Jump to ratings and reviews
Rate this book

Détruire les villes avec poésie et subversion: Désurbanisme, fanzine de critique urbaine

Rate this book
« Détruire les villes ?
Mais vous n'y pensez pas ?
Mais si, mais si, on y pense... Évidemment on ne va pas y aller au bulldozer ; pas non plus avec le dos de la cuillère. Pour l'instant, on utilise la poésie pour semer le doute dans les têtes... Et si une nuit étoilée ou une énorme vague avait plus de sens qu'un bus bondé aux heures de pointe? »
Espace dominé et structuré par le Capital, la ville offre un terrain de lutte et de critique du capitalisme.
Publié de 2001 à 2006, Désurbanisme est un fanzine d'amoureux des villes passionnés par leur destruction, une boite à outils – mêlant pensées et expériences critiques – dans laquelle la lutte peut puiser du combustible.

552 pages, Paperback

First published February 1, 2014

15 people want to read

About the author

Ratings & Reviews

What do you think?
Rate this book

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
2 (66%)
4 stars
0 (0%)
3 stars
1 (33%)
2 stars
0 (0%)
1 star
0 (0%)
Displaying 1 of 1 review
Profile Image for Mateo.
25 reviews
October 6, 2025
Désurbanisme est une collection de fanzines produits de 2001 à 2006 sur le thème de la ville. Chaque numéro était publié tous les trimestres plus ou moins. C'est des fanzines en bonne et due forme, souvent au prix libre, faits à la main, avec des collages, des photos, des dessins, des textes et plus. De manière générale il existe (a mon avis) trois types de contenus dans ces fanzines : des textes académiques ou officiels (ou apparenté), tirés d'auteurs du passé que la créatrice (je suis quasiment sûr que c'est une femme qui à créé ça, grâce aux raccords aux féminin ici et là) se contente de compiler selon l'intérêt qu'elle y trouve ; des productions fictives (poèmes, dessins, extraits de romans) qu'elle a elle même fait ou alors qu'elle a pris à des gens de son milieu et qui visent à transformer l'imaginaire de la ville des lecteurs ; et finalement des recommandations de toutes sortes, une espèce de boîte à outils à utiliser dans notre quotidien.

Des fois les fanzines se contredisent entre eux dans les idées que l'on peut retrouver dans divers numéros. Par exemple, l'imaginaire du transport en commun est occasionnellement rejeté (bondés, aliénants, outils du capitalisme pour le transport de la chair à canon travailleuse), mais la construction d'encore plus de transports collectifs pour faire face à la voiture est envisagée. Un autre exemple, des fois la campagne est idéalisée comme un espace plus en lien avec la nature, avec des communautés plus soudées, où les relations humaines portent moins le sceau du capital ; mais à d'autres moments elle est aussi décriée comme un espace que ledit capital peut, finalement, tout autant dominer, maîtriser et transformer en espace d'exclusion.

Ces contradictions ne sont pas si graves à mon avis. Après tout ce n'est pas un texte académique que l'on lit, ni un texte unique par ailleurs, c'est une compilation. Et s'il y a effectivement des contradictions, il y a néanmoins, ou plutôt également, une ligne éditoriale claire : la ville est une production capitaliste, et la solution est l'anarchisme. Et c'est malheureusement avec ce fil conducteur que je suis en désaccord.

Déjà, la vision marxiste de la ville comme construction capitaliste est critiquable. Certes, de nombreuses villes se sont construites comme des lieux de facilitation du commerce : des plaques tournantes autour desquelles les ressources d'un territoire sont concentrées, organisées, puis échangées avec d'autres. Venise ou Constantinople, en leur temps capitales commerciales, sont sûrement les exemples les plus emblématiques. Mais dire que les villes sont toutes nées de considérations commerciales, et aussi qu'elles ont toutes évoluées par la suite en raison de considérations commerciales, est faux. Que dire de Paris, façonnée au fil des siècles par le fait politique centralisateur? Que dire de Jérusalem, façonnée par le fait religieux? Les exemples abondent. En d'autres termes, le passif des villes peuvent transformer la part d'influence que le capital a en elles. C'est pour cela qu'une ville comme Paris se vit de manière très différente qu'une ville comme Chicago, qui elle est effectivement un pur produit capitaliste jusqu'à dans ses moindres détails dont le le rôle principal a toujours été la canalisation et l'exploitation des ressources du Midwest états-unien. Ainsi donc l'échelle des problèmes, et par conséquent l'échelle des solutions, est très différente d'une ville à l'autre, alors même que ces deux villes sont deux grands centres du capitalisme occidental. Cette vision marxiste rend donc Désurbanisme pour moi un ouvrage pas tout le temps pertinent dans ses analyses et ses propositions (même si j'insiste sur le "pas tout le temps": de gros pans de la chose urbaine à Paris sont effectivement purs produits du capitalisme et trouvent donc leur place dans le livre).

