Je dois avouer que malgré les deux ouvrages que j'ai précédemment lu sur Paulette Nardal (soit Fiertés de femme noire: Entretiens / Mémoires de Paulette Nardal et Les soeurs Nardal: À l'avant-garde de la cause noire) qui m'avait préparé quand même à une pensée qui datait un peu, et vu l'époque, on se doute que le vocabulaire le soit aussi (bien que la pensée de Paulette Nardal à l'immense mérite d'avoir essayé plusieurs termes innovants et certainement très intéressants pour la pensée comme celui d'afro-latin), mais les pensées et écrits quand même très essentialisants sur les "races", la "civilisation" et la France bienfaitrice (malgré quelques critiques) m'ont plutôt déçu. Oui, il s'agit des écrits pendant sa période à Paris, surtout dans les années '30 dans des revues parfois de diffusion plus ou moins large, des articles qui veulent convaincre aussi (ce qui est important et efface peut-être des nuances importantes parfois).
Ce qui est intéressant et remarquable toutefois, si on exclut la question de la colonisation civilisationnelle bienfaitrice et les quelques réflexions d'inspirations chrétiennes qui s'ajoutent (cela, malgré un idéal assez œcuménique interreligieux à mon humble avis, mais je n'en sais vraiment pas assez sur le sujet!), ce sont les observations politiques et sociales sur l'état du monde qui sont très intéressantes. Plusieurs articles sont consacrés à la seconde guerre italo-éthiopienne sous l'angle de la solidarité internationale et la solidarité noire envers l'Éthiopie, d'autres sont aussi consacrées aux révoltes en Indochine et à la réponse internationale qui est donnée à ces soulèvements.
Je pense que c'est un livre un peu plus difficile à conseiller que d'autres (ou même que les biographies sur Nardal que je conseille absolument), les textes datent certainement et on y trouvera certainement des curiosités historiques, une idée du développement de la pensée noire francophone à ses débuts et avec les défauts et les biais de son autrice.
Peut-être l'ajout d'appareil critique supplémentaire (outre la bonne introduction) aurait été intéressant. Y a-t-il vraiment pas eu de communisme antillais dans les années '30 comme le prétend Nardal, aurait-on pu avoir un peu plus de perspective des habitant·es de l'Indochine française concernant les révoltes, etc.
J'apprécie l'insertion de deux articles Jane Nardal aussi dans l'anthologie, je ne m'y attendais pas, le premier est particulièrement intéressant et permet de faire vivre aussi cette figure qui n'aurait probablement jamais pu avoir une anthologie (sinon de deux textes?) similaires dans le contexte éditorial actuel.
C’est très intéressant de lire ce livre dans la mesure où il est écrit par une femme noire engagée dans les années 30. Pourtant on y retrouve une certaine valorisation des blancs où le capitalisme (au sens d’essor matériel et de professionalisation) devrait s’appliquer aux noirs pour évoluer. La sentimentalité et la sensibilité des noirs sont perçues comme négative et opposés au savoir. Or, Paulette Nardal fait un merveilleux éloge de la culture noire, du théâtre à la musique en passant par la littérature, ce qui est très appréciable de mêler culture et défense des droits humains.
La lutte contre le racisme en France est assez peu documentée par rapport à l’Amérique, donc c’est important à lire d’une part, et d’autre part elle lie les deux causes en introduisant la notion de solidarité, de communauté noire internationale, notamment lors du conflit italo-ethiopien. Lire les journaux d’époque et le point de vue des noirs, notamment leur rapport à la métropole est très révélateur et assez déroutant.
En résumé, très intéressant et à lire!
Voici sa vision globale, pour résumer : « Être Afro-Américain, être Afro-Latin, cela veut dire être un encouragement, un réconfort, un exemple pour les noirs d'Afrique en leur montrant que certains bienfaits de la civilisation blanche ne conduisent pas forcément à renier sa race. »