Quel fil invisible relie un ancien résistant, une starlette de la téléréalité, un père de famille américain, un couple d’étudiants appliqués, un migrant mexicain et une jeune mère au bord de la crise de nerfs ? Aucun en apparence, et pourtant. Des forces mystérieuses tressent leurs vies pour les plonger dans la tourmente, hantées par l’ironie de l’Histoire, son cours impitoyable. Leurs ambitions cohabitent avec le mensonge et la fatalité les attend au tournant. Des brumes du Morvan aux plages de Californie, des profondeurs du Darkweb aux paillettes d’Hollywood, espaces et temps se télescopent, selon les lois d’une énigmatique géométrie des possibles.
Dans ce deuxième roman, audacieux et addictif, Édouard Jousselin confirme son talent de narrateur, après Les cormorans, publié aux éditions Rivages en 2020. Sous sa plume se déploie une œuvre-monde foisonnante, chronique vertigineuse de notre époque.
« La géométrie des possibles » est le second livre d’Édouard Jousselin. À seulement 35 ans, il propose ici un roman-fleuve doublé d’un roman choral d’une remarquable densité. Le texte s’étend des années 90 aux années 2000 et trace le destin de plusieurs personnages, à travers les époques et les lieux. Du petit village de Quarré-les-Tombes dans le Morvan aux vignes bordelaises, de Paris aux États-Unis, de l’État d’Oklahoma à la Californie, le monde bruisse et la destinée des personnages s’entrelace. Le texte s’ouvre sur un accident de voiture. Les détails qui y sont apportés donnent le ton : précision, mélange des genres entre cinéma et littérature, références pointues et émotions.
Différents personnages hantent ces pages avec un seul point commun : l’attachement immédiat et instinctif du lecteur. Si on les connaît à peine, on les aime déjà. Cette affection quasi reptilienne se renforce au fil de « La géométrie des possibles » sans que l’on comprenne réellement ni comment ni pourquoi. L’auteur parvient si rapidement à nous les faire aimer ! Une famille, voilà ce qu’ils seront tous à la fin des 600 pages de lecture. Dans la partie française du récit, on rencontre Lucien, ancien résistant, qui ne s’est pas remis des atrocités de la guerre et dont les nuits sont peuplées par des fantômes. Sa fille, Isabelle, mariée avec Dominique, a deux enfants, Max et Marine. Le premier ne sait pas vraiment quoi faire de sa carcasse, la seconde a une ambition démesurée. Il y a aussi Clarice, petite amie de Max, qui rêve de devenir une grande actrice à Hollywood. Pour la partie américaine, plusieurs personnages masculins vont avoir un rôle à jouer dans le récit. Steve est fan de super-héros et d’une trilogie cinématographique en particulier. Il use et abuse des paradis artificiels en Oklahoma. Ben, père de famille est le jouet d’un destin bien facétieux. Candidó, d’origine mexicaine, veut vivre une existence plus douce en Californie. Pour y parvenir, son parcours sera semé d’embûches. Chacun de ces personnages a des ambitions particulières pour son avenir. Chacun des rêves et des espoirs. Chacun subira des désillusions, des regrets et des changements de cap. Quel est le fil conducteur qui permettra à Édouard Jousselin de rapprocher ces femmes et ces hommes au fil du temps ?
Dans « La géométrie des possibles », la structure narrative n’est pas linéaire. L’auteur joue avec les époques. Si l’on considère que les années 2000 sont le présent du récit, de nombreux retours dans le passé permettent de comprendre la genèse des personnages et des situations. De la même façon, les années qui passent permettent d’appréhender les changements qui s’opèrent en eux. C’est un enchantement d’explorations et de découvertes ! Parallèlement à ce choix narratif, Édouard Jousselin a façonné son roman en naviguant dans les espaces (entre la France et les États-Unis) et a opté pour le roman choral afin d’être au plus près de ses personnages. Dans les parties consacrées aux années 90, les détails sont impressionnants. Préparez-vous à une résurgence de vos souvenirs ! Les changements de temporalité, de lieux, de personnages enrichissent considérablement le récit, complexifient l’histoire sans la rendre nébuleuse et autorisent une intense jubilation de lecture.
Pour s’attarder un peu sur les lieux, il me faut vous parler de la précision des parties californiennes. Pour y avoir vécu, vous savez à quel point je suis sensible aux détails, qu’ils relèvent des lieux, de la façon d’y vivre, ou des subtilités du quotidien qu’il est difficile d’appréhender sans y avoir vécu. J’ai été enchantée par l’acuité des indications topographiques (Topanga canyon notamment, mais aussi les routes/autoroutes mentionnées), les descriptions des rituels américains (le café) et la connaissance des spécificités inhérentes à ce pays où effectivement le surnom de William est Bill (comme celui de Richard est Dick, ou celui de John, Jack). Tous mes souvenirs sont remontés à la surface tant les détails sont soignés et les remarques pertinentes. Mais, « La géométrie des possibles » est également une balade bucolique dans les vignes bordelaises et les plaines du Morvan, Morvan qui inspire bon nombre d’auteurs en ce moment. Les lieux collent littéralement à la peau de certains protagonistes, tant et si bien qu’ils sont des personnages à part entière. Qu’on veuille les fuir ou s’y ancrer, ils sont omniprésents et apportent au récit une dimension sociale très importante. Ils ancrent le roman dans une réalité tangible.
« La géométrie des possibles » immerge le lecteur dans le monde contemporain. D’abord par l’Histoire, ensuite par les thématiques abordées. Le roman couvre environ trente années marquées par de nombreux événements historiques, catastrophes, rebondissements politiques, attentats, etc. Les histoires des personnages sont habilement entrelacées avec la grande Histoire, ce qui ponctue le texte de réalisme en nous replongeant dans des faits marquants de notre passé commun. Passionnant ! Évidemment, les thématiques décortiquées reflètent les enjeux de ces années comme l’arrivée massive d’internet, le du darknet, la précarité, les crises sociales, les rebondissements et surprises politiques, la lente progression vers une ubérisation de la société pour ne citer qu’elles. Au cœur des personnages, de leurs destins, de leurs espoirs, Édouard Jousselin transcende les amitiés et les traîtrises, les secrets de familles, les amours contrariés ou déçus, les chemins de vie tout tracés qui changent de trajectoire ou au contraire les itinéraires prédestinés.
Édouard Jousselin réussit ici un tour de force par sa virtuosité à relier les destins de ses personnages grâce à une construction si ingénieuse qu’elle frôle le génie. À travers les voyages dans le temps et les espaces, la découverte progressive du vécu de ses personnages et les choses de la vie qui les frappent, il tient son lecteur sans jamais l’embrouiller ou le lâcher. Les détails qu’il procure renforcent cette immersion totale et ses descriptions ancrent le récit dans le réel. L’attachement envers les protagonistes n’en est que plus exceptionnel, le lecteur tremble avec eux, vit avec eux, existe à travers eux. Ces destins croisés complexes, histoires dans l’Histoire font de « La géométrie des possibles » un roman à tiroirs, un ravissement pour ces lecteurs qui aiment l’audace, la prise de risque, l’absence de facilité et l’originalité.
« La géométrie des possibles », fresque contemporaine, roman choral, est une œuvre éblouissante, aboutie et brillante, digne des plus grands. Ces personnages, qui ne cherchent qu’à exister dans leurs vies respectives, existent dans la nôtre. Que leurs trajectoires se croisent ou divergent au gré du hasard ne change rien à la tendresse qu’on leur porte. Ils ont leurs propres ambitions, mais capturent véritablement notre époque en donnant le pouls des trente dernières années.
Ne vous laissez pas décourager par sa taille, une fois le roman achevé, vous en demanderez encore. Je vous garantis un maelstrom d’émotions ! MAGISTRAL !
Le roman s’ouvre sur un accident de voiture en Californie. Puis nous suivons différents personnages avant l’accident, des années avant.
Il y a la famille d’Isabelle : son mari Dominique, sa fille aînée Marine et son fils Max. Son père Lucien, ancien résistant.
Il y a la famille de Steve et Tyler dont le père est devenu manchot suite à l’attentat d’Oklahoma City.
Il y a Jessica étudiante américaine en français et Benjamin son colocataire qui étudie les tueurs en série.
Il y a Thierry, le copain de Dominique fan absolu de l’A.J. Auxerre.
Il y a Bruno le producteur de film qui tombe amoureux d’Isabelle. Ils partent vivre aux Etats-Unis.
