Diplomée en médecine, psychologie et droit des victimes, l'autrice est victimologue auprès de personnes ayant été abusées au sein de l'Eglise Catholique. Il s'agit d'un livre présenté comme religieux, publié par une maison d'édition catholique, mais ce livre peut être lu par tout le monde quelque soit sa confession car nous sommes tous concernés. Etant athée, ce n'est pas l'aspect religieux qui m'a guidé vers ce livre mais mon intérêt pour le sujet. Je remercie d'ors et déjà Babelio et les Editions De l'Emmanuel pour l'envoi de ce livre.
Il s'agit donc d'un récit de fiction tiré de la réalité, qui s'accomplit en trois jours pour condenser les années d'expérience humaine et professionnelle de la thérapeute. Les cas se succèdent dans le bureau de la victimologue, on parle ici non seulement d'abus sexuels mais également psychologiques, d'abus de faiblesse, de manipulation mentale, d'abus spirituel, de cas d'emprise au sein de l'Eglise. Les anecdotes de vie privée et aléas du quotidien vécus par la psychothérapeute sont les bienvenus et viennent alléger ces écrits très sombres. L'autrice expose de façon claire sa démarche: elle souhaite faire connaître ce qui se passe lorsqu'une trajectoire de vie est déviée, ou brisée par des abus, pour que l'entourage des personnes victimes puisse comprendre la profondeur des souffrances et les difficultés post-traumatiques. Il n'y a ni petit, ni grand abus et chacun y réagit différemment. Un enfant abusé est une étoile qui s'éteint s'il n'est pas pris en charge psychologiquement, et cela est réel dans l'Eglise comme ailleurs.
Parfaitement consciente du travail à accomplir, l'autrice a intégré le fait que les agressions soient communes, elle a donc les yeux grands ouverts et les regarde en face, ce qui est un élément extrémement positif pour les victimes. Derrière la justesse des mots, je devine chez l'autrice une femme pétillante, une professionnelle extrêmement bienveillante, à l'écoute et compréhensive. Elle exprime sans fard la honte qui est la sienne face aux crimes perpétrés au sein de l'Eglise, et la lassitude extrême qui l'envahit lorsqu'elle se trouve face à des personnes qui n'ont pas connu cette violence et pour qui tout est surmontable avec un petit effort. Je partage sa colère et son désarroi, nous sommes tous concernés. La conclusion de cette thérapeute est identique à celle de la CIIVISE: une personne victime de violences doit parler et être entendue. le pardon selon elle n'est pas la solution, la prévention le serait beaucoup plus (à tous niveaux, y compris pour les abuseurs), ainsi que les thérapies et aides à la reconstruction efficaces. Isabelle Chartier Siben a créé l'association C'est à dire qui vient en aide aux personnes victimes d'abus. Elle est ouverte à tous.
En conclusion, la ténacité de l'autrice la pousse à continuer son combat en dépit de l'abîme auquel elle est confrontée quotidiennement, c'est une belle leçon qu'elle nous donne et l'anecdote finale que j'ai particulièrement apprécié délivre un beau message d'espoir.