La jeune fille suppliciée sur une étagère contient deux nouvelles, une première du même nom, et une seconde, le sourire des pierres. Les deux nouvelles abordent, chacune à leur façon, le thème de la mort.
Je suis globalement déçue de ce livre. Non pas que je m'étais fait une fausse idée de ce qu'il allait être, j'y ai trouvé ce que j'attendais, mais c'est ce que je n'attendais pas qui ne m'a pas plût de tout.
1ère nouvelle :
La jeune fille suppliciée sur une étagère raconte l'histoire d'une jeune fille de seize décedée d'une pneumonie. Ses parents, qui ont besoin d'argent, font "don" du corps de leur fille à la science pour une période de deux mois, après laquelle il sera incinéré et ses parents pourront en récupérer les cendres. En échange, ils reçoivent une somme d'argent.
Tout l'intérêt de la nouvelle est que le récit est narré par...la jeune fille alors qu'elle est morte. Elle raconte alors chaque étape de sa "vie de morte", quand deux hommes de l'hopital viennent la chercher pour l'y amener, la préparation du corps, les découpes. On est avec elle, en elle même, lorsqu'on lui enlève les organes, lorsqu'on lui injecte différents produits dans le corps pour que celui-ci puisse mener à bien sa "mission" (c'est comme ça que la jeune fille en parle), puis lorsque des étudiants s'entraînent un à un à exercer des opérations médicales. Ce que j'ai trouvé intéressant ici, c'est le travail fait par l'auteur pour nous traduire tous ces sens, en réussisant à recréer dans la pièce dans laquelle je me trouvais, le froid, les craquements, les sensations, l'atmosphère,la visquosité peut-être...
Et... c'est tout ce que j'ai trouvé intéressant.
Pendant le trajet qui l'amène à l'hopital, la jeune fille nous apprend qu'elle était serveuse. Elle avait commencé à travailler pour aider ses parents, puis était devenue strip-teaseuse, ce qui est prétendu par l'auteur comme étant un choix, à son initiative. Je rappelle qu'on parle d'une adolescente de seize ans. Ensuite, pendant le trajet, la jeune fille, morte, entend les deux hommes du camion qui la transporte parler de son corps, puis, arrivée au laboratoire, un autre homme lui touchera plusieurs fois la poitrine en faisant des commentaires sur sa beauté.
Le propos aurait vraiment pu être intéressant ici ; la jeune fille morte continue d'être sujet, puisqu'elle a toute sa conscience et qu'elle est au centre de la narration, alors même que son corps n'est qu'objet et est traité comme tel par les différents médecins qui viennent y piocher les morceaux qui les intéressent pour leurs expériences, puis par les étudiants qui s'exercent dessus. Il y a comme une continuité, du fait que même vivante, son corps n'était pas sujet mais objet, perçu comme tel par ses parents, qui ne voudront même pas de ses cendres une fois les deux mois écoulés, et par le milieu du strip-tease. C'est en tout cas ce qu'on aurait pu lire dans cette trame, au lieu de ça, le milieu est peu détaillée, on n'interroge pas qu'une adolescente de 16 ans s'y trouve et le milieu n'est pas dépeint comme ayant quoi que ce soit de néfaste pour cette jeune fille (ou pour les autres).
J'ai fini par avoir l'impression de lire les fantasmes malsains d'un pédocriminel nécrophile. En effet, il n'aurait pas fallût grand chose pour que l'histoire préserve tout son intérêt, à savoir selon moi, la poésie et l'originalité avec laquelle la conscience qui subsiste d'un corps mort réussi à décrire des sensations. Mais Akira Yoshimura a préféré s'adonner au glauque et au voyeurisme plutôt qu'à une refléxion plus philosophique.
Je ne sais pas vraiment quoi dire sur la seconde nouvelle. Elle est écrite en usant d'un procédé cette fois-ci plus habituel. Je n'ai pas réussi à m'intéresser à l'intrigue et aux personnages, j'ai senti que l'auteur essayait de créer une tension tout au long du récit sans vraiment que ça ne fonctionne car on voit assez vite où il veut en venir. C'est aussi parce que, déçue par la nouvelle précédente, je n'ai fait aucun effort et partais déjà avec un a priori.