À tout problème systémique dans un monde global, il n'y a pas de solution simple, pas de coup de baguette magique. L'agriculture et son industrialisation ont causé des dégâts sur l'environnement qui semblent irréparables, et qui creusent un fossé énorme entre les agriculteurs/trices qui font de leur mieux pour survivre dans des conditions de travail exécrables et les consommateurs de leurs produits, les citadins, qui se retrouvent très vite dans le jugement. Blaise Hofmann, fils et petit-fils de paysans, tente dans son œuvre de réunir ces partis en conflit pour ouvrir la discussion et progresser ensemble vers un futur plus radieux. Sans paysans et paysannes, pas de nourriture. Sans consommateurs/trices intéressé-e-s, pas d'argent pour les paysans et paysannes.
"Ce livre est l'expression d'un malaise, un questionnement, un constat douloureux, pas mal d'espoirs aussi ; ce sont des échos qui me viennent de l'enfance, des échos qui se sont souvent perdus en route, des échos qui résonnent peut-être en vous, je l'espère, on est tous fils, fille, petit-fils, petite-fille, aïeul, aïeule de paysans et de paysannes." (p. 206)
Hofmann expose les problèmes actuels de l'agriculture en Suisse: la dégringolade du prix du lait, l'isolation sociale des paysan-ne-s et leur taux de suicide 40% supérieur à la moyenne nationale, les exigences parfois irréalistes des consommateurs et consommatrices, la marge aberrante et les demandes invraisemblables des grands distributeurs, le manque de contact entre celles et ceux qui connaissent encore la terre et suivent ses rythmes et celles et ceux qui consomment de la viande importée sans se poser la question de la production. C'est un mélange de déprime et d'espoir qui se dessine pendant la lecture de ce bouquin. L'espoir d'un dialogue entre les néo-paysan-ne-s aux aspirations écologiques et sociales, les paysan-ne-s conventionnel-le-s au savoir ancien et à la productivité plus réaliste face au marché de la surconsommation, et les consommateurs et consommatrices qui doivent retrouver leur lien à la terre et investir dans leur assiette.
J'ai apprécié les efforts de l'auteur à traiter de tous les points de vue sur ce sujet houleux, en essayant de garder un regard aussi neutre que possible. Il a selon moi réussi à toucher à tous les aspects les plus épineux dans un format facilement lu, avec un langage familier qui parlera à tous les acteurs et toutes les actrices concernés. Mêlant histoires réelles de paysan-ne-s suisses et ses propres réflexions sur le sujet, Hofmann dresse un portrait du paysage agricole suisse d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain.