Longtemps, celle qui raconte l’histoire ne sait rien de l’homme qui vit dans l’appartement à côté du sien, sinon qu’il s’appelle Sándor, qu’il est hongrois et dans les affaires. Mais quand l’homme tombe gravement malade, peu avant qu’un virus ne se propage sur la planète, le rapprochement devient inévitable entre ces deux êtres sans points communs.
À travers le portrait d’un voisin énigmatique, plein de contradictions, de plus en plus fragile et bouleversant, Catherine Lovey nous livre celui de notre époque, sur laquelle elle pose un regard drôle et précis, doucement frondeur.
Née en Suisse en 1967, Catherine Lovey a publié tous ses romans aux éditions Zoé : L’homme interdit (2005, prix Schiller découverte), Cinq vivants pour un seul mort (2008), Un roman russe et drôle (2010) et Monsieur et Madame Rivaz (2016). Dans son nouveau livre, histoire de l’homme qui ne voulait pas mourir, sa plume singulière cherche une fois de plus à décrypter les mécanismes à l’œuvre derrière les faits et gestes de ses personnages.
L'histoire d'une relation qui se tisse entre voisin et voisine, de la maladie qui se pointe et qu'il est difficile d'accepter. C'est bien écrit, touchant.
Histoire de l’homme qui ne voulait pas mourir, c’est le récit du quotidien. Le quotidien d’un homme en fin de vie, qui vivote dans un semi déni de sa propre mortalité, et qui va peu à peu tisser des liens avec sa nouvelle voisine.
Cette voisine, c’est notre narratrice. Curieuse de connaître son voisin, elle s’immisce petit à petit dans ses habitudes, et apprend chaque jour un peu plus qui se cache derrière Sandór, ce voisin d’apparence si distante et détachée de tout.
Au fil du temps, beaucoup d’émotions partagées, une bonne dose d’empathie, des confidences échappées ça et là, vont mener nos deux protagonistes à établir une relation de confiance.
Le récit qui se déroule en pleine pandémie, nous relie instantanément, de manière très concrète aux existences de Sandór et de la narratrice. L’écriture très épurée, très plane de Catherine Lovey permet une lecture très rapide et très fluide. Cette sensation de détachement due à cette écriture si pure, se retrouve dans le portrait extrêmement flou de la voisine. Une distance envers la maladie, envers la Mort, envers cet homme qui n’était il y a peu qu’un inconnu. Enfin, la distance de Sandór face à la vie entière.
Le quotidien de la narratrice va dorénavant être rythmé par la routine de son voisin. Elle va prêter attention au moindre de ses déplacements, plus particulièrement à ses absences, et se soucier de plus en plus de son état de santé, qui malgré l’optimisme déguisé de Sandór, se désagrège à petit feu.
Un lien unique, parfaitement singulier et pourtant innommable va unir les deux personnages. On ne peut ni parler d’amitié ni d’amour. C’est à la fois proche et très distinct de ses deux sentiments.
Mais le plus troublant, en définitive, réside dans le mystère qui entoure notre fameuse narratrice. Les rares éléments dilués de-ci de-là n’approfondissent en rien le portrait d’elle que l’on tente de se créer. Cette frustration est une sensation toute nouvelle. Jamais je n’avais croisé un personnage narrateur demeurant si anonyme et inconnu à son lecteur.
L’écriture de Catherine Lovey, si paisible, si calme, détonne face à l’imminence de la Mort, mais la fermeté, presque implacable de ses mots, agit tel un rappel à l’ordre.
Histoire de l’homme qui ne voulait pas mourir, est sans aucun doute un des livres les plus curieux que j’aie jamais lus.
J’ai eu la chance de rencontrer cette autrice et de l’entendre parler de ce roman pendant plus d’une heure. Quelques bribes de souvenir de cette rencontre : - la couverture si vive et joyeuse a été dessinée à la main par sa propre fille qui vit à Berlin - le titre déplaisait : trop long et mentionne un sujet tabou. Or, aucun autre n’a véritablement été proposé par la maison Zoé, il a donc fini par être accepté. Il n’a d’ailleurs pas de majuscule, car c’est une histoire qui pourrait être universelle. - Catherine a utilisé une expression pour parler de sa vie : elle ne correspondait pas à un tour en carrousel. - le « je » est bien celui du personnage, ce récit est fictionnel. - C’est une des premières fois où une histoire d’amitié entre des voisins de palier fait son apparition dans la littérature. Cela peut rappeler Oscar et La Dame Rose. - Une certaine ode à la nature est présente en toile de fond. Elle nous a d’ailleurs indiqué que là où elle réside, dans le Lavaux, il était effrayant de voir à quel point les arbres étaient coupés et les petits parcs remplacés par des immeubles. Le goudron est partout, alors que l’exemple espagnol a bien montrer ses méfaits… - Le récit aurait été complètement différent si Sàndor avait été un homme. Il n’est d’ailleurs que peu étonnant que la gent féminine prenne soin de lui - Elle reçoit pour ce livre le prix de l’académie nationale de médecine !