Franchement, c’est une claque. On tombe sur une Médée qui n’a plus rien de la figure lointaine et tragique : ici, elle écrase, elle manipule, elle fait d’un homme un simple objet et domine son mari sans la moindre hésitation. On est en plein XIXe siècle, écrit par une autrice (et ça, déjà, c’est génial), et pourtant on a l’impression de lire quelque chose de terriblement actuel : une réflexion sur les rapports de genre, le pouvoir, le désir, le sadomasochisme même.
C’est à la fois étrange et fascinant, ce triangle amoureux qui se construit, se déconstruit, et cette héroïne qui brille comme une reine destructrice. Et puis, il faut le dire : l’écriture est magnifique, presque envoûtante, hypnotique parfois, elle donne à ce récit une vraie densité. 180 pages, mais intenses, où l’on sent à chaque instant la brûlure d’une pensée vivante, qui dérange. J’ai lu quelques critiques négatives que je ne comprends pas ; est-ce par le fait qu’une jeune femme arrive à déranger avec style ?