J’ai passé toute cette lecture au mieux au bord des larmes, au pire carrément en pleurs. Et je ne suis pas une personne émotive (je ne me souviens pas d’ailleurs qu’un livre m’ait déjà vraiment faite pleurer).
Comme je le dis toujours, et comme je le constate au quotidien dans le cadre de l’enseignement de l’histoire à des élèves d’élémentaire, c’est par la petite histoire que l’on peut entrer dans la grande, et Adieu Birkenau en est à nouveau la preuve.
Nous savons tous que la Shoah a été une abomination, nous connaissons le terrible total des victimes, mais l’ampleur du génocide a été telle qu’il est parfois finalement compliqué d’y associer un ressenti émotionnel. C’est uniquement par les histoires individuelles, comme celle ici de Ginette Kolinka, que l’on peut rétablir cette vérité émotionnelle, et l’effet en est saisissant.
Celle-ci, en un ouvrage relativement court, raconte sans ambages tous les aspects, plus horribles les uns que les autres, de l’expérience du déporté : les conditions de vie inhumaines, les humiliations ordinaires, la culpabilité permanente, l’engourdissement émotionnel, les cicatrices mentales et physiques à la sortie. C’est ignoble, c’est incompréhensible, et ce à tel point qu’il faut parfois faire un effort conscient pour se rappeler que tout cela n’est pas une fiction.
Le personnage de Ginette Kolinka lui-même gagne à être connu, habitée qu’elle est (à plus de 95 ans !) par sa quête éperdue de transmission de son histoire à un maximum de personnes (et notamment de jeunes) qui pourront eux-mêmes perpétuer cette mémoire lorsque les derniers témoins auront disparus. (J’ai particulièrement apprécié la scène où elle essaie de trouver une date dans son agenda très rempli pour une intervention dans un collège, annonçant finalement : “Le 18, j’avais noté “Repos bien mérité”. Donc je suis disponible !”) La fin du récit est en cela extrêmement émouvante, et une conclusion parfaite qui ajoute un souffle d’espoir après les montagnes russes émotionnelles traversées par le lecteur.
Adieu Birkenau est donc un témoignage nécessaire et poignant qui provoquera immanquablement un choc émotionnel chez qui l’ouvrira. Mais c’est surtout, de par sa forme et le ton employé, un témoignage accessible au plus grand nombre. Le devoir de mémoire est bien nommé, c’est un devoir pour chacun d’entre nous, et je sais déjà que ce livre me permettra d’aborder le sujet avec mon filleul et mes neveux dès qu’ils en auront l’âge.