J'ai lu un certain nombre de livre sur l'intimidation et je me rend compte que si tout le monde a son avis sur la question, parfois certains avis manquent de réalisme. Ici, et je spécifie qu'il s'agit bien de mon avis personnel, on a une idée utopique, donc irréaliste.
Dans cet album, on propose que pour surmonter l'intimidation, il faut savoir trouver des intérêts communs avec son bourreau/intimidateur afin de créer un lien de proximité. Or, je constate que c'est donc à l'intimidé de faire l'effort de créer ce lien et donc, que le le fardeau repose sur ses épaules. Ce qui me nargue dans ce genre d'idée, en plus du fait de faire porter l'odieux de régler la situation à la personne qui subit, c'est qu'en plus, il doit le faire alors qu'il est déjà en situation de compromission. L'intimidation amenuise l'estime de soi, augmente l'anxiété, détruit des liens sociaux, isole un enfant des autres, s'attaque à sa sécurité et sa confiance personnelle. Et on voudrait ajouter à ce hamburger d'effets négatif le fait de devoir solutionner le problème qui n'est même pas de son côté?
Et dans ce genre d'idée, qu'en est-il du bourreau? Nul mention de conséquences ici, puisque tout repose sur la réciprocité sociale qui va naitre de ce "trait commun" ( ici l'intérêt pour les araignées). Ok, donc il s'en sort plutôt bien, cet insulteur de première, quelle chance! ( Notez le sarcasme).
Je comprend l'idée que nos intérêts partagés nous porte à considérer l'autre sous un regard peut-être plus "bienveillant", mais ça ne garantis pas que ça arrive à tous les coups. Ce n'est pas parce que l'intimidateur et sa victime aiment un truc l'un et l'autre que le rapport de force change ou que la déshumanisation ne peut être effective.
Je comprend aussi que bien des enfants bourreaux sont eux-même fragiles sur leur estime de soi, néanmoins je ne leur excuserai jamais de se comporter de façon odieuse avec les autres. Ce n'est pas juste, ce n'est pas sain. Ça ne réglè rien surtout. Et les excuser en permanence ne leur feront jamais réaliser le mal et le tort qu'ils causent autour d'eux. En ce sens, quand je vois avec quelle légèreté certains adultes traitent le phénomène de l'intimidation scolaire, je me dis qu'on peut bien avoir une explication quand à sa présence croissance dans les écoles: Comme rien n'est fait pour empêcher les bourreaux de nuire, comme les adultes ne comprennent pas les mécanismes réels derrière l'intimidation, alors les victimes n'ont pas de filet de sécurité. Pire, on leur impose souvent des peines alors qu'ils sont déjà "en peine". Partager la punition avec le bourreau par exemple, devoir changer d'école parce que L'école ne veut pas sévir contre le bourreau, se faire convaincre que tout est de sa faute si la situation est ce qu'elle est, etc. Les enfants ne sont pas simplement victime des petites crapules de cours de récré: ils sont victimes d'un système qui faillit à préserver leur intégrité et leur sécurité.
Donc, proposer aux enfants que s'ils sont victimes de brimades, il faut chercher un intérêt commun me semble irréaliste plus que réellement aidant. Oh, c'est mignon dans un album, mais très peu pertinent. Ce n'est pas à la victime de régler le problème avec son bourreau, hormis d'aller chercher de l'aide. C'est même l'inverse que je trouverai plus logique: Comme exercice, je demanderais à l'intimidateur de réfléchir à ce qu'il a en commun avec sa victime, pour l'humaniser et donc, développer de l'empathie. Il pourra alors réaliser le mal qu'il lui a fait en le dénigrant, le blessant, etc. Surtout, c'est aux témoins passifs que je m'adresserais également, les enfants qui sont témoins, mais qui ne disent rien ou renforcent les comportements du bourreau.
Quand à l'idée de devenir "ami", mais quel enfant voudrais être "ami" avec la personne qui le bouscule, invective, insulte et dénigre? On se croirait dans ces insupportables et innombrables romans prétendument romantiques où des adolescentes mal dans leur peau tombent amoureuses des crapules qui les dénigrent, les insultent, les objectivisent et leur font subir toute sorte de plans cruels. On nage dans une vision toxique des rapports humains je trouve. Un "ami" c'est une personne de confiance, avec qui s'établit le respect des opinions, de l'intégrité physique et morale et avec lequel on établit une relation bienveillante. En quoi devenir ami avec un intimidateur est-il supposer rejoindre ces éléments? Pourquoi accorder une amitié à quelqu'un qui le mérite absolument pas et qui n'est ni fiable, ni bienveillant?
D'ailleurs, être "ami" avec une personne qui vous dénigre, vous insulte et vous fait sentir minable, et qui établit une hiérarchie sociale dans laquelle vous êtes inférieure à lui, C'EST une relation toxique [amicale].
Je vais donner deux points à l'album: Nommer les émotions, toujours pertinent, et il est vrai que le personnage fait preuve de réflexion sur la situation. Cela dénote de l'empathie, soit ce qui fait défaut à l’intimidateur.
Bref, je trouve que cet album rejoins certains des romans sur l'intimidation que j'ai pu lire et qui fait reposer la responsabilité sur les épaules de la victime, et je ne suis absolument pas d'accord avec cette vision des choses. Les victimes ont bien déjà assez à survivre à ces individus malsains, ne leur imposant pas en plus de devoir gérer une situation aussi compliquée et inégale qu'une situation d'intimidation.
Pour mieux comprendre les dynamiques de ce phénomène, je vous invite à lire " le harcèlement entre élèves - prévenir et agir", (RETZ), et pour des albums intéressants: "Le chant de la grive" ( D'EUX), "Petit loup et le grand chaperon rouge" ( Dom&Cie). "Dépareillés" ( La bagnole), "Je marche avec Vanessa" ( La Pastèque).