En janvier 1925, à la faveur d'une brèche dans la loi sur l'organisation des élections municipales, le Parti Communiste présente dix femmes (non admises au suffrage pourtant dit universel), en Seine, Seine-et-Oise, Indre-et-Loire -Saint-Pierre des Corps- et en Finistère, à Douarnenez la Rouge, dans la foulée de la dure grève des sardinières des conserveries de la ville, grève victorieuse revendiquant des horaires de travail et des salaires décents pour les femmes et les quelques hommes qui y travaillent. Joséphine Pencalet, sardinière 'penn sardin' depuis l'adolescence et syndicaliste engagée y fut présentée, troisième sur la liste Le Flanchec (PC), et élue. Première femme bretonne candidate et élue avant que les femmes aient le droit de vote, en plein mouvement suffragiste (ce qu'elle n'était pas), son élection sera annulée par la préfecture, comme celle des neuf autres élues. L'historienne se lance dans cet ouvrage à la recherche de cette "passagère de la politique", ouvrière d'usine et femme. Autant dire que les archives -celle du Finistère et d'Aubervilliers, où elle suivit son mari cheminot de l'âge de 22 ans à son veuvage 14 ans plus tart, celles aussi des Parti Communiste français et soviétique- n'en gardent pas tant que cela de traces. C'est à la recherche de Joséphine perdue. Veuve, rentrée à Douarnenez avec ses deux enfants, elle y reprend son nom de naissance comme il est d'usage en Bretagne, et son métier de penn sardin. L'intérêt de l'ouvrage réside dans la description de la condition ouvrière des femmes des conserveries, de la misère des foyers à 11, 12 enfants ou même plus, de la dureté de la vie de ces femmes, pourtant main d'oeuvre indispensable à ces conserveries, les hommes étant majoritairement à la pêche en mer ! Malgré leur valeur de production, elles sont considérées comme main d'oeuvre de seconde zone et payées moitié moins que leurs quelques homologues masculins. Ce qu'on devine de Joséphine Pencalet, à travers ces maigres archives, c'est qu'elle lutte pour sa dignité, que curieusement, à son époque et dans sa région, en quatorze ans de mariage, elle n'a que deux enfants, et qu'elle est engagée dans le combat. Que clairement, elle a été instrumentalisée par les hommes : aussitôt l'élection annulée, aussitôt perdue de vue, oubliée. A tel point qu'on ne retrouve pas d'émargement près de son nom sur les listes électorales à partir de 1948 quand les femmes françaises voteront enfin. Sans doute définitivement dégoutée de son expérience. Au final, j'ai trouvé cette biographie très émouvante. Joséphine Pencalet (littéralement tête dure en breton) a depuis laissé son nom à quelques rues et places, à la faveur de l'exhumation récente par les féministes des femmes effacées de l'histoire par les hommes.
Un livre historique sur la vie de Josephine Pencalet qui sert de prétexte à la recherche sur les ouvrières des conserveries de sardines, sur l’implantation du syndicalisme et du PCF après la première guerre mondiale. Un regard de côté sur le féminisme. Un livre très documenté (il n’y a qu’à regarder les bas de page indiquant des archives. À la fin on en sait pas beaucoup plus sur Josephine Pencalet mais beaucoup plus sur ces aspects. Par ailleurs, un livre d’accès facile et pas prétentieux. Pour ceux que ce type d’ouvrages intéresse, je recommande.
Livre politique et historique retraçant le récit de la vie de Joséphine Pencalet, ouvrière bretonne Penn Sardin, élue aux élections municipales comme candidate du Parti communiste en 1925, deux décennies avant que les femmes aient reçu le droit de vote. Un livre se voulant être un témoignage de l’époque de cette femme mais aussi de plein d’autres. Accessible et à la portée de tout lecteur