Ensuite, l'anarchisme. Je passerai pas trop de temps sur cette question dans cette critique, tout simplement parce que ça reviendrait pour moi à critiquer l'anarchisme, groupement d'idées auquel je ne souscris pas, ce qui serait hors-sujet, et beaucoup trop long. Mais voilà, c'est comme ça, je ne suis pas d'accord avec, et donc je suis souvent en désaccord avec ce livre. Il indique dès le premier numéro que
"La démocratie est incompatible avec la hiérarchie institutionnelle [...]. Pour être clair, elle est incompatible avec toute forme d'État." (p.24)
Pour moi ça c'est non non non, je suis fondamentalement pas d'accord, et ça se reflète dans ma lecture du reste de l'ouvrage.

Issue de la conception anarchiste de la ville et du monde est la critique de la discipline de l'urbanisme que font les fanzines (de là vient le titre par ailleurs), très bien illustrée par la citation encadrée "Les urbanistes sont des fascistes". Rien de moins. Les urbanistes sont ainsi l'outil du capital pour aménager au mieux l'espace urbain à son avantage. J'ai été très surpris de découvrir cette vision de l'urbanisme et de l'urbaniste, et je me demande si ce n'est pas dû a l'ancienneté des fanzines (plus de vingt ans pour certains, tout de même). Je trouve que c'est une vision assez différente de l'urbanisme qui est enseigné aujourd'hui (je sors d'un master d'urba), qui semble plus se concentrer sur la question écologique et de la gentrification, c'est-à-dire l'inverse de cette vision du début du siècle des laquais du grand capital. Et croyez-moi qu'à mon université ils n'enseignent pas l'urbanisme le plus révolutionnaire, hein, si eux l'enseignent ça veut dire que c'est mainstream. Une vision d'un urbanisme écologique, social, dense, low-tech, bioclimatique, etc. n'est pas si rare aujourd'hui, ni dans les amphis ni dans les immeubles de bureaux.
La question climatique est d'ailleurs un autre marqueur du mauvais vieillissement de Désurbanisme : elle n'est analysée presque qu'à travers le prisme de la pollution due aux voitures, et ne s'attaque (forcément, du coup) pas à des questions comme celles de la densité de l'habitation. L'exemple le plus criant est probablement le numéro sur le bioclimatisme, où le fanzine recommande de construire des logements qui maximisent la chaleur! Pour moins utiliser de chauffage évidemment. Impensable aujourd'hui en 2025, à l’ère de la canicule : on cherche désespérément l'inverse, des bâtiments qui maximisent la fraîcheur.

Mais un bon point de ce livre, qui est aussi un aspect de l'anarchisme avec lequel je suis d'accord, c'est la partie "boîte à outils", qui s'efforce de déconstruire notre rapport quotidien à la ville, au niveau individuel. Les incitations à expérimenter différemment son quotidien, en nous éloignant des codes de conduite pré-établis, sont super : rencontrer des gens, dériver, explorer, dessiner, écrire, attacher des trucs, chanter, etc, tous ces trucs qui nous coûteraient pas plus qu'une poignée d'euros et quelques regards étranges dans la rue. La plupart sont des choses que soit je faisais déjà, soit j'aimerais faire, soit je n'avais pas pensé à faire (dans la limite du possible évidemment, il y a là-dedans des propositions qui me vaudraient les foudres de ma proprio, du syndic de copropriété, et dans certains cas des forces de l'ordre si je venais à les mettre en place). Et j'aimerais beaucoup voir certaines de ces pratiques se généraliser, et ainsi peu à peu changer le rapport de nos sociétés à l'espace public et privé urbain. Ne serait-ce que pour ça, je dois un grand merci à Désurbanisme.

Il y a tellement plus que j'aurais aimé pouvoir dire sur ce livre, sur la critique de l'architecture par exemple. Il est vraiment super intéressant à plein d'égards. Il y a des analyses super et des idées encore meilleures. C'est bien fait, avec soin et amour, et ça a dû être un vrai pamphlet de résistance à son époque, celle du néolibéralisme triomphant où même la gauche était de droite (c'était l'époque Jospin, Blair, Schröder, et j'en passe). Je ne suis pas d'accord avec tout, loin de là, et force est de constater que ça ne vieillit pas si bien. Mais c'est un bel effort, qui mérite d'être reconnu, et qui, qui sait, peut toujours être au goût d'autres.
Displaying 1 of 1 review

Can't find what you're looking for?

Get help and learn more about the design.