Un roman dépeignant une Russie qui, après avoir fait espérer à ses citoyens un avenir dans lequel l'amour deviendrait enfin libre, et les gays prides permises, a fini par rejeter ce qui est considéré comme néfaste à la préservation de ses richesses traditionnelles et de son orthodoxie.
Une vision méconnue de l'homosexualité dans une Russie qui tente de devenir progressiste avant l'arrivé de Poutine. Un recit pour faire communion et sublimer la communauté LGBT qui a grandi dans ce pays dans les années 90.
J’aimerais savoir écrire aussi bien dans ma langue maternelle qu’une personne qui écrit dans une langue qu’il a apprise au cours de sa vie. Shikalov est russe et homosexuel, et l’histoire qu’il raconte est la sienne, mais aussi celle d’autres comme lui ; en faisant le choix du « on », il donne une portée universelle et plus large que sa propre expérience de l’espoir de pouvoir être lui-même. Il y a un côté très moqueur dans ce livre, surtout vis-à-vis de lui-même, avec le recul, l’espoir écrasé par la réalité de l’évolution politique, la disparition de la dépénalisation des queer, tout en ayant une conscience aigüe déjà à l’époque que ce qu’il traversait n’était pas l’expérience « occidentale ». Court, rapide, chaotique parfois, des récits de quelques pages d’anecdotes et de retours d’expérience sous forme chronologique, de la montée de l’espoir et d’une vie qu’on ne cache plus trop à celle de son départ, somme toute définitif, dans l’espoir de pouvoir vivre qui il est.
L’histoire de toute une communauté queer en Russie. L’auteur retrace une décennie de dépénalisation, de liberté et d’espoir avant le retour massacrant de l’homophobie.
Autopsie d’une génération désenchantée.
C’est poignant, poétique, déchirant, c’est très bien écrit.
En Russie… « Puis, au printemps 2009, on inventa Grindr. (…) « La protection des données personnelles » ne voulait encore rien dire. Être mis sur écoute ne nous faisait aucunement peur car on n’avait rien à cacher »…
Comment ne pas penser aux prisons gay cachées en Tchéchénie depuis 2017.
Comment ne pas penser aux nouvelle règles douanières trumpistes, depuis 2025, qui exige la Divulgation obligatoire de vos réseaux sociaux personnels sur les 5 dernières années, pour votre passage aux États-Unis, et ce même si c’est votre employeur qui vous demande d’y aller.
En Russie… « Il (l’autorité en place) a besoin de faire passer des lois un peu « réacs » pour rebondir dans les sondages, pour « réunir » le peuple. Lorsqu’il s’agit de réunir, il n’y a rien de mieux que de trouver un ennemi commun, une « menace » pesant sur la nation, sur sa culture, sur sa civilisation: les adeptes de Santan. On rigolait.»
Comment ne pas penser aux discours anti-immigrants, anti-trans, anti-gay actuellement en cour au Québec, au Canada, aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Europe…
L’auteur poursuit… « Et si c’était notre faute ? Si tout s’était écroulé parce que l’on n’avait pas fait assez? Si tout s’était écroulé parce qu’on les avait laissés nous museler, parce que l’on n’avait jamais contesté notre rôle de citoyens dociles, des citoyens fiables, des citoyens qui ne l’ouvrent pas , de « meilleurs » citoyens ? »…
Puissant ! Sergueï Shikalov avait 7 ans en 1993, quand l’homosexualité a été dépénalisée en Russie. Il en avait 30, en 2016, quand il a quitté son pays pour la France : « Personne ne nous obligeait à fuir. Personne ne nous chassait. Mais tout le monde nous avait fait comprendre que la “nouvelle” Russie n’avait pas besoin de gens “comme nous”. Elle n’en voulait pas. » Ce livre a reçu jeudi le 7 novembre dernier le Prix international du Roman Gay 2024. Le Prix International du Roman Gay récompense depuis 2013 des romans appartenant à une littérature d’inspiration homosexuelle masculine. La thématique gay est certes le critère de sélection mais ce sont avant toutes choses les qualités littéraires qui sont récompensées. De très grandes maisons d’éditions y participent ainsi que des petits éditeurs indépendants voire alternatifs et des auteur(e)s auto-édité(e)s. Cette année, 196 ouvrages ont été proposés pour le prix. Après une première sélection, soixante romans ont été soumis à un jury international (France, Belgique, Canada et Portugal), composé d’écrivains, vidéastes, critiques, artistes, lecteurs et lectrices, LGBTQI+ ou non. Bravo à Sergueï Shikalov !
Good literature does more than just tell a story we haven’t heard before. It tells the story with artistry and a distinctive voice that makes us think, that poses new questions, or that challenges us.
That is where Espèces dangereuses fails. Yes, the story of gay men’s experience in Russia at the turn of the 21st century is important and badly needs to be told. But the writing itself is formulaic and average. The use of short paragraphs and repetition upon repetition is something I’ve read a dozen times before, so it fails to generate much emotion. And the obstinate use of the impersonal “on”, while also calling the book a novel and not a memoir, keeps the reader so completely at arms length that it loses us almost entirely.
TLDR: Queer people from other countries have been writing better versions of this book for decades. Just because it’s about Russia doesn’t mean the book is inherently good. Please let’s take Russian writers seriously as artists and hold them to the same standards that we hold everyone else to.
~ First read for the Prix littéraire des étudiants de Sciences Po ~
Être gay en Russie quand on est né dans les années 80, profiter d’une très courte période où être soi même est légal avant d’être à nouveau considéré comme une espèce dangereuse. Et finalement faire le choix de partir pour pouvoir vraiment vivre. C’est à la fois sublime et incroyablement triste, ça devrait être illégal d’écrire aussi bien dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle soit dit en passant. En ce mois de pride un rappel qu’être gay est illégal et parfois même mortel dans de nombreux pays du monde
A history of an unfulfilled promise and initially creeping and then very sudden destruction of LGBTQ rights in modern day Russia. It’s a well written associative text that aches with desperation and helplessness and serves as a warning. It does seem a bit anecdotal here and there, but it’s quite potent nonetheless.
Ça a été une lecture très poignante et émouvante. On ressent très bien chaque émotion sentie par l’auteur, sachant très bien ce qui l’attend malheureusement à la fin.
J’ai beaucoup aimé la façon dont l’histoire a été écrite morceau par morceau comme des très courts chapitres. Ça donne du rythme et de bons impacts.
C’est incroyable de se dire que des droits durement acquis peuvent être supprimés en si peu de temps. Un rappel qu’un droit acquis ne l’est pas forcément pour toujours :(
J’espère de tout cœur que la situation finira par s’améliorer pour toutes les personnes LGBT+ de Russie, mais également du reste du monde <3