Il y a l’émigré mexicain dont la petite fille et morte, la femme reparti au Mexique, et lui devenu vigile d’un lotissement, puis naturalisé.
Il y a Clarisse qui couche avec Max et qui veut devenir actrice, quitte à commencer dans la télé-réalité.
Il y a le film The Last Fighters, block-buster que tous les personnages vont regarder à un moment où à un autre.
Il y a la légende de Saint-Georges présente partout dans le monde.
Il y a les cimetières omniprésents : Lucien habite à côté de celui de Quarré-les-Tombes (le nom de son village), et Benjamin travaillera au FBI dont les bureaux sont situés à côté d’un cimetière.
Il y a surtout beaucoup de détails qui ont fait que j’ai terminé ma lecture en vitesse rapide, comme parfois on le fait avec un film.
L’image que je retiendrai :
Celle des oiseaux, présents sur certaines scènes, comme apportant une touche de couleur par-ci par-là.
J'ai bien aimé ma lecture, mais je n'ai pas été transcendée. Il m'a fallu presque 200p pour dissocier les personnages les uns des autres, car on a deux représentations plutôt similaires (2 familles, et 2 fois 2 étudiants). La brièveté des "chapitres" n'a pas aidé. Mais le titre prend tout son sens au fur et à mesure de l'œuvre (et clin d'oeil au titre de la 3e et dernière partie). Un fil se tisse entre les personnages, dessinant peu à peu une toile. Celle des relations qui se déploie à la fois dans le temps et dans l'espace. La géométrie des possibles dépeint également une fresque des temps modernes. On y retrouve les caractères de la ville, de la campagne, d'une vie simple ou plus élaborée, de l'ascension sociale par le mérite, par les relations, par la chance, ou sa chute brutale. Le mariage, le divorce, la mort. La vérité, le mensonge. Mais rien n'est abordé de façon manichéenne. Tout est nuance et multiple. Et malgré tout, je me suis moins amusée en le lisant qu'en lisant d'autres livres. Peut-être était-il un poil trop long. J'avais cerné ses principales caractéristiques et sa vision vers la moitié du livre. L'intrigue se poursuit mais il y a un creux avant de repartir avec un nouvel entrain dans les 100 dernières pages. Je lui mets tout de même la note de 4,75/5 parce que le plaisir de lire doit forcément influer à un moment sur la note.
This book could have rated higher if there were fewer "possible geometries" and deeper development of some of the characters that, in my opinion, merited more pages. Ben, the FBI guy, Thierry and Dominique, long-suffering supporters of Auxerre's football team, and even Max, a book-ending good guy, all seemed worthy of deeper development. Dropping some of the others that the author included was more to demonstrate his skill at current events and the United States than to deepen the storyline.
The plot line initially waivers, but once you get the drift, it is compelling enough to carry the reader's interest to the end.
J'ai beaucoup aimé et l'ai lu vite. C'est une fresque de personnages dont les destins s'entrecroisent. J'ai aimé le style (les chapitres découpés par personnage en mélangeant les époques).
Plongée dans "La géométrie des possibles" de Edouard Jousselin
Un tourbillon narratif captivant qui tisse des destins hétéroclites : un ancien résistant, une starlette de téléréalité, un père de famille américain, un couple d'étudiants, un migrant mexicain, et une jeune mère au bord de la crise de nerfs. Aucun lien apparent, mais des forces mystérieuses les guident dans une danse inattendue.
Des décors envoûtants, du Morvan à la Californie, du Darkweb à Hollywood, où espaces et temps se croisent selon une énigmatique "géométrie des possibles". Une fusion subtile de réalisme et de mystique.
Les ambitions cohabitent avec le mensonge, la fatalité guette à chaque tournant. Jousselin maîtrise l'art du suspense, dévoilant progressivement des connexions secrètes.
Un roman transcendant les genres, une réflexion profonde sur la complexité humaine. Une lecture captivante et intellectuellement stimulante, invitant à explorer les méandres du hasard et de la causalité. Un voyage temporelle des années 90 a aujourd'hui.
Une pépite littéraire qui vous transportera dans un univers fascinant. À savourer pour les amateurs de récits subtilement orchestrés et de voyages littéraires envoûtants.