Pour résister à l’assimilation, la protagoniste de ce roman se tourne vers les superstitions et rituels qui lui sont transmis par les femmes de sa famille, un legs intergénérationnel complexe, parfois dur et contradictoire, empreint d’un amour aussi tendre que brutal. Prise entre le rêve de se purifier et le désir d’indépendance, elle récupère les paroles et les enseignements de son entourage pour proposer des fragments faits de voix qui s’entrechoquent, à la jonction de plusieurs cultures où cohabitent les rites païens, les traditions religieuses et les coutumes occidentales, dans un extraordinaire métissage linguistique : en français, en derdja, en kabyle, en anglais, en créole et en verlan, la narratrice exprime comment il peut être déchirant d’appartenir à des communautés qui, dans leur croisement, multiplient les points de rupture.
Lecture complexe à analyser. Son originalité linguistique est sa force et sa faiblesse. On ne comprend vraiment pas tout, mais en même temps c’est une photo d’un parcours de vie et de multiples identités.
Le format déconstruit ne m’a pas tant dérangé. J’arrivais à suivre les filons malgré tout. J’ai été happée par la violence et la sexualité de certains moments.
J’ai bien aimé cette immersion dans les traditions Algériennes entre superstitions et sorcellerie. Le tout en contraste avec les croyances et l’éducation contemporaine de la protagoniste.
Ouvrage à lire pour la charge culturelle qu’il représente.
Anya Nousri est un nom d'emprunt. L'emploi d'un pseudonyme en littérature a ses avantages et ses désavantages, mais offre ici à l'autrice une belle liberté, et une réjouissante absence de filtre.
C'est un récit fragmentaire évidemment sans concessions qui nous est ici offert, en six langues et sur trois continents, carnet d'un déracinement géographique et culturel. C'est l'aspect le plus intéressant selon moi, cette schizophrénie identitaire de la narratrice, qu'elle assume absolument.
Les vignettes familiales sont fascinantes, mais aussi celles des découvertes sexuelles sans tabous. Cette audace est un baume, une rareté dans notre paysage littéraire devenu plutôt prude et autocensuré.
C'est cliché, mais: c'est une lecture "coup de poing".
Je donnerais un 3.5. C’est un roman qui traduit la violence que la narratrice vit en lien avec le fossé qui sépare les différentes cultures qu’elle côtoie. (algérienne, française,québécoise) Plusieurs langues s’entremêlent, (le français, le verlan, le créole, le Kabyle) dans les différents tableaux et les rituels, superstitions contrastent avec son désir d’integration d’autant plus que la narratrice traverse tout ça en s’assumant pleinement. C’est une incursion dans la tête de la narratrice, une photo parfaite de ce qu’elle vit et c’est certainement très éclaté.
3,5 - Une série de vignettes en kaléidoscope qui nous fait rencontrer une jeune femme qui grandit entre l'Algérie, Montréal et Paris. Je crois que j'avais déjà lu quelques uns des textes... mais peut-être suis-je mélangée! Ça se pourrait.
Une véritable exploration de la multitude des cultures, c'est féministe, écrit dans une langue... que dis-je une langue... une multitude de langues! On ne comprend pas tout, certaines scènes font réagir et il y avait un peu trop de sexe pour moi, mais pour la découverte, pour le goût d'ailleurs et les traditions intergénérationnelles, à découvrir.
Destiné à un public cible avisé et assez spécifique (il faut maîtriser un minimum le darija et l’argot montréalais pour tout comprendre). La structure est déconcertante et le contenu cru au possible mais le tout nous partage un vécu avec beaucoup d’efficacité et d’authenticité. J’ai adoré.
Coup de cœur pour ce court récit par fragments. À travers une série de vignettes, la narratrice raconte sa quête de purification à travers divers rituels mais aussi d'indépendance, d'émancipation. La langue est superbement maniée, différents registres (slang algérien, verlan, franglais, keb) se côtoient et ça fonctionne, c'est fluide. C'est souvent souvent cru, percutant, tendre aussi, parfois. Lu en un après-midi, même si j'ai pris mon temps. Parmi les meilleurs textes lus cette année.
