Pour s'amuser en famille et entre amis, il y avait autrefois le lynchage des Noirs (avec option carte postale parce que c'est important de partager les bons moments).
Notre époque nous apporte une belle évolution : il y a maintenant la vidéo / snuff movie / pogrom, à partager sans modération !
Là aussi, possibilité d'options sympas car on peut choisir: torture, supplice, mutilation ou viol, massacre sur enfant ou vieillard, en solo ou en réunion, et avec le choix du sexe.
...il m'aura fallu des semaines pour arriver au bout de l'horreur décrite dans cet ouvrage.
Et voici où nous en sommes en ce qui concerne le viol systématique, la torture et l'extermination : suite au massacre du 7/10/2023, nous avons assisté à une démonstration de double standard à l'échelle mondiale d'une telle puissance que j'en reste encore pantois... Les mêmes qui dénoncent (à raison) les violences et massacres racistes commis sur les uns ne trouvent absolument rien à dire sur les autres (pire, semblent même les justifier). Silence de UN for Children. Silence de UN for Women. Silence des féministes. Silence des professionnels de l'antiracisme. Silence des progressistes et de la gauche dans son ensemble. La capacité à s'indigner est à géométrie variable: incompréhensible, incroyable... effroyable??!!
Les implications d'une telle attitude en termes politiques, culturels, religieux et géopolitiques sont vertigineux. Et si l'on considère qu'historiquement, les Juifs sont le thermomètre du niveau de tolérance et de haine raciale dans le monde, la situation est extrêmement inquiétante.
C'est ce qui pousse Joann Sfar a s'interroger sur l'existence et l'avenir des Juifs. J'ai trouvé qu'il a réalisé cet exercice, à chaud dans les semaines qui ont suivi le pogrom, avec réussite dans la mesure où il (i) relate les faits avec une logique de "fact checking", (ii) donne de la perspective historique, (iii) se positionne en tant que juif avec transparence, sans prendre parti contre ou accabler les Palestiniens, (iv) n'hésite pas à dénoncer les exactions / défauts d'Israël, (v) réussit à atteindre une neutralité plus que raisonnable selon moi compte-tenu du sujet et de ses convictions et (vi) nous apprend mille choses, à commencer par le fait que nous (je) sommes globalement très ignorants de l'histoire de cette région du globe et de celle de la religion juive en particulier.
Sfar met en avant un élément majeur à prendre en compte pour comprendre la situation géopolitique du conflit : quelle position est sensée tenir lsraël face aux Arabes alors qu'elle n'est qu'un grain de sable juif sur une plage musulmane ? A fortiori quand l'ensemble des pays arabo-musulmans n'aspire qu'à voir cette anomalie religieuse disparaître de sa carte? Ceci en sachant que les Juifs n'ont nulle part d'autre où aller, ce que nous rappelle (ou nous apprend) ce livre: les pays musulmans se sont purifiés des juifs tandis que l'antisémitisme s'est généralisé et normalisé dans le monde occidental. Joann Sfar met ainsi en lumière cette impasse que vivent les Juifs et l'injustice profonde actuelle qui consiste à leur reprocher de vouloir un lieu /état pour pouvoir vivre... ou plutôt survivre, puisque c'est le constat fait dans cet ouvrage.
"On est des arabes mais on n'est pas musulmans, c'est peut-être ça le problème" dit l'un des personnages. Voiiiiilà : enfin un qui comprend le nœud du problème.
Être victime partout et être traité en coupable par tous, voilà la situation telle qu'elle semble être désormais vécue par les Juifs.
Les suites immédiates du massacre de type génocidaire des civils juifs le 7/10/23 donnent malheureusement corps à cette impression: tandis que les premiers témoignages sont remis en question, des manifestations pro-Gaza (et pro-Hamas) s'organisent (avant même la réplique de Tsahal), des fake news et des éléments de langage du Hamas sont repris y compris par les journalistes "sérieux". Partout dans le monde, l'extermination systématique de Juifs qu'a constitué ce massacre du 7/10 suscite d'un côté la liesse du monde arabo-musulman et de l'autre le silence (voire l'imposition du silence) du monde occidental au sens large. De quoi s'interroger sur les mécanismes qui nous ont amené collectivement à une léthargie éthique : un pogrom en 2023 serait donc désormais un "détail de l'histoire" (du conflit israélo-palestinien)? L'antisémitisme aurait-il changé de camp?
Il y a des silences qui sont inacceptables car ils cautionnent, et ce d'autant plus fortement lorsqu'en parallèle des voix s'élèvent pour chanter les louanges des massacreurs et des tortionnaires.
Il y a des silences qui sont inacceptables car ils montrent trop à voir les calculs politiques sous-jacents: ne pas froisser son électorat, ménager la communauté musulmane (quitte à faire le jeu des islamistes), choisir la facilité en préférant ne pas se positionner sur des sujets sensibles ou trop dérangeants et fermer les yeux sur un état du multiculturalisme qui va à l'opposé de ce qu'on en dit : communautarisme fermé et vivre ensemble qui n'existe plus vraiment que dans les programmes électoraux.
Une autre réalité qu'il est douloureux d'affronter : comment se positionner, géopolitiquement, culturellement et éthiquement, vis-à-vis d'un monde arabo-musulman qui continue d'élever et de conditionner ses enfants à la haine des Juifs et qui souhaite voir Israël annihilé? Et comment dans ces circonstances avoir espoir dans la fin d'un conflit qui ne peut passer que par la paix et la tolérance ? La culture de la haine condamne les Palestiniens à produire des bourreaux et à reproduire les mêmes schémas au fil des générations, empêchant par là-même toute espérance.
Plus globalement, cet événement donne à voir le projet politique islamique dans son ensemble avec l'objectif d'une expansion (passant par une purification) mondiale. Ce projet est plus actif que jamais. Il est appelé de leurs vœux par les islamistes de tous bords et de tous pays.
Maya Angelou disait "when someone shows you who they are, believe them". Quand ISIS explique son programme islamique totalitaire, quand l'Arabie Saoudite et le Qatar déroulent leur rhétorique wahabbite (et l'argent pour la matérialiser), quand Erdogan ou les autres tyrans partisans d'un islam politique au Maghreb ou au Makrech décrivent leur vision de la société et du monde, il serait temps de les croire. Il semble que l'on a choisi de ne pas les croire. Et quand le Hamas annonce et prouve ses intentions d'extermination, le monde ferme les yeux et choisit de mettre en doute la parole des victimes.
Le 7/10/23, c'est un événement majeur qui aura marqué l'échiquier politique en forçant chacun à révéler ses positions et à mesurer le niveau d'entrisme qu'a réussi à atteindre l'islamisme mondial. Pour nos démocraties, c'est le signal d'un double danger car fermer les yeux sur l'islamisme, c'est laisser l'extrême-droite seule se saisir de ce sujet primordial. Fermer les yeux à gauche, ou pire, se compromettre, c'est donner corps au concept d'islamo-gauchisme et aux accusations de double-standards. C'est continuer à fouler le principe de laïcité en sacralisant une religion. Il n'y a pas de "meilleure" attitude à adopter pour radicaliser les opinions et créer les conditions d'un clivage social irrattrapable.