« Si l’on ne peut trouver de jouissance à lire et à relire un livre, il n’est d’aucune utilité de le lire ne serait-ce qu’une seule fois », déclarait Oscar Wilde, qui faisait de la relecture « le critère élémentaire de ce qui est ou n’est pas de la littérature ». Mais que nous apprend au juste une deuxième lecture que la première n’avait pas révélé ? Pour quelle raison les enfants veulent-ils entendre chaque soir la même histoire ? Au fond, pourquoi relit-on ?Voici une singulière enquête sur une passion littéraire aussi dévorante aujourd’hui qu’hier : la relecture. Elle se fonde sur des dizaines d’entretiens avec nos grands auteurs contemporains, de Christine Angot à Jean Echenoz, d’Annie Ernaux à Patrick Chamoiseau. Leurs réponses convoquent les différentes facettes d’une expérience intime et le plus souvent secrète. Décrivant avec délicatesse le pouvoir des lectures-fétiches de l’enfance ou celui de l’érotisme de la répétition, ce livre unique en son genre est un hommage brûlant à la littérature et à ceux qui l’écrivent.
un peu déçue par un essai qui s'annonce très prometteur dans les premières pages, j'aurais aimé que la partie essai, analyse, réflexions soit plus développée. c'est très intéressant d'avoir autant de témoignages à la fin, mais on reste globalement sur sa faim, d'une part et d'autre. et j'ai eu du mal à apprécier que l'autrice ne se concentre sur la pratique que d'une partie très restreinte (élitiste) des lecteurs - sans questionner cet aspect de l'essai. relire proust n'est pas la passion de tout lecteur bref
Un peu déçu que la seconde partie soit juste les interviews, plutôt qu'une sorte d'analyse de celles-ci, mais l'ensrmble du livre me donne sérieusement envie de relire, et mieux encore, de lire (pour relire)
Certains témoignages sont intéressants à lire, mais l'analyse est vraiment indigente et la méthode inexistante. Ne pas se fier au terme d'"enquête" présent dans le titre.
« Cherche-t-on dans la relecture la personne qu’on était ou celle qu’on est devenue? »
C’est en lisant cette question que j’ai pris conscience de la motivation de Laure Murat dans son essai Relire, Enquête sur une passion littéraire. Dans cet essai, elle s’entretient avec différents auteurs contemporains français et gens du milieu du livre, tels que Christine Angot, Annie Ernaux, Éric Chevillard et plusieurs autres. Elle leur a envoyé un questionnaire (disponible à la fin de cet article) pour connaître de quelle façon ceux-ci voyaient la relecture. Elle tenait à donner la parole à ceux qui relisent pour mieux comprendre le charme de se replonger dans un livre qu’on a déjà connu.
Le premier chapitre de l’essai est consacré à analyser la relecture et les raisons pour lesquelles les gens aiment relire ou au contraire n’aiment pas. Quoique cela reste profondément intime, comme le démontreront les réponses des participant-es, il est intéressant d’analyser ce phénomène auquel s’adonnent les amoureux des livres.
N’avons-nous tous pas un livre marquant voire fétiche qu’on aime relire, pour s’y réfugier, s’y blottir? Il y a quelque chose d’assez réconfortant dans le fait d’avoir des œuvres phares qui nous incitent pour de nombreuses raisons à vouloir y replonger.
De mon côté, j’avoue que je ne suis pas une grande reliseuse, si je me compare à certains auteur-es qui ont répondu au questionnaire et qui disent consacrer plus de 10 % de leurs temps de lecture à des relectures. Toutefois, c’est un plaisir que j’ai de retrouver une œuvre que je pense connaître, car chaque fois, j’y décèle de nouvelles choses : une émotion qui vient m’envahir, une compréhension plus profonde de l’écriture voire une étincelle qui m’atteint encore en relisant.
