Ils s’appelaient Xu Djin et Liu Lianman, n’avaient jamais vu de montagnes auparavant et encore moins pratiqué l’alpinisme de quelque façon que ce soit. En 1960, le Parti communiste chinois les élève au grade de « désignés volontaires » et leur commande ainsi qu’aux camarades qui les accompagnent de conquérir le Qomolangma, tel que les gens du cru désignent l’Everest depuis toujours. Mission supplémentaire, ils sont tenus de déposer sur le toit du monde (8 849 mètres) un buste de Mao Zedong en un geste symbolique supposé souligner la conquête définitive du Tibet. Le climat de propagande est tel que l’opinion du pays tout entier néglige que la plus haute montagne de la planète a été vaincue une première fois sept ans plus tôt depuis le versant népalais par Edmund Hillary et Tensing Norgay.Au terme d’une enquête approfondie, Cédric Gras qui a fréquenté ces confins à plusieurs reprises, restitue, sur fond de famine paysanne et de répression à grande échelle, cette ascension nimbée de mystère et de mensonges. Ces spécialistes improvisés côtoient la mort qui sans cesse menace, et les corps bien réels de Sandy Irvine et George Mallory, disparus en 1924. Malgré leur dévouement et leur obstination, Xu Djin et Liu Lianman n’en finiront pas moins dans un camp de rééducation de la Révolution culturelle avant d’emporter dans leurs tombes les secrets himalayens du régime chinois.Avec le savoir-faire qu’on lui connaît, grâce à toute une série de documents inédits, en mandarin en en russe, Cédric Gras a reconstitué le destin hors-norme de ces prolétaires que rien ne prédestinait au vertige des cimes.
L'auteur, le livre (240 pages, 2024) : On avait beaucoup aimé le précédent opus de Cédric Gras qui nous contait l'enthousiasmante et folle équipée des Alpinistes de Staline, les frères Abalakov qui, dans les années 30, avaient reçu comme mission d'aller planter le drapeau rouge sur la plupart des sommets d'Asie Centrale. L'écrivain voyageur remet le couvert avec une suite ma foi fort logique : les Alpinistes de Mao, "une épopée similaire, inconnue, tragique, bouffie d’idéologie et malgré tout héroïque".
Le contexte : Dans les années 50 la Chine envahit le Tibet et quelques camarades reçoivent la mission de porter le buste de Mao sur le sommet du Tibet récemment conquis, le sommet de la Chine Populaire encore toute jeune (elle fête son dixième anniversaire), bref sur le sommet du Monde : le Qomolangma, la déesse de l'univers, que ces infâmes droitiers de capitalistes avaient baptisé Mont Everest pour glorifier l'arpenteur général des Indes Britanniques. Les camarades sélectionnés par le Grand Timonier n'y connaissent rien : ils n'ont jamais randonné, jamais pratiqué ne serait-ce qu'un peu de varappe. Qu'à cela ne tienne, pour mettre sur pieds ce "groupe d’élite hautement novice" on demandera un peu de formation et un peu d'équipement au Grand Frère Soviétique. Assurément, un peu d'entrainement et beaucoup de fanatisme maoïste ne pourra que conduire les camarades et le Parti à la gloire lorsqu'ils réussiront l'ascension de l'Everest (pardon, du Qomolangma) par la face nord, celle du Tibet, une première puisque c'est cette fameuse face nord qui a vu périr les alpinistes britanniques George Mallory et Andrew Irvine en 1924. [...] Ils partent de très loin, de zéro en vérité. C’est peut-être toute la beauté de leur épopée.
♥ On aime : • On apprécie le fastidieux travail réalisé par l'auteur : contrairement à la précédente aventure des grands frères russes, il n'existe que très très peu de témoignages de cette épopée maoïste. Des rapports officiels bouffis de propagande maoïste, quelques sources russes, quelques rares photos, ... Mais il en fallait plus pour arrêter Cédric Gras ! • Dans son précédent ouvrage, Cédric Gras nous donnait en filigrane tout le déroulé de la terrible dérive stalinienne. Cette fois nous allons suivre l'invasion du Tibet en direct : les chinois se lancent à l'assaut de l'Everest en 1960, juste un an après le soulèvement tibétain de 1959 et la terrible répression qui s'en suivit. L'auteur sait s'effacer derrière son sujet et ses héros et nous livre un passionnant feuilleton à multiples rebondissements alpins, culturels et politiques. Dans ses romans, Cédric Gras nous parle de "la montagne certes, mais comme belvédère sur une époque fascinante". • Le manque de sources et la surabondance de propagande font que les personnages ne peuvent être que dessinés à gros traits, le récit n'a pas le parfum d'aventure de l'épisode russe précédent. Heureusement la prose de Cédric Gras est toujours aussi lumineuse et agréable : sa plume parvient à faire de tout cela un formidable document sur une région et une époque mal connue.
