au-delà d'une lecture objective des thèmes, et des références, la dimension très naturelle, symbolique et spirituelle de ce roman-conte a beaucoup résonné en moi, et je n'ai pu m'empêcher de me sentir proche de qui est Rousse. Une lecture qui m'a beaucoup touché, m'ayant fait verser une larme, et qui mérite d'être relue, découverte aux yeux du monde. Je finirai simplement : "mots disent, mots racontent, mots expliquent. Mots inventent univers." (p.145, Éditions Points, 2024-2025)