Août 1994. Quand il ne pêche pas les truites sous les ponts romans du pays féerique de son enfance, le petit Grégoire chasse un lapin qui sème le chaos dans le jardin de pépé.
Septembre 1939. A la suite de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, tous les citoyens français vivant entre la frontière et la ligne Maginot sont évacués au sud de la France. Strasbourg devient une cité fantôme, qui ne subit pas la sort des villages voisins, pillés par les soldats français (!), que grâce à son maire et ses hommes, restés sur place.
Juillet 1940. Une fois la France occupée, Hitler demande la repopulation des territoires annexés (Alsace et Moselle). Deux tiers des évacués de 1939 répondent à l’appel, de peur plutôt que de bon gré. “Si nous étions restés, ils auraient confisqué le bistrot pour le donner à des saxons.” Parmi ces gens, un gamin de 15 ans. C’est le futur grand-père de Grégoire, qui raconte l’histoire de son adolescence insouciante - lui et ses amis, braconniers, maquisards, résistants s’opposant autant que possible au Reich grâce à leur proximité des forts, des marais, du Rhin, de la forêt, et à leur connaissance de la nature.
Mais le bel album de Grégoire Carlé n’est pas seulement un hymne à la nature; c’est une histoire très franche du peuple alsacien et de leur souffrances sous les régimes qui se succèdent, de l'élimination des non-gaules par les français en 1918 à l'élimination des non-germaniques en 1940.
C’est une histoire de lutte inégale et de survie aux horreurs des camps nazis de rééducation, c’est une histoire d’adolescents idéalistes, mais c’est aussi l’histoire de la jeunesse alsacienne de l'époque - brisés, enrôlés de force dans la Wehrmacht, survivants incroyables, et pourtant ignorés par la grande Histoire.
Un récit qui secoue les préjugés, et des noms qui sortent de l’ombre pour nous raconter leur courage et leur martyre.
Avertissement : j'ai reçu ce livre de NetGalley pour en faire un compte-rendu équitable. Ce qui n'a pas influencé mon opinion de quelque manière que ce soit.