Je ne dois pas être le public pour cette vulgarisation de la génétique évolutionnaire humaine. Les 3 questions auxquelles l'auteur proposait de répondre "D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?" (inspiré de l'œuvre de Gauguin en couverture) n'ont pas vraiment une réponse.
La première question est la plus développée, car toutes les réponses sur "l'être" de l'humain ne vient dans ce livre que de son héritage génétique. Le passé est biaisé par des limites propres à ce genre de livre, mais aussi parce que l'auteur ne sait pas à qui il s'adresse. La quasi-totalité des "nous" dans le livre (et ils sont assez nombreux) font référence à des hominidés "eurasiens". L'Afrique (continent qui fait 5 fois la taille de l'Europe) est malgré tout majoritairement fait référence de façon très générale, la région n'était spécifiée que pour indiquer des références entre "africains", entendre "les noirs", étant donné la quasi-absence des populations du Sahara et du nord de l'Afrique (ainsi que les mouvements de population historiques). Les africains, dans le livre, ne sont pas inclus dans le "nous"...
Quant au futur, il ne s'agit que du futur de la discipline, de prédictions quant au développement technoscientifique et d'une prophétie sur l'arrivée fulgurante de la médecine "de précision" ou personnalisée, médecine somme toute très controversée et dont les questions qu'elle pose aux bio-éthicistes ne sont pas abordés.
Le livre est donc une défense de la validité, de l'importance historique et contemporaine des résultats de la recherche en génétique humaine, plutôt qu'une histoire humaine.
Mention spéciale a l'ironie d'utilisation continue de catégories raciales dans un livre qui se veut mettre en porte-à-faux face aux racialismes. "Métissage" (qui contient en soi l'idée de race, mixticius), "pygmées", "eskimo", etc. Si l'auteur se détache à plusieurs reprises des implications raciales (notamment du terme pygmée), il les utilise abondamment tout le long du livre. Peut-être une énième preuve de l'héritage raciste de la discipline (illustré par les références a un certain nombre de racialistes et eugénistes dans la première partie), qui se retrouve encore dans cette fameuse médecine personnalisée défendue par l'auteur, comme l'a récemment démontrée Dorothy Roberts dans son livre Fatal Invention: How Science, Politics, and Big Business Re-create Race in the Twenty-first Century.