Je suis époustouflée. Les mots de Joëlle Sambi sont si fort et puissant que je n’ai pu m’empêcher de prononcer ces vers à voix haute. Le mélange de langues n’obstrue pas le sens de son message, les thèmes clairs au travers de sa poésie. Ses mots résonnent et forment un magnifique tableau engagée et engageant qui résonnent et font écho à beaucoup trop d’événements récents.
De nombreux passages ont résonné en moi, en voici quelques-uns :
« Sœur, J’ai mal au cœur Je t’écris comme je m’écris
Je t’écris comme on se parle à soi face à la glace Pour se donner du contenu, de la contenance Comme on bombe le torse pour en faire une armure
Sœur, Je suis née avec un trou dans le cœur Et tout la beauté du monde ne suffit pas. » (Sœur, p.17)
« Combien de bombes faut-il poser ? Quand est-ce que c’est assez ? Combien d’incendies provoqués ? À quel degré la colère devient de la lave, et la lave de la bave et la bave du feu qui coule et qui ravage les kilomètres d’injustices trop ordinaires ? Combien de « non » faut-il dire ? Quand est-ce que « non » c’est assez ? » (Combien, p.23)
« Pars-delà la rengaine, les postures, les campagnes, les alliances, tu sais : le racisme est un acouphène entêté. Et l’amour ne suffit pas. Tu resteras une presqu’île, un presqu’homme, presqu’humain. » (Caillasses, p.38)
« Pourtant, d’aussi loin que tu viennes, aussi éloignées que nous soyons, Il y a un truc entre nous, non ? Il faut que je te dise / Écrire, ça fait comme un bruit sourd sur la palette de tes souvenirs sonores, ça fait que t’as l’âme qui s’éparpille comme une madeleine sous la langue. » (Raconte…, p.56)
« Parler d’amour, c’est nous dire que nous devrons continuer à sourire et à accueillir chaque insulte comme une aubaine parce qu’enfin on nous parle. Parler d’amour, c’est nous dire que nous devons ressentir chaque coup comme une caresse car enfin on nous touche. » (Noir.e.s, p.87)