Il n'y a plus ni animaux, ni végétaux, et La seule nourriture disponible est la viande humaine. Ce qu'il reste de vie s'organise autour des halles, une immense boucherie sur laquelle une caste de policiers exerce son autorité impitoyable, punissant le moindre faux pas d'abattage immédiat : il faut bien approvisionner la ville en viande fraiche. Habitant de ce monde cauchemardesque, le narrateur de Viande est un monstre ordinaire. Affamé perpétuel, obsédé par la viande, il comprend que le meilleur moyen d'en obtenir est de collaborer avec la police et de devenir un délateur professionnel. Mais, lui-même victime de délation, il se voit obligé de fuir la ville...
absolument inouï livre. cent trente pages qui forcent le respect. raconter une histoire pour faire monde, pour faire politique. faire triompher l'intrigue avant la morale, avant l'évidence, avant le bon sens. faire advenir ce qui doit être raconté, purger, exposer, révéler l'issue du mécanisme dans l'espoir qu'elle n'ait lieu que dans les pages, qu'elle y soit contenue par le haut-le-coeur et le sursaut de lucidité du lecteur. ne jamais renoncer à sa métaphore, même et surtout lorsqu'elle devient translucide. tellement excellent et dégoûtant. trop rare de lire un roman à ce point TENU de part en part. aucune frustration, c'était une journée de lecture, c'était un moment qui a duré et qui durera dans ma tête.
Il m'a fallu plusieurs heures pour me remettre du choc provoqué par les dernières pages de ce roman. Mon envie de vomir et mon sentiment de dégoût n'ont cessé de croître avec le temps. Jamais encore je n'avais ressenti une telle horreur en lisant un livre. Cette horreur ne provenait pas seulement de la consommation de viande humaine – seul aliment disponible dans la ville – ni des moyens utilisés par les habitants pour se la procurer, mais surtout de la condition humaine décrite, de l'ensauvagement, de l'absence totale de valeurs, et des parallèles troublants avec nos sociétés contemporaines et nos élites.
Martin Harnicek, l'auteur du livre, est un dissident tchèque né en 1952, qui a grandi sous le régime communiste répressif de la Tchécoslovaquie. Il dépeint une société fondée sur la méfiance et la haine de l'autre, perçu comme une menace directe pour la survie personnelle. On comprend aisément d'où il tire son inspiration. Dans cette société, il est formellement interdit de parler aux autres, de tisser des liens, et la moindre "infraction" conduit immédiatement à l'exécution de la personne et à la commercialisation de sa viande dans Les Halles de la ville. "Viande" nous offre un tableau certes extrême, mais pertinent des dangers auxquels nous sommes confrontés lorsque la violence remplace la parole, et lorsque nous nous laissons entraîner par la peur et la haine de notre prochain.
Cependant, ce n'est pas tout. L'un des aspects les plus marquants du livre est que les codes et modes de fonctionnement de cette ville rappellent en grande partie les nôtres, ou du moins ceux de l'époque de l'auteur. Entre la corruption qui gangrène la société, les différentes individus des différents classes de la société qui luttent (individuellement) pour leur survie en ayant comme ennemis à la fois leurs semblables, l’oligarchie de la ville et « l’État ».
C’est je pense en étant confronté à ce qu’il y a de pire que nous, lecteurs, parvenons plus facilement à discerner les éléments problématiques qui étouffent nos sociétés.
L'asservissement de certaines personnes aux normes absurdes de leur société peut être si profondément enraciné dans leur subconscient qu'elles ne changeraient leur situation pour rien au monde. Elles s'enferment dans une cage qui finit par les consumer. Leur seul salut réside alors dans une soumission totale à l'autorité dont elles dépendent.
Il y a énormément d'éléments terriblement intéressants qui mériteraient une analyse plus poussée. C’est pourquoi je ne peux que vous conseiller de lire cette remarquable nouvelle.
Un des meilleurs livres que j'ai jamais lu mais cette histoire aux relents de sang caillé n'est pas à mettre entre toutes les mains tant elle est dérangeante.
This is one of the best books I've ever read, but this horrific story is definitely not for the faint-hearted.
Dans un monde où il n’y a plus de ressources comestibles, qu’elles soient animales ou végétales, tout le monde finit par se tourner vers la consommation de chair humaine. Se met alors en place un régime totalitaire autour de l’accès à cette nourriture d’un nouveau genre… ⠀ J’ai plutôt passé un bon moment avec ce roman même si j’ai été un peu surpris de la façon dont le sujet était traité. J’ai trouvé que le roman ne parlait finalement pas tant de cannibalisme que du fonctionnement d’un système totalitaire. Oui, les gens consomment de la chair humaine, probablement pour rajouter un facteur choc au roman, mais dans l’absolu, on aurait pu remplacer ça par n’importe quelle autre ressource et ça aurait fonctionné de manière similaire. ⠀ Ce qui est dénoncé dans le roman, c’est surtout la violence policière, la répression sans aucune discussion possible (dans le roman, adresser la parole à la police est systématiquement puni d’abattage, de mort donc). On y parle de délation, de collaboration, de conditionnement, de désinformation et d’inégalités entre les classes. C’est donc avant tout un roman très politique qui pourrait sembler contemporain mais qui a été écrit au début des années 1980 dans l’actuelle République Tchèque. ⠀ Le roman est assez particulier dans la forme, déjà parce qu’il n’y a pas de chapitrage. Certes le livre est très court mais il n’en reste pas moins que la mise en page n’offre aucun temps de pause. Une autre particularité est l’absence de prénom dans le roman. On finit d’ailleurs par comprendre que les prénoms n’ont pas été juste omis mais que les gens dans cette société sont juste complètement déshumanisés, anonymisés, ce qui vient encore renforcer le propos de l’auteur. ⠀ J’ai été pas mal surpris dans la mesure où je m’attendais à quelque chose de bien plus trash, de bien plus graphique, là où c’est finalement plutôt gentillet, à part une scène beaucoup plus dure et graphique dans les toutes dernières pages. En tout cas, l’horreur n’est pas tellement dans ce qu’on nous décrit de manière explicite mais plutôt dans les travers humain qu’on retrouve chez chacun des personnages : amoralité, individualisme, opportunisme, paranoïa, violence, indécence la plus totale, tout y passe et on est vraiment témoins du pire de ce que l’humain peut proposer. Ça n’est pas horrible de la façon qu’on peut l’imaginer en voyant la couverture ou en lisant le résumé, mais ça reste affreux. ⠀ Gros bémol quand même sur le résumé de l’éditeur qui donne des éléments qui n’arrivent qu’à la moitié, voire aux deux tiers du roman. Je comprends bien que le résumé n’est pas forcément hyper vendeur si on ne parle que du début (ça reste un récit assez lent où il ne se passe pas grand chose dans l’absolu) mais je trouve toujours dommage quand on en sait trop avant même d’attaquer une lecture.
Alors c’est excellent, aucun doute la dessus. Mais je m’attendais à vraiment du plus horrible, plus insoutenable et insupportable à lire (parce qu’on me l’a vendu comme ça, certain même l’aurait dnf tellement c’était horrible). J’ai presque hésité à mettre 4 étoiles tant je m’attendais à pire.
Mais ça reste un excellent roman avec des thèmes intéressants et qui finalement soulève des questions sur nos manières de consommer, notre aveuglement, notre soumission voir notre abnégations face aux règlements parfois absurdes.
Tak tohle bylo teda fakt Maso! Je škoda, že anotace knihy je jeden velký spoiler.
Naštěstí nejsou v knížce žádné příliš naturalistické scény, takže mi nebylo při čtení špatně. Pach masných trhů znám velice dobře a vím, že do tržnic, kde bývá maso obvykle uprostřed, aby bylo v létě nejlépe chlazeno, se můžu vydávat jen na zeleninové okraje. Takže smrad minimálně druhé třídy tržnice jsem si dovedla opravdu představit víc než dobře. Třetí třídu jsem si raději už ani nepředstavovala. Ne, že bych se po přečtení chtěla stát vegetariánem, ale předpokládám, že si teď nějakou dobu budu dávat setsakramentsky pozor minimálně na čerstvost masa, které jím, možná víc i na jeho původ a možná na chvíli zařadím spíš víc vajíček... Ještě že mám dnes na oběd jen rybu, nějaká flákota masa by mi asi nechutnala.
Nečekaným překvapením pro mě bylo užití slova porážka a myslím, že v budoucnu budu sdělení, že je někdo poražen, chápat poněkud rozdílně. Tahle knížka asi nemůže na člověku nezanechat stopy.
Dans un monde où il n’y a plus ni animaux, ni végétaux, la seule source de nourriture provient des halles, un immense marché où s’approvisionner en viande humaine. Mais au moindre faux pas, c’est l’abattage direct, il faut bien alimenter les étals...
Avant toute chose, je vais partager quelques mots de l’éditeur à propos de l’auteur : Martin Harníček est né en 1952 dans la Tchécoslovaquie communiste. Signataire de la charte 77, harcelé par le régime, il s’exile en Allemagne.
L’auteur nous transporte dans une dystopie très sombre où l’homme est totalement déshumanisé et où la loi du plus fort et du chacun pour soi règne. Cette déshumanisation est accentuée par notre narrateur dont nous ne connaitrons jamais le nom, ni les caractéristiques physiques, l’humain étant ici réduit à du simple bétail. La dénonciation du régime communiste est évidente et nous frappe de plein fouet.
C’est un récit écrit à la 1ère personne, dans lequel nous lecteur, nous assistons à la transformation du narrateur en monstre, le peu d’amour propre et de principes qui lui restaient s’envolent. Manger ou être mangé. Dans ce monde cauchemardesque, le narrateur tente tant bien que mal de survivre, en s’accrochant à ce semblant de vie. Le peu d’humanité qu’il lui reste disparaît quand il devient à son tour délateur en aidant la police pour survivre, et ce jusqu’au jour où lui-même va se faire prendre à son propre jeu et risquer à son tour l’abattage.
Une écriture glaciale, choc, incisive, révoltante qui accentue la noirceur du récit. Dans Viande, les relations familiales et amicales comme nous les connaissons sont interdites et sont punies d’abattage. Les femmes ne servent qu’à assouvir les besoins primaires des hommes et les enfants qui découlent de ses relations sont livrés à eux-mêmes. Mais dans toute cette noirceur, il y a tout de même une petite lumière qui persiste créant un peu de nuance dans cette société cauchemardesque. Et là où cela fait encore plus mal, c’est que je me suis mise à croire à cette petite lueur d’espoir, mais chassez le naturel, il revient au galop ! C’est à la transformation d’un monstre humain à laquelle nous assistions dans ce récit, une transformation qui fait froid dans le dos et nous fait relativiser sur notre condition et notre confort matérialiste. Que serions-nous prêts à faire pour survivre… ?
J'ai forcément aussi fait le parallèle avec notre société de consommation et l’abattage de masse, l’homme étant ici réduit à du simple bétail tous comme nos animaux, où est la différence ? Manger ou être mangé qui résonne encore une fois.
Un texte coup de poing qui met une grosse claque et vous fait reconsidérer les choses. Et clairement ce livre vous coupera l’envie de manger de la viande.
3,5 Je ne suis pas une habituée du gore, de l'horreur ou de la science-fiction donc cette lecture a été agréablement dépaysante pour moi - étonnant vu l'univers dans lequel on est plongé ! J'ai beaucoup aimé parcours les rues de cette ville ensauvagée et en découvrir la sociologie. Je ne suis pas non plus une experte de l'URSS mais on imagine en effet assez bien la société surveillée, violentée, appauvrie et surtout oligarchique dont l'auteur s'inspire et qu'il pointe du doigt dans ce récit. De façon générale j'ai trouvé très pertinent et très actuel le propos sur l'individualisation, la perte de lien, tout compte fait la déshumanisation totale des existences qui pousse les individus à la délation permanente pour survivre coûte que coûte dans un système qui finira par les dévorer de toute façon. Il m'a seulement manqué un petit twist, quelque chose d'un peu plus thrillant peut-être, mais tout compte fait je ne pense pas que c'était le but de l'auteur. Fable politique très intéressante que je vais recommander !
manger ou être mangé, c'est littéralement une boucherie
c'est une société très cruelle, et le profond détachement du personnage principal rend la chose encore plus inhumaine.
personnage qui est d'ailleurs absolument détestable, mais on peut pas lui en vouloir, c'est le pur fruit de sa société.
c'est mon deuxième livre sur le cannibalisme cette année, et sans mauvais jeu de mots, il me laisse lui aussi sur ma faim
ça va crescendo en terme de trucs horribles, mais ça redescend comme un soufflé à la fin, un peu décevant mais compréhensible encore une fois vu le plot.
fin bref voilà je suis pas comme une dingue sur ce livre alors que je m'attendais à l'être, je suis contente de l'avoir lu mais je pense pas le relire ni le recommander à quelqu'un
C'est tout simplement la dystopie la plus glauque que j'ai jamais lue. Récit d'un monde ravagé où ne subsistent plus que le cannibalisme et l'abbatage quotidien de la population. Régie par des règles absurdes c'est au départ un peu difficile de croire à cette société fasciste extrême où le citoyen n'a littéralement plus aucun droit si ce n'est celui de se nourrir de la viande de ses congénères. Mais peu à peu se fait jour le propos du roman et sa métaphore de régimes dictatoriaux où pour sa survie, l'humain se soumet à tout et devient le pire de son espèce. Raconté à la première personne, ce très court roman se dévore très vite et laisse un vrai sale goût dans la bouche. Géniale découverte.
J'ai trouvé tout le long de ma lecture un manquement à la description de la misère, celle de la peur d'être violenté en étant laissé vivant, surtout la peur du viol. Les dernières pages m'ont montré à quel point, finalement, cela était fait brillamment. Le narrateur est réellement produit et acteur de sa société : il ne se rend pas compte du mal qu'il fait en violant, abattant autrui. Narration impressionnante, bien que redondante.
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Dégoutant mais captivant, absurde mais merveilleux. L'univers dystopique de Viande saura vous emmener dans les tréfonds d'une société meurtri par la violence et dans laquelle toute morale humaine est délaissée. Un style d'écriture intelligent en opposition à l'instinct primaire éprouvé toute au long de l'histoire, Viande saura vous retourner le cerveau ainsi que votre estomac.
L’auteur est incroyable, il sait parfaitement écrire et créer un univers. On comprends sincèrement comment fonctionne la société décrite et son fonctionnement. L’histoire qu’on suit est plus que malsaine (et c’est le but) mais c’est tellement bien écrit que l’on continue. Je crois que ce livre m’a chamboulé et m’a aussi traumatisé.
J'aimais bien l'idée, moins la façon dont c'est exécuté. Je m'attendais à devoir retenir mon souffle et m'arrêter pour pouvoir respirer, au final c'était plus "léger".
Malgré la violence apparente de cette nouvelle il aurait fallu aller encore plus loin dans l'abrutissement et la dépravation des personnages pour que cette allégorie gagne en véracité. Les scènes de cannibalisme et les exécutions sommaires préservent presque une certaine pudeur et une retenue en décalage avec la brutalité de la survie dans cette ville dystopique et le libre arbitre de sa bureaucratie.
Rien ne se perd, tout se consomme. Une dystopie cannibale absolument foisonnante et nécessaire. Martin Harnicek tire parti de son vécu sous le régime communiste tchèque pour nous transporter dans un monde cauchemardesque, où chaque individu est une proie dans une société où toute structure sociale s'est effondrée et qui se dévore. Au moindre faux pas et peu importe le prétexte, c’est l’abattage!
Ce court roman exceptionnel témoigne d’un manifeste évident de la bestialité de l’être humain repoussé dans ses moindres retranchements de survie. Viol, meurtre, délation…tous les coups sont permis! Malgré son aspect repoussant et radical, Viande tétanise par une grande lucidité de son propos avec un narrateur qui expose une froideur clinique dénuée d’avenir peu commun au genre. En étant truffé de répétitions, cela est pour mettre en lumière un procédé de survie en qui l'existence se résume à manger et ne pas être mangé. Parfaite métaphore du communisme et du capitalisme décadent, un plaidoyer certain du véganisme et une répugnance de l’être humain à son paroxysme, Viande est un récit intense, écœurant, qui ouvre à grands coups de pied dans la porte une réflexion de notre société d’aujourd’hui de ce qu’on perçoit dans les limites de l’acceptable. Une gifle monumentale que vous n’oublierez pas!
Pour les fans des travaux de George Orwell et Kafka, Les Bienveillantes de Littell, William S. Burroughs et Tender is the Flesh de Agustina Bazterrica