3.5/5
Le monde agricole est propice à un imaginaire extrêmement fertile, lorsqu'on se positionne par-rapport à ce milieu très physique, versé vers le travail, et qu'on en explore la possible folie. Le personnage principal de Lait cru, qu'on comprend rapidement écrire le livre de la chambre de son institut psychiatrique, déambule dans ses souvenirs, mêlant son enfance à la ferme à des délires oniriques, pulsions de mort, anecdotes sordides qu'il admet lui-même inventer, la plupart du temps. Tout cela, dans un panorama agricole typique, où les vieux secrets de famille se dissimulent toujours dans les profondeurs d'un silo à grains.
Le résultat est un récit fiévreux, qui peine à trouver son fil d'Ariane, alors que la narration passe constamment de la chambre d'hôpital à la vie de ferme traumatique pour le protagoniste. Et cette confusion générale crée une lecture un peu plus aride, où la prose de Steve Poutré rencontre parfois certains éceuils narratifs. Les symboles utilisés sont clairs, et juste assez dosés pour créer une fluidité, mais la balance entre les informations cachées au lecteur et celles qu'il doit être en mesure d'interpréter par lui-même n'est pas encore à point.
On sort de la lecture tout de même satisfaits, le récit est fluide, très dur par moments, mais toujours crédible, dans la mesure où l'état d'esprit du narrateur est de plus en plus défaillant. L'écriture et le style sont maîtrisés, mais c'est l'intrigue qui aurait bénéficié de davantage de clarté.