Le pitch : En 1960, après quelques tentatives mitigées sur des sommets moins prestigieux, c'est une gigantesque expédition d'état, encadrée par l'armée, qui se lance à l'assaut du sommet mythique. Des centaines d'hommes, plusieurs dizaines d'alpinistes (même s'ils sont jeunes et pour le moins inexpérimentés !), des scientifiques, des centaines de porteurs, des camions de ravitaillement, une logistique à l'échelle du pays, ... Ils seront plusieurs dizaines à dépasser les 8.000 mètres, c'est déjà un record. Et bientôt la nouvelle tombe : [...] Wang Fuzhuou, Gonpo et Qu Yinhua de l’équipe d’alpinisme chinoise ont atteint le plus haut sommet du monde à 4 h 20 le 25 mai 1960. [...] L’agence officielle Xinhua clame : « Le mythe de l’impossible voie nord de l’Everest a volé en éclats ! » Mais aucune preuve ne pourra être présentée, aucune photo, aucun vestige supposé laissé sur place ne sera retrouvé plus tard. Les récits sont confus et peu cohérents, la propagande et la censure prennent le relais. Alors que s'est-il réellement passé là-haut ? Lorsqu'ils redescendent du toit du monde, c'est une dure réalité qui les accueille : la Chine est sinistrée dans un catastrophique grand bond en avant et va bientôt basculer dans le chaos d'une révolution culturelle. Les chefs d'expédition Xu Jing et Liu Lianman vont bientôt partir en rééducation, le Parti n'est guère reconnaissant envers ses héros. Il faudra attendre la fin des troubles politiques pour qu'en 1975, une nouvelle méga-expédition envoie une dizaine d'alpinistes, dont une femme, jusqu'au sommet : et cette fois, ils ont emporté leur appareil photo, histoire de faire taire les doutes et les médisances capitalistes sur l'expédition de 1960 ! Pour celles et ceux qui aiment les montagnes.
Après “Alpinistes de Lénine”, que je vais lire sous peu, Cédric Gras s’est attaqué l'histoire des Alpinistes de Mao ! Les choses ne furent pas aisées car la propagande et l’amour du Parti, du moins du Grand Timonier, ont biaisé tous les événements, les relatant à la sauce maoïste !
Il n’a pas fait l’impasse sur les événements politiques et sociétaux qui se sont déroulés, pendant ce qu’on peut appeler l’épopée de la conquête de l’Everest par la Chine communiste !
Dans la mesure où il est difficile de décider si la première arrivée au sommet est réelle ou affabulée, j’ai été plus intéressée et touchée par le sort qui était fait au Tibet et aux masses populaires chinoises avec plusieurs millions de morts !
Revanche de l’Histoire, il semble que ça soit un tibétain, fortement sinisé ceci dit, qui ait mis les pieds en premier sur le Toit du Monde !
Peut-être ne saurons-nous jamais ce qu’il en est car il n’est pas certain que les archives, ultra-secrètes, soient elles-mêmes véridiques.
Un livre qui se lit comme un roman mais je n’ai pas réussi à ressentir d’empathie pour les protagonistes car ils ne pouvaient faire preuve d’humanisme et ne pouvaient se comporter autrement que des marionnettes !
La folie maoïste jusqu’au sommet de l’Everest où il faut placer un buste du grand timonier. Récit épique où la souffrance des hommes ne compte pas. Seul compte la victoire du communisme. Récit d’alpinisme dans des conditions extrêmes mais aussi traversée de l’histoire de la Chine par les grimpeurs qui vont payer très cher « Les Cents Fleurs », le Grand bon en avant et La Révolution culturelle.
Very well documented story of the everest conquest mostly seen by the Chinese. Very interesting story about Tibet a week. I loved the mocking of the Chinese philosophies.
Une retranscription des tentatives d’ascension de l’Everest par la phase tibétaine, on se prend au jeu de l’auteur qui contextualise en prenant de nombreuses archives, et comblant les zones d’ombres par la narration. C’est un livre très intéressant historiquement, un net 8/10!
"Alpinismul maoist hymalaian era inainte de toate politica, nu o libertate de occidental indragostit de inaltimi."
China a cucerit Tibetul si isi dorea sa cucereasca Chomolungma(Everestul) pentru a infige steagul si a pune bustul presedintelui acolo. Asta era o datorie pentru tara, nu o bucurie personala. Au incercat asta in mai multe randuri sustinand ca au reusit in 1960 desi nu prea exista dovezi sa demonstreze asta. In 1975 au reusit avand si dovezi inclusiv un trepied pe care il vor folosi pentru masurarea varfului.
Cartea este bine scrisa, include si istoria Chinei in perioada lui Mao, cucerirea Tibetului, revolutia culturala.
Ulterior chinezii au deschis si altora din alte tari posibilitatea de a escalada acoperisul lumii, ramane remarcabila escaladarea fara oxigen si solitara facuta in 1980 de Reinhold Messner care pentru autorizatie a platit intre 40-50 000 de dolari " Autorizatia pentru aceasta expeditie este cea mai scumpa din viata mea, cumparata dupa principiile capitaliste intr-o tara comunista."