J’ai A-D-O-R-É. Wow! J’ai tout lu d’une traite en transport en commun. J’ai tout à fait aimé le mélange de poésie avec la langue populaire. Il s’agit d’un texte littéraire « coup de poing » qui fait réfléchir sur la chance et la liberté qu’ont les sociétés plus féministes, surtout au Canada et en France. Tout y passe. Le racisme. Les effets secondaires de l’immigration. La terre ancestrale. Les chocs culturels. Les mentalités fermées. Les croyances religieuses comme spirituelles. Le patriarcat. La violence familiale. L'inceste. La sexualité. L’estime de soi. La maladie mentale… Pleins de sujets importants, tabous ou non.
Les phrases sont si bien ficelées. Magnifiques! Un texte sublime qui me donne envie de découvrir les courtes publications de l’autrice. Et ses futurs romans (j’espère!). Un roman qui ouvre les yeux, qui fonce tête première.
C’est très beau, être soi-même un choc de cultures. Ou avoir deux cultures, dans ce cas : être issue d’une culture différente de laquelle on côtoie à l’école/en pays étranger de nos parents. Et il n’y a rien de mal à avoir une identité mélangée ou constamment en questionnement; c’est une identité valide. On sent à la fois la Montréalaise et l’Algérienne kabyle en la narratrice. D’abord honteux de ses origines, le personnage principal finit par ouvrir son esprit à l'héritage de ses ancêtres, comme à la sorcellerie.
Ma seule critique est que certains mots arabes ou kabyles ne sont pas définis en note de bas de page à la première occurrence lorsqu’ils ne sont pas expliqués à même le texte. Pour avoir lu Ma mère, ma fille, ma sœur de Mila Younes, je savais ce que certains mots voulaient dire, mais pas tous sont facilement trouvables en ligne. Et puis, je n’avais pas toujours accès à Internet pour les déchiffrer. On peut, par contre, estimer ce qu’ils signifient à la lecture.
Cette lecture était touchante. J’ai été déstabilisée en tant que lectrice de ne pas comprendre tous les mots, mais je crois que c’était exactement le but et que ça soutient la tangeante décolonialiste. J’en aurais peut être pris un peu plus, les fragments manquaient parfois de fluidité, mais c’était tout de même réussi pour un premier roman. Ce genre de voix est important dans la sphère littéraire. 🧡
Ce livre est une immersion saisissante au coeur d'une identité plurielle , un entrelacement vibrant entre le jargon montréalais , le dialecte algérien et les références Amazigh. "On m'as jeté l'oeil" ne se contente pas de raconter : il transporte , il ancre , il restitue avec une justesse rare les nuances d'un héritage souvent éclaté , souvent incompris.
Ce livre m'as ramené aux racines même de mon être. Je le recommande à tout ceux dont l'appartenance se perd entre ici et là-bas.
Audacieux premier livre. J'avais jamais rien lu de tel. Le récit m'a fait réfléchir sur les liens entre sexualité et spiritualité, sur les tensions entre la tradition et la liberté. J’ai été impressionnée par la posture très frontale de la narratrice et par l'inventivité de cette langue métissée, maniée de façon à la fois brutale et chantante.
Excellent premier roman d’Anya Nousri! Fantastique plongée dans un univers de superstitions et rituels magiques des cultures nord-africaines. À l’aide d’une audacieuse et remarquable prose en six langues, elle dissèque de manière féroce et sans compromis une multitude de tabous et de conflits familiaux et questionne le poids de l’héritage intergénérationnel. Soutenu par un regard violent et persuasif sur la sorcellerie, l’auteure parvient tout de même à ouvrir une porte pour un élan d’amour et de réconciliation entre diverses cultures qui peine à se comprendre. Du fait de son format court et certains dialectes que le lecteur pourrait peiner à déchiffrer, l’expérience pourrait s’avérer ardue pour quelques âmes, tout en sachant que l’expérience est voulue par l’auteure. N’en demeure pas moins que l’audace démontrée dans ce roman-fragment est sensationnel, décuplé par un style original et de multiples phrases coups de poings et une portée sociale de grande envergure. Un premier roman fracassant, songé et qui sera appelé à être un coup d’éclat pour le paysage littéraire québécois. À considérer fortement pour un des, sinon le meilleur roman québécois de 2024.
Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi excellent que On m'a jeté l'oeil. Tout y est réussit. L'autrice est incroyablement brillante, sa plume est forte forte FORTE. Merci Anya Nousri, vous êtes très talentueuse. :D