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Le grand voyage du pays des Hurons

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Longtemps considéré comme naïf ou maladroit, Le grand voyage du pays des Hurons apparaît aujourd'hui comme un document ethnographique exceptionnel. Compte rendu d'une enquête de dix mois sur le terrain en 1623-1624, au moment où les Hurons n'avaient pas encore subi l'influence de la culture européenne, ce voyage se révèle aussi comme texte littéraire, porté par un narrateur curieux, émerveillé, et qui sait utiliser toutes les ressources de la rhétorique pour captiver son lecteur.

383 pages, Mass Market Paperback

First published January 1, 1632

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Gabriel Sagard

42 books3 followers

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Displaying 1 - 2 of 2 reviews
Profile Image for Yann.
1,413 reviews393 followers
March 1, 2014
Le « Grand voyage au pays des Hurons » est un livre dans lequel Gabriel Sagard, un missionnaire français du début du XVIIème siècle membre des Récollets, une branche des Franciscain. Il s’est rendu au sein de la nouvelle France en 1615 pour évangéliser les sauvages amérindiens Hurons de la région des grands lacs. Ce que j’ai immédiatement aimé chez cet auteur, c’est le naturel authentique et la sincérité naïve avec laquelle il décrit tout ce qu’il voit, ainsi que tous les mouvements de son âme. Visiblement animé par une foi profonde, il n’en est pas moins doté d’une solide culture classique, citant aisément Plutarque ou Cicéron, mais aussi d’une insatiable curiosité : il n’est rien qu’il méprise parmi ce qui vit sur terre, le moindre poisson, la moindre plante a droit à une description savoureusement vivante et pleine de sel.




Après la description de son voyage sur l’Océan, avec beaucoup de détails intéressants sur la vie des marins, et de la faune rencontrée, il arrive à Québec, puis se rend chez des tribus. Se rendre au bout du monde, au milieu d’un peuple dont on ne connaît pas la langue, assailli par les moustiques et les cousins, est un véritable sacerdoce. A l’égard des Hurons, Gabriel fait preuve d’une grande patience et d’une grande douceur, et par ses bons offices, un abord facile et amical, gagne facilement les indiens. Ils lui enseignent leur langue en se servant de toutes les ressources possibles : mime, dessins. De son côté, Sagard a toutes les peines du monde à leur enseigner les subtilités métaphysiques de la doctrine chrétienne, tant la langue huronne manque de termes à rendre ces concepts inintelligibles. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.



Sagard, par les excellents rapports qu’il a avec les indiens, se prend d’une grande affection à leur égard. Il loue surtout la libéralité avec laquelle ils viennent en aide les uns aux autres, qualité par laquelle ils surpassent de beaucoup bien des chrétiens qu’il connait. Certains vont même se dépouiller jusqu’à la dernière extrémité pour l’amour de leurs prochains, disposition qui le convainc qu’ils sont tout disposés à devenir de bons chrétiens. S’il les étonne en leur apprenant la rotondité de la terre, entre autres choses, il indique que ces hommes ont bien plus de sens commun qu’il ne l’avait imaginé. Ce par quoi il parvient à toucher ces hommes pour les gagner à sa foi, ce sont ses chants liturgiques, dont les sauvages ne peuvent se lasser. Il les fascine également par le récit qu’une vie nous attend après la mort, et que l’on est, suivant ses œuvres, appelé près du créateur, ou au contraire damné. Ça m’a rappelé les récits de Xénophon et Plutarque, dans lesquels il explique à quel point les hommes aiment à entendre parler des histoires sur l’âme.



Mais le point de loin le plus fort de l’ouvrage, ce sont toutes les descriptions minutieuses des mœurs, usages, coutumes, croyance, arts et techniques que Gabriel Sagard a observé lors de son séjour au milieu d’eux. La façon de partager les repas, qui rappelle les banquets solennels de l’Iliade, les chants des chamans, dont il va même jusqu’à retranscrire et les paroles et la mélodie, les relations familiales, la cuisine, l’usage qu’ils font de la séve des érables, la chasse. Par exemple, ce mythe qui n’est pas sans évoquer celui de Gilgamesh : Anciennement, il y eut cinq hommes qui s'en allerent vers le Soleil couchant, leſquels rencontrerent Dieu, qui leur demanda: Où allez vous? Ils reſpondirent, Nous allons chercher noſtre vie: Dieu leur dit, vous la trouuerez icy. Ils paſſerent plus outre, ſans faire eſtat de ce que Dieu leur auoit dit, lequel prit vne pierre & en toucha deux, qui furent tranſmuez en pierre. Et il demanda derechef aux trois autres: Où allez-vous? & ils reſpondirent comme à la premiere fois: & Dieu leur dit derechef: Ne paſſez plus outre, vous la trouuerez icy: & voyans qu'il ne leur venoit rien; ils paſſerent outre, & Dieu prit deux baſtons, et il en toucha les deux premiers, qui furent tranſmuez en baſtons, & le cinquieſme s'arreſta, ne voulant paſſer plus outre. Et Dieu luy demanda derechef: Où vas-tu? Ie vay chercher ma vie, demeure, & tu la trouueras: il s'arreſta, ſans paſſer plus outre, & Dieu lui donna de la viande, & en mangea. Apres auoir faict bonne chere, il retourna auec les autres Sauuages, & leur raconta tout ce que deſſus. Enfin, Le clou de ce travail ethnographique magnifique, c’est un dictionnaire très complet de la langue Huronne.



Lorsque Sagard doit rentrer en France, il a les plus grandes difficultés à faire admettre aux sauvages qu’ils doivent le laisser partir, tant sa personnalité bienveillante a gagné leurs cœurs. Malgré sa promesse de revenir, Sagard n’en aura plus jamais l’occasion. Aujourd’hui, une ville de Québec porte son nom. J’ai été séduit par la personnalité de l’auteur et passionné par son ouvrage extrêmement instructif. On sent qu'il a vraiment aimé et estimé ces hommes, et il nous fait partager ces sentiments.
Profile Image for JEAN-PHILIPPE PEROL.
673 reviews16 followers
July 30, 2011
Un livre délicieux, une fresque détaillée de la vie des hurons dans les premières années du 17 eme siècle. Des descriptions sans concessions ni tabous, marquées par un sentiment profond de respect de de sympathie mais pour autant bien loin de l'histoire politiquement correcte que l on veut réécrire aujourd'hui.
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