L’actualisation de la lecture
Il y a dans la relecture une constante actualisation de la lecture, chaque seconde où l’on pose nos yeux sur les mots, le sens et la beauté des mots sont actualisés. On ne relit jamais un livre deux fois de la même manière, et ce, malgré que le texte, lui, ne change pas. Ce qui confirme toute l’importance d’une « conversation » qui se produit avec la lectrice ou le lecteur et l’auteur-e. Une œuvre est toujours interprétée ou réinterprétée en fonction de nos yeux du présent. Un livre qui peut nous avoir véritablement touchés dans le passé peut nous laisser de glace en le relisant, il restera toujours marquant néanmoins. Plusieurs auteur-es ont nommé dans cet essai L’attrape-cœurs qui est aussi un livre que j’adore relire. Il était mentionné qu’il s’agit d’un livre souvent plus marquant pour les adolescents que les adultes. Or, je ne peux être que d’accord avec cette affirmation, il reste que c’est agréable parfois d’aller se ressourcer dans des œuvres qui ont forgé nos vies.
Éloge de la lenteur
Prendre du temps pour relire une œuvre déjà connue, c’est aller à contre-courant d’une société de performance et de rapidité. Relire, c’est prendre du temps pour replonger dans une œuvre qu’on a aimé ou qu’on souhaite redécouvrir avec des yeux nouveaux. Il y a une forme de lenteur à vouloir retourner dans des mots d’autrefois. La littérature jeunesse y joue un rôle important, car on a souvent envie de retourner se nicher dans des livres qui nous rappellent des souvenirs d’enfance. Il y a quelque chose du rituel, de réconfortant de relire les mêmes œuvres, sinon pourquoi les enfants voudraient-ils toujours relire le même conte, la même histoire, retrouver les mêmes personnages?
Bref, cette lecture m’a été réconfortante, m’a donné envie d’encore et toujours plus lire et m’a aussi fait du bien. Il s’agit d’un hommage aux lectrices, aux lecteurs et au charme de la littérature. La relecture, comme la lecture, devient des piliers qui nous accompagnent dans la construction singulière de notre soi. Il n’y a rien de plus intime que de lire et de relire des œuvres qui au fond d’elles nous aident à mieux nous comprendre, nous soulagent ou même nous rassurent.
Elle m’a fait du bien parce que, pour moi, c’est toujours un grand bonheur de lire sur les expériences de lectures des autres et d’ainsi me sentir plus près d’une communauté de lecteurs et de lectrices passionnée. Je prends plaisir à découvrir les raisons pour lesquelles une œuvre a touché ou au contraire a laissé la lectrice ou le lecteur de glace. Ce n’est sûrement pas pour rien que j’ai cofondé un blogue littéraire ;)! Il y a dans l’écoute (la lecture) des récits des autres concernant les livres un propre survol de son rapport aux mots, à l’imaginaire et à l’importance de la littérature dans nos vies.
Seul petit bémol, qui n’est pas la faute de l’auteure, elle n’est pas responsable des réponses des participant-es, j’étais parfois déçue de voir la prédominance d’écrits d’hommes dans les incontournables. Flaubert comme Proust étaient cités à répétition et malgré le fait que je ne remets pas en doute l’importance de leurs œuvres, j’aurais aimé y lire plus de noms d’écrivaines. Laure Murat le mentionne d’ailleurs en début d’essai. Il y a heureusement des bijoux de réponses qui nous font oublier ce manque, je pense aux réponses d’Annie Ernaux et de Christiane Angot.
Et vous, aimez-vous relire certaines de vos œuvres préférées et pourquoi? Si vous avez envie de vous prêter au jeu, voici les questions posées par l’auteure aux auteurs invités.
Je ne relis jamais de livres, car il y en a beaucoup trop à découvrir… Quand j’ai vu cet essai, j’étais curieuse de connaître les raisons qui poussent certaines personnes à relire. C’était un ouvrage très intéressant qui m’a fait voir un côté de la lecture que je ne connaissais pas et qui m’a fait comprendre les nombreuses raisons de relire. Peut-être vais-je m’y mettre maintenant?
Si les propos relayés au fil de l’enquête sont intéressants et qu’on ne peut pas en douter (surtout si les auteurices qui se prononcent nous intéressent a priori), c’est surtout la forme de cette enquête que je trouve stimulante, dans son potentiel de transformation de l’essai littéraire en espace de réflexion collective sur l’enjeu / le sujet choisi.
j'ai adoré voir noir sur blanc un de mes péchés mignons... la relecture est si belle 🌷 note à moi-même : la moyenne d'âge pour la première lecture de La Recherche est de 16 à 25 ans... il est grand temps de s'y mettre !!
Il m'a donné le goût de relire Jonathan Livingston le Goëland une huitième fois Et compléter la lecture de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust