Ralph Waldo Emerson est un homme extraordinaire, une sorte de Kant qui aurait passé une bonne journée à courir dans les forêts et les prairies ou un Rousseau vigoureux et optimiste. Il voit la nature, et l'homme lui-même, comme un démembrement, une manifestation d'une sorte de grand tout, l'Esprit. Chacun doit suivre sa nature, qui est bonne parce qu'elle est divine et unique, et non les usages ou la société, qui sont plutôt corrompus. Il est important de compter sur soi-même (self reliance). Il y a des phrases extraordinaires sur comment la propriété est un bien pour celui qui la constitue, la crée, et ensuite une charge et une sorte de souci pour ses héritiers. Ralph Waldo Emerson nous encourage en nous disant qu'il n'est pas plus facile pour le peureux d'être peureux, que pour le brave d'être brave ; ou comment, malgré les apparences, le Bien est à l'oeuvre et progresse. Circles est un texte extraordinaire qui explique que les contradictions sont les extrémités d'un même objet, qui finissent par être résolus par une vision supérieure plus englobante. La différence entre les idéalistes et les réalistes est expliquée mieux qu'aucun prof de philo ne l'a jamais fait. Penchant nettement du premier côté, RWE a des pages touchantes sur la difficulté qu'il y a à être idéaliste et à le rester (les idéalistes sont comme les marins, on n'en trouve pas de vieux), et cependant explique de façon convaincante pourquoi il faut l'être. Des pages pénétrantes sur Montaigne, aussi... Il est confondant de voir comment ces pages écrites à l'ombre des sapins de l'Amérique primitive, avec leur exaltation de la bravoure, de la simplicité, de la probité et de l'indépendance, arrivent à nous toucher dans un monde dépressif et hypertechnologisé. Il m'est agréable de penser que RWE a été le maître de D.Thoreau qui a inspiré les Désobéissants.