"L’attente change notre rapport au temps."
3.5/5. Ma deuxième lecture de l’année est également un premier roman, mais je suis cette fois-ci déjà familière avec la plume de son autrice (et de son traducteur) que j’ai découverte fin novembre en lisant Lemon. Dans cet ouvrage, la narratrice nous fait voyager à travers ses souvenirs en attendant la date de son déménagement, donnant ainsi au récit une allure de biographie. Le style d’écriture est franc, poétique, et comprend de très belles métaphores bien que certaines aient un peu mal vieilli.
Pour un texte coréen publié en 1996, je l’ai trouvé très audacieux — parmi les livres du XXe siècle issus de ce pays que j’ai lus jusqu’à présent, il me semble que c’est la première fois que je lis la mention d’un avortement. C’est avec cette honnêteté et transparence que Son Mi-ok arrive à rendre fascinante sa vie plutôt ordinaire. Avec les légendes, croyances et superstitions qui se mêlent à sa narration, on ne cesse de vouloir en savoir plus sur elle. De ce fameux "corps d’armée féminin" qui a marqué et bouleversé son enfance, aux "deux" Mi-ok qui luttent constamment en elle, en passant par sa participation aux mouvements étudiants lors de ses années universitaires.
Elle est loin d’être banale, au final, cette femme dont la naissance a été bénie par l’oiseau bleu. Mais au bout d’un moment, on dirait qu’autrice et narratrice se confondent. D’une part, les images deviennent de plus en plus abstraites ; d’autre part, des paragraphes entiers servent à résumer des livres classiques dans l’unique but de dresser un parallèle avec la vie de Mi-ok, donnant l’impression aux lecteur•rices de recevoir un cours de littérature. C’était curieux, un peu confus. J’avais parfois du mal à comprendre les intentions de Kwon Yeo-sun, c’est pourquoi j’ai finalement arrondi ma note à l’inférieur.