Inspiré d’un fait réel, la rafle de sept Juifs à Lyon qui seront exécutés quelques jours avant la libération de Paris, « Tosca » est un court roman historique percutant et glaçant. Murielle Szac relate, dans un huis-clos terrifiant, le séjour dans un placard de l’immeuble investi par la Milice de Paul Touvier, la rencontre de ces hommes que la violence d’une époque condamne à mort. Il y a deux autres prisonniers, des résistants, qui ne devront leur sursis qu’à leur non judéité.
Pendant leurs quelques jours de cohabitation, entrecoupés de séances de torture, ces hommes, jeunes et moins jeunes, puiseront leur courage où ils le pourront, ils lâcheront leurs angoisses, leur terreur de mourir dans les pleurs, les souvenirs ou les discussions vives. Parmi eux, Ange, dont on se saura jamais le vrai nom, chante la Tosca, l’opéra de Puccini. Sa merveilleuse voix sublime l’horreur tout en la rendant encore plus effrayante et inhumaine. La beauté lyrique du chant est un ultime pied-de-nez à la barbarie des hommes, l’air de celui qui va mourir au lever du jour, l’homme qui n’a pas plié devant son bourreau.
Ils se racontent en silence ou en peu de mots, chaque arrestation est ponctuée par une phrase glaçante, qui donne la chair de poule, « Les portières de leur Traction Avant noire claquent ». Huit mots au couperet mortel, huit mots exprimant la violence extrême, huit mots faisant éclore une image en noir et blanc d’un enfer sur terre, huit mots implacables.
Ils ne comprennent pas pourquoi ils ont été jetés dans ce placard, ils sont citoyens français, certains ont été Poilus lors de la Grande Guerre. Alors, pourquoi avoir été arrêtés ? « Les portières de leur Traction Avant noire claquent » sous le regard fuyant d’un copain qui dénonce, d’un autre qui trahit. Clac …. clac …. les portières claquent comme autant de gifles brutales, comme autant de coups de feu dans le dos. Les souvenirs reviennent à la surface, les vies d’avant défilent, les êtres chers ne les reverront plus. Clac …. clac …. les coups pleuvent sur les têtes, les bras, les corps, les jambes, les peaux se fendent, les tripes se tordent, la peur est intense puis la douleur devient surmontable quand ils constatent qu’ils sont au-delà de la peur. La dignité est de résister face aux bourreaux, la dignité est de ne pas s’effondrer de terreur, la dignité est de rester un homme debout, comme dans la Tosca.
« Tosca » est un roman qui ébranle, émeut au plus haut point, c’est un roman dont on ne sort pas indemne de la lecture : l’autrice, Murielle Szac m’a immergée dans ce placard étouffant de sueurs et de miasmes de peur et de grand courage, avec son style percutant et l’admirable accompagnement lyrique décuplant l’ignominie des bourreaux, aussi jeunes que leurs victimes.
Une lecture éprouvante mais nécessaire. Ne pas oublier de lire avec attention la postface.