« Le toit. C’est là qu’ils se réfugiaient, Kal et lui, quand elle était encore parmi eux. Camel réalise alors qu’ils ont beau être un gang redouté, de terribles tueurs à la solde d’un Parrain puissant, des bandits, des hackers, des guerriers, qui n’hésitent pas à se battre, à prendre des risques, à tuer… Au fond d’eux-mêmes, ils sont tous vulnérables, sensibles et fragiles. Leurs carapaces se sont ébréchées à de nombreux endroits. »
Après le coup de matraque télescopique sur notre pauvre crâne à la fin du volume 1, on attendait de pied ferme cette suite. Et mes aïeux… quelle suite !
Ziggy, chef du Squatt est devenu un déchet dont le goût de vivre a disparu en même temps que Kal. Sa Kal. Son amour.
Cyrius, en second fidèle, prend ses responsabilités et remplace Ziggy comme leader et comme représentant du gang auprès de Dontay, le puissant parrain de la Périphérie sud. Et pour le pauvre Cyrius, cette charge c’est comme de manger les poissons du canal hyperpollué qui borde le Squatt… il ne la digère pas.
Ce deuxième volume est plus sombre et plus tragique que le premier. Il parle d’amour perdu. De deuil. De désespoir. Le Squatt est au plus mal. Avec une morte et un chef aux abonnés absents, il suscite autant de convoitises qu’un quartier de bœuf jeté dans l’enclos des lions.
La complexité de l’univers cyberpunk créé par Élodie Amice est immersive. La géographie de la périphérie se dévoile petit à petit. Si cela n’était pas aussi dangereux pour la santé, on y flânerait presque. L’organisation politique de la pègre est menée d’une main ferme par le Parrain. Une machine bien huilée par les manigances et les ambitions toxiques des individus qui gravitent autour de Dontay.
Pour alourdir une atmosphère déjà surchauffée, la guerre avec le nord est déclarée. Et elle se fera dans le feu et le sang. Le gouvernement de Dowtown, quant à lui, crée des unités spéciales pour éradiquer la pègre de la périphérie. Celle-ci est donc devenu une sorte de succursale de l’enfer. Un endroit explosif ou l’on se méfie de son prochain comme de la peste.
Ami ou ennemi ? Peu importe, faisons tout cramer !
La patte de l’auteure est unique pour passer d’une situation émotionnelle forte à une autre complètement improbable qui nous fait nous écrouler de rire. Une mention spéciale pour les titres de chapitres qui sont savoureux à souhait et touchent souvent au génie.
Le festival continue pour les personnages. Les circonstances les ont fait fatalement évoluer (enfin… sauf Camel qui est toujours aussi boulet). Cyrius, même assommé par ses responsabilités, montre qu’il est un decker aux capacités surhumaines quand il est dans la matrice. Son lien presque vital avec Roy est semblable à celui qui unissait Ziggy et Kal. Gare à ce qui pourrait arriver si quelqu’un ou quelque chose venait à les séparer.
Kervin, créature inclassable, prend du galon et devient l’arme fatale (et incontrôlable) du Squatt. Puis il y a Axell… Un nodocéphale orchidoclaste comme on en fait plus. Beaucoup d’entre-nous adoreraient le voir pendu par la partie la plus sensible de son anatomie. Ne perdons pas espoir… Il y a encore quelques volumes pour voir ce rêve devenir peut-être réalité…
Vous l’aurez compris. C’est prenant, addictif et éminemment jouissif ! Les pages se tournent toutes seules et on en vient à regretter que leur nombre ne soit pas plus important (il n’y en a que 772).
Périphérie Sud. A la Planque, ce sont les heures sombres. Ziggy, le chef du gang, est à la dérive: il fuit ses compagnons et ne survit plus qu'entouré de bouteilles vides et de violence aveugle. Même la terreur de sa petite soeur Ney ne parvient pas à le tirer de ses idées noires destructrices. Désemparé, son second Cyrius lutte pour qu'on ne le force pas à prendre sa place. Mais le parrain est intraitable: le gang du Squatt ne peut rester sans chef. Surtout pas maintenant, alors que la guerre couve avec la Périphérie Nord. Guerre fortement encouragée par Axell, l'ambitieux et fourbe second du parrain, qui est ravi de voir le gang du Squatt partir en lambeaux. Car si Ziggy ne se reprend pas, c'est le gang entier qui va ployer.
Très fan du premier opus que j'avais déjà chroniqué, j'avais hâte de retrouver sa suite, surtout après le cliffhanger de folie ménagé à la fin (faut pas faire ça. Vraiment). On retrouve ici l'univers qui m'a tant plu dans le premier: un univers de classe, dur, violent. A l'exception que maintenant, Ziggy est littéralement détruit, et comme c'était lui qui maintenant un semblant de protection sur son gang, ils prennent tout de plein fouet. Et ça fait mal. Beaucoup moins drôle et enlevé que le précédent, ce tome donne l'impression d'un réveil brutal. Le point fort de ce volume, c'est la manière dont sont développés les personnages. J'ai particulièrement aimé le personnage de Cyrius. On le connaissait taquin, grande gueule, séducteur, insolent, loyal, joueur. Ici, il doit mûrir d'un coup. Et outre son rôle de chef qu'il ne veut pas assumer parce qu'il n'en a clairement pas les épaules, il a aussi celui de ramener Ziggy à la raison. La relation entre les deux hommes est une petite merveille, soigneusement développée dans les quelques 800 pages du livre. Tout comme l'est le rôle de Dontay, le parrain. Car oui, ce microcosme qu'est le Squatt s'inscrit dans un projet plus large qui ne rigole pas. Le rôle d'Axell m'a fasciné: il place ses pions tel un pervers manipulateur, à murmurer à l'oreille du parrain dans un costume impeccable, sans presque jamais se salir les mains. Rival ou alter-ego de Ziggy, il monte au moment même où le héros chute. Bien joué. L'univers de Downtown lui aussi prend de l'ampleur. Plus de doute: on est dans un monde d'anticipation, où on va côtoyer des membres bioniques, des humains génétiquement modifiés pour servir tantôt de machine de guerre, tantôt d'objet sexuel, tantôt d'expérience animalière (tantôt les trois à la fois), et une matrice dans laquelle notre avatar peut rester bloqué (si on ne s'appelle pas Cyrius bien sûr). Ce côté SF fantasmagorique, qui rappelle à de nombreux égards Philip K. Dick ou encore Matrix, c'est tout à fait ma came. Et rien que pour avoir croisé Shanna, la tenancière de peep-show mi-femme mi chatte, ça valait le coup de voir Ziggy s'apitoyer un tantinet trop longtemps.
Après avoir dévoré le premier volume, je voulais absolument lