Premiers écrits - L'Usage du monde - La Descente de l'Inde - Chronique japonaise - Le Poisson-scorpion - Le Dehors et le dedans - Voyage dans les Lowlands - Journal d'Aran et d'autres lieux - L'Art populaire en Suisse [extraits] - Histoires d'une image - Le Hibou et la baleine - La Chambre rouge - La Guerre à huit ans - Routes et déroutes.
___ À quel envoûtement obéit un jeune Suisse bien né, sur le berceau duquel les fées se sont penchées, pour «prendre la route» à 24 ans, ses diplômes en poche, en Fiat Topolino, mais sans un sou vaillant et pour un aller simple ? Il est décidé à en découdre. Avec lui-même, avec la vie et avec l'écriture. De la Yougoslavie au Japon, c'est dur, mais c'est cette dureté qu'il recherche : la descente en soi qui peut être illumination ou descente aux enfers, l'intensité de l'instant et l'ennui qu'il faut meubler avec des riens. Le pittoresque, l'observation ne sont que des supports à la quête de soi et à la douleur de l'écriture, mais ils nous valent des portraits truculents, des récits merveilleux car ce conteur est un enchanteur. Il fait son miel avec les surprises de la route qui ne sont pas ce que l'on croit. Ainsi ce corps encombrant qui réclame chaque jour sa pitance et que frappe un cortège de malarias, de jaunisses à répétitions, sans parler des dents qui prennent la poudre d'escampette. On s'en va «pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels... Sans ce détachement et cette transparence, comment espérer faire voir ce qu'on a vu ?». Mission accomplie. Nicolas Bouvier a payé sa livre de chair et bien au-delà, et son écriture de l'extrême exigence, de l'économie du mot, fait de nous des visionnaires par procuration auxquels il arrache «des râles de plaisir».
Nicolas Bouvier (1929-1998) was a Swiss writer and photographer.
His travels all over the world incited him to recount his experiences and adventures. His work is marked by a commitment to report what he sees and feels, shorn of any pretence of omniscience, leading often to an intimacy bordering on the mystical. His journey from Geneva to Japan was in many ways prescient of the great eastward wave of hippies that occurred in the sixties and seventies - slow, meandering progress in a small, iconic car, carefully guarded idiosyncrasy, a rite of passage. Yet, it differs in that the travelogues this journey inspired contain deep reflections on man's intimate nature, written in a style very much aware and appreciative of the traditions and possibilities of the language he uses. (He wrote mainly in French, though he does mention writing a series of travel articles in English for a local journal during his stay in Ceylon.)
His most famous books are The Way of the World, The Japanese Chronicles, and The Scorpion Fish.
La tentation De tout quitter juste pour partir loin. Sans idée de la date du retour. Bouvier non seulement la fait mais il l'a raconté. Pas besoin de commentaire. C'est le grand livre de voyage à lire absolument. La référence
Ce volume rassemble la quasi-totalité des écrits de Nicolas Bouvier ainsi que quelques photos et dessins qui ont agrémenté ses voyages.
Evidemment, la seule œuvre de Bouvier "publiable" (du fait de son format qui est celui d'un livre) est L'usage du monde, mais ce livre couvre aussi ses récits d'autres voyages qui sont plus du format nouvelle ou novela, ainsi que des essais sur des sujets divers et variés ainsi que Routes et déroutes, une captivante interview avec une journaliste pendant laquelle il revient sur sa vie.
La prose de Bouvier, lorsqu'il nous raconte ses voyages est d'une simplicité sidérante, c'est une prose limpide, cristalline, faite de quelques mots précis mais ces mots choisis contiennent un signifiant gigantesque qui nous restitue non seulement les choses mais aussi les impressions, les bruits, les atmosphères du voyage.
Bouvier est un écrivain qui donne envie d'écrire. Je crois que c'est après avoir lu L'usage du monde que je me suis muni, à chaque fois que le partais dans un voyage un peu original, d'un carnet pour y consigner mes impressions et tenter alors d'émuler Bouvier. Cela ne devait pas être difficile, sa prose est tellement simple ! Las ! La piètre qualité de ma production m'a encore plus convaincu du génie de cet homme là, m'a fait toucher du doigt combien il est compliqué de faire simple, et aussi, pour être franc, m'a confirmé qu'un erstaz même très très médiocre de L'usage du monde ne s'écrit pas à la terrasse d'un café d'un seul jet mais a posteriori, après de minutieuses relectures et beaucoup d'efforts (ce que Bouvier explique dans Routes et déroutes).
Dans ce volume, les écrits de voyage (L'usage du monde, La descente de l'Inde, Chronique japonaise, Le poisson-scorpion, Voyage dans les Lowlands et Journl d'Aran et d'autres lieux) ainsi que Routes et déroutes sont les plus intéressants et suffisent largement à l'intérêt du livre. Les autres textes m'ont un peu moins subjugué. En tout cas, cet homme là, non content d'avoir inscrit dans le marbre des récits de voyages d'une autre époque, a placé le standard de la littérature de voyage à des altitudes olympiennes, que peu de ses disciples parviendront à atteindre.