Moi je n'ai aucun titre, je n'exerce aucune fonction et j'ai conscience de la singularité de mon propos devant une cour d'assises mais je devais, dans cette salle Voltaire, tenter de dénoncer les sortilèges de la pureté religieuse.
Je le devais à mes camarades de combat, depuis tant d'années, spécialement ceux de culture musulmane qui se battent pour notre liberté, sans être protégés par personne, dans un isolement extrême alors que certains, dans ce pays, sont prêts à y renoncer par posture ou pour une éphémère tranquillité.
Je le devais à tous ces morts, que j'aimais, dont vous avez entendu les familles brisées, visionné les images heureuses et qui ont été abattus au nom d'un prophète.
Je le devais aux survivants qui sont venus témoigner avec des balles dans le corps, des souffrances de chaque jour et une solitude intérieure que plus rien ne pourra atténuer, jamais, nulle part.
Je me le devais probablement aussi.
Il y a un islam des lumières et un islam des ténèbres dont le principal ennemi est l'islam des lumières. Il y a un islam des philosophes et un islam des prédicateurs, un islam de la réflexion et un islam de limitation, un islam des mutazilites et un islam des salafistes, un islam de la pensée et un islam des Kouachi.
On ne trouvera pas un refuge en dehors de l'espace et du temps, alors exprimons-nous.