Je ressens un mal de crâne lointain alors que j'écris cet avis, comme si j'étais en train de me réveiller en gueule de bois, avec mes copines Manu et Nadine. Elles qui aiment tellement boire. Mais aussi humilier les hommes. Et s'éclater, dans toutes les déclinaisons possibles à vivre du terme. Bref, review bad longue en vue.
1er chapitre : j'ai une impression de déjà-vu par rapport à Testojunkie de Paul B. Preciado. L'amant s'est inspiré de la muse. Je sens que ce livre va me plaire.
1re impression : elles sont victimes de TELLEMENT de violences patriarcales. 2e impression : elles sont zinzin. 3e impression : le patriarcat les a rendues un peu folles si l'on considère que les femmes qui agissent comme des hommes (violents) sont à classer dans la case pathologique/psychiatrique.
Elles sont assoiffées de violence, parce que… pourquoi pas ? Vengeance pour tout ce qu'elles ont vécu ? Énorme f-ck adressé au reste du monde, et dédicace spéciale aux connards que sont les mecs ? On ne sait pas exactement. Mais à quoi bon les psychanalyser ? Elles sont drôles et impossibles. On ne les côtoie qu'un court temps, mais c'est si intense que, la fin venue, on a l'impression de les connaître depuis des années.
C'est toujours étrange cette impression de connaître intimement les personnages d'un livre et de s'y sentir attaché·e. J'ai eu un pincement au cœur, dans les dernières pages, à cause du sort de Manu. Alors que je trouve immoral et affreux (quasiment) tout ce qu'elle a fait. Tout ce qu'elles ont fait. Mais c'est le pouvoir de VD. Sa prose est ensorcelante. Un pharmakon : on revient à Preciado et la philo.
VD a une écriture qui me subjugue. C'est fou d'écrire comme ça. C'est si cru mais si vivant, si humain, si réel malgré les choses délirantes qui sont contées. Je comprends d'une certaine manière tous les auteurs jaloux qui l'ont accusée, au début, de ne pas avoir vraiment écrit ses livres. Pour eux, impossible qu'une femme puisse écrire de telles choses, habituellement l'apanage des hommes, et qu'elle les dépasse ! Ça les faisait rager. Mais comme Manu et Nadine, Virginie n'en a rien à foutre de ces connards.
Alors il est clair que si avant d'ouvrir Baise-moi on n'est pas déjà misandre, on risque de s'y convertir rapidement. Oui, ces antagonistes tonitruantes et sexy sont violentes, de manière excessive et souvent excédante. Mais elles sont aussi de purs produits (poussés à l'extrême) de la violence patriarcale. Les violences sexuelles ? Elles ont rarement connu autre chose depuis leur plus jeune âge. Et même si toutes les femmes et minorités de genre sont sujet·tes à ces violences misogynes, Manu et Nadine vivent (presque) le paroxysme de la brutalité patriarcale. Du haut de ce terrifiant point culminant, elles bravent comme elles peuvent tout ce que les chiens de la casse leur balancent. Mentons hauts et string relevés, elles font des hommes leur chair à canon. C'est un (tout petit) peu honteux à avouer, mais c'est souvent jouissif.
En tout cas, c'est fort. On n'est pas obligées de se percevoir comme des coquilles vides et brisées après avoir subi des VSS. On peut chaparder quelques répliques à ce duo fada et lutter politiquement. Juste pour ce message plus ou moins explicite, l'écriture de Despentes est révolutionnaire.
SINON, pour ne pas être QUE dans la glorification de ce bouquin : les passages inutilement racistes, que ce soit sur les hommes noirs déshumanisés ou sur la fétichisation de celleux perçu·es comme « Arabes » est too much. On est en '91, Mrs. Despentes évolue avec son temps, parfois même avec quelques trains d'avance. Pourquoi ne pas avoir fait l'effort d'introspection et d'empathie nécessaire pour éviter d'ajouter ce genre de propos dans son manuscrit ?
Pour ce point d'ombre - et pas des moindres - je ne peux me résoudre à mettre 5/5.