"Nous avions fui une dictature où les grands propriétaires terriens étaient de véritables seigneurs féodaux. Là-bas, d'où vous venions, des gens travaillaient du matin au soir pour un bol de soupe et un bout de pain. Nous venions du Portugal, ils viennent de Roumanie".
Merci José Vieira de raconter la dureté et l'indigence des conditions de vie des portugaises et portugais installés dans des bidonvilles de tôle et de boue pour travailler à la construction de centres commerciaux et de tours de béton modernes ou pour faire des ménages au domicile des classes aisées. C'est un récit touchant des espoirs d'avenir radieux, des jeux d'enfants dans le bidonville, de la débrouille et l'entraide entre compatriotes, des craintes de retour en arrière, de la honte de sa condition et de l'espoir de s'en sortir pour rentrer un jour au pays pour une retraite paisible. Ce témoignage est d'autant plus précieux aujourd'hui, à une époque où la diaspora en France vote majoritairement pour un parti d'extrême droite portugais nostalgique de l'ancien monde, stigmatisant l'immigration et contestant les acquis de la révolution des œillets qui a mis fin à la dictature que fuyaient les parents de José Vieira et tant d'autres.
La force de ce témoignage réside dans son universalité, au-delà de son propre vécu, l'auteur replace l'immigration portugaise des années 60 dans l'histoire de sa famille, de la diaspora en France et dans le mouvement global des migrations, dans la perception juridique et humaine que nous avons, aujourd'hui, en France, de celles et ceux venant d'ailleurs, fuyant un futur impossible à construire pour l'espoir d'une vie meilleure.