Alors que ce roman promettait une très bonne perspective sur la racisme, la création d'un tiers-monde, les discours qu'on tient sur les pays d'Afrique, les migrations, etc. Là où il réussit à être cruel envers des migrants blancs qui viennent chercher du travail en Afrique, des conflits entre provinces européennes, à renverser les stéréotypes sur la noirceur et la blanchité; il ne fait que répéter les pires discours racistes qui se tiennent dans notre monde. Il ne s'agit pas d'imaginer des États-Unis africains avec toutes la richesse et la diversité, la nouvelle philosophie ou la religion qui pourrait être créée, mais de simplement inverser notre monde. Le McDo devient le McDiop, les Starbucks des Sarr Mbock (et j'en passe) qui ont exactement les mêmes fonctions. Les universités sont renommées en l'honneur de Senghor, Du Bois, Davis de ce monde (étrangement souvent des Américains...), les religions dominantes ne sont pas les catholiques reléguées à des branches factionnaires qui se combattent pour l'interprétation, les chanteurs mondialement connus sont Noirs, et les travailleuses du sexe Blanches.
Mais encore une fois, ce n'est que de l'inversion du Noir et du Blanc, rien d'autres.
On suit la protagoniste Maya/Marianne, une femme blanche d'origine française adoptée par un couple noir qui va partir à la recherche de sa mère adoptive dans un pays en ruine, dans la misère et en guerre perpétuelle qu'on appelle la France. J'insiste sur le "va partir" parce que le deux tiers du roman, ce n'est qu'une construction de monde dans lequel il ne se passe pour ainsi dire rien, sinon nous faire servir des discours excessivement "racistes" sur les migrants et les nombreux moyens utilisés pour les tuer/faire souffrir/expulser d'Afrique. C'est trash, ça se veut trash, mais encore une fois, ce n'est qu'une inversion des discours. Comme si la domination de l'Afrique n'allait pas modifier le rapport à l'autre fondamentalement plutôt qu'imiter ce qu'à fait l'Europe et l'Amérique dans notre monde.
Touchons aussi aux problèmes du roman: l'Amérique, c'est des Blancs, des pays pauvres, avec des francophones en guerre civile perpétuelle contre les anglophones au Québec. Il n'y a pas de Premières Nations, pas d'autochtone. Pas un mot de l'Amérique du Sud non plus. La colonisation de l'Amérique par les Européens n'est jamais vraiment expliquée, seul contresens du roman qui désire un renversement complet.
Au moins, le roman évite de tomber dans l'uchronie en expliquant la domination de l'Afrique par un changement temporel. On accepte le monde tel qu'il est et on n'explique pas pourquoi. Il est présenté ainsi depuis presque l'Antiquité, ce n'est donc pas vraiment un "what if", une uchronie, mais vraiment, encore une fois, une inversion.
Ah oui, l'autre problème du roman, on inverse les Noirs et les Blancs, mais la misogyne est la même, le traitement des personnages par l'auteur pareil. Je ne pense pas que ce soit intentionnel parce que parmi les nombreux artistes cités, on aurait vu pas mal plus de femmes africaines plutôt que les (très rares) mentionné de Maryse Condé, Angela Davis ou Marie Curie pour ne nommer que celle dont je me souviens avoir été mentionné. Sinon, les Malcolm X, Senghor, Saïd, Sekoto, Nougaro, Abdullah Ibrahim, Franklin Boukaka, etc. abondent. Une autre quand même grande déception du roman.
Pour avoir fait un mémoire sur la guerre des sexes dans un roman d'Eaubonne et avoir lu une tonne d'autres roman de SF qui utilisaient ce thème (de Herland à The Screwfly Solution en passant par The Power ou des livres profondément misogynes écrits par des hommes tel que Misandra), ou encore avoir lu des uchronies (The Year of Salt and Rice de Kim Stanley Robinson, Black Panther, etc.) où l'Europe n'émerge pas comme la puissance mondiale hégémonique telle qu'on la connait aujourd'hui; je dois malheureusement dire que ce roman exploite très mal les différents ressorts narratifs qui peuvent être déployés et ne fait que tomber dans les clichés de l'inversion qui peut certainement être brutal et saisissant pour des Blancs qui tiennent ce genre de discours, mais qui s'avère assez stérile en réflexion chez un lectorat plus intéressés par les mouvements des droits civiques, l'orientalisme, l'anti-racisme, ... Bref, un roman choc, mais qui aurait pu aller ailleurs. Super en terme de construction d'univers, mais sans réelle intrigue sinon une exploration de ce dernier. Plein d'allusions littéraires, musicales, historiques qui pourra peut-être permettre de la découverte pour certaines personnes qui désirerait en connaître davantage sur ces célébrités.
D'un autre côté, la quatrième de couverture m'avait vraiment des hautes attentes et je pensais pouvoir en tirer des réflexions nouvelles pour la continuité de mes recherches, mais peut-être suis-je déjà un peu lassé· de lire ce motif littéraire et n'ai plus cette paire d'yeux neufs pour la lecture.