Je connais, grâce à toi, la vie qui pousse derrière les étables, cette vie d’herbes longues comme la pluie, cette vie acide et moite.
La vie de mémé se sera déroulée au cours d’une période d’inventions sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Elle est passée du facteur à cheval aux e-mails, des premiers avions en toile à la navette spatiale, de la guerre en pantalon rouge garance à la bombe atomique et de l’affaire Dreyfus aux chambres à gaz.
Mes peines d’enfance rougissaient de honte en réalisant les tiennes, des petites brumes du matin, toi tu as connu le brouillard. Tes cauchemars transformaient les miens en rêves grisonnants. Tes peurs faisaient peur aux miennes, qui du coup reprenaient du poil de la bête, tes fatigues ne trouveraient de repos que dans la mort tandis que les miennes se satisfaisaient d’une courte sieste.
Jamais mes mains ne porteront ne serait-ce qu’un dixième du poids de ce que les tiennes ont porté pendant leur vie de mains de mémé.
Nous nous embrassions tous comme si on se disait adieu, un monde se terminait…