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272 pages, Paperback
Published January 24, 2024
Le manque manque.
Or ce qui peut être mangé doit d’abord être moral. Manger devient un acte moral, qui profite à la fois aux producteurs engagés (car l’engagement est souvent le condisciple du « sans »), au vendeur courageux (contraint de vendre plus cher que dans les grandes surfaces) et au consommateur éthique, qui, en dégustant un morceau de chocolat, fait en réalité un acte politique : il plaide pour une société meilleure, où tout sera beau, où tout sera sain. La grande santé est revenue par la bande, elle qui avait fait un peu profil bas après les eugénismes meurtriers et les fascismes qui l’avaient érigée en valeur éminente. La crise du Covid l’a remise au cœur du système politique et économique. La Vie sacrée, tel est le mot d’ordre de la nouvelle éthique et la clé des décisions politiques. Derrière, la menace écologique gronde, qui vient adouber ce combat et sanctifier la valeur de la Vie sans qu’on ne puisse plus la remettre en cause, à moins de plébisciter la fin du monde. Gaïa est une divinité face à laquelle aucun blasphème ne saurait être toléré. Le paradigme de la maternité toute-puissante voue au silence les athées comme les métaphysiciens : on a brûlé les idoles, la transcendance a fait long feu, mais prier la Terre Mère ne pose aucun problème, à condition de s’humilier comme être humain, cet orgueilleux qui s’est cru supérieur à la mangouste. Une nouvelle religion est née, et le marché en fait son miel. Désormais, nous mangerons sans viande, et pourquoi pas sans nourriture, nous roulerons sans voiture, et nous ferons l’amour sans nous toucher. Personne – excepté Trump – ne peut remettre en cause la crise climatique grosse de crises politiques et de tragédies humaines. Est-ce une raison pour tout avaler ? Et surtout du vent, qui nous est vendu comme s’il s’agissait du manteau du roi ? Mais le roi est nu.