Tout prendre. Ne rien lâcher. Faire peinture avec et contre tout. Renouveler sa spontanéité dans le champ des possibles picturaux : classicisme, expressionnisme, figuratif, abstrait, print painting, bad painting, all-over, matièrisme. Pour Julien des Monstiers, chaque peinture constitue un ensemble dont les différentes manières de faire se comprennent par un tout qui leur donne sa signification. Une peinture holistique, qu'on ne peut réduire à la somme de ses parties et qui échappe à toute définition pré-établie. Des formes et des gestes empruntés, sans aucune hiérarchie, aux grands récits du médium : de Diego Velasquez à Jean-Baptiste Oudry, de Robert Rauschenberg à Gerhard Richter, de Lucio Fontana à Sigmar Polke, mais aussi à l'histoire de ses motifs, celle des scènes de chasse, des décors floraux, des tapisseries. Une œuvre peinte sur toile ou sur bois, au sol ou au mur, selon les nécessités, dans d'incessants allers-retours. Des empreintes par transfert, comme il le fait toujours, mais aussi des gestes précis, lents ou rapides, faits avec des pinceaux, bien sûr, mais aussi des outils divers, des bâtons et pourquoi pas, si l'envie lui vient, des billes. Tout est à saisir pour l'artiste qui considère le châssis comme un objet sur lequel on peut construire, à l'aide d'emprunts et d'inventions, son propre territoire.Des peintures faites de couches constamment contrariées, des strates si étroitement superposées qu'on ne peut les différencier. Un « non style », riche de surcharges, de dissonances colorées, d'empâtements qui devient paradoxalement « un style ». Disparate parfois, pour le regardeur et peut-être même pour son auteur, car riche de sensations ambiguës, d'impressions qui vont du rejet à la félicité. Une œuvre, sans aucun soucis de sérialité, la composante la plus appréciée de nos jours, puisqu'elle permet au monde de l'art, et surtout à son marché une identification immédiate. Une peinture qui n'est pas une fenêtre ouverte sur le monde, mais une somme de portes qui conduit aux espaces où gît la matière de la création. Peut-être celle, toujours, à la fois, lointaine et proche des grottes primitives qu'invoque, si souvent, l'artiste. Des lieux magiques où nos ancêtres composaient avec les saillies et les retraits de la roche, mais aussi avec leur environnement, les lumières mouvantes, les accidents et les trajectoires manquées.Alain Berland
Julien des Monstiers was born in Limoges, France, in 1983. He graduated from the reputed Ecole Nationale des Beaux-Arts in Paris in 2008. He works on his paintings in his home workshop in Faye-les-Vineuse (Indre-et-Loire) and Paris. Since 2016, Julien has been represented by the Galerie Christophe Gaillard (Paris, Brussels and Le Trembley), which to this date has devoted five solo exhibitions to his work. The artist has also taken part in many group shows in public institutions in France and has been an invited artist in residence overseas. He has been the recipient of several awards: The Prix Antoine Martin Paris 2015; the Prix Yishu 8 in 2017; the Prix Pierre Cardin in 2019, and the Prix Cino Del Duca in 2022. In 2024, two major institutions held monographic exhibitions of his work: The Châteaux de Chambord and The Suquet des Artistes (Cannes). Thanks to his innovative and virtuoso approach to painting, Julien des Monstiers is viewed today as a rising star in contemporary art. Dramatic hunting scenes, spectacular animal subjects, landscapes, tapestries, tiling – all subjects are opportunities for this painter to go through many experiments with any chosen medium. His works require careful observation: the pure matter of paint as such is the true obsession of his work. My reader friends with a passion for modern paint may not want to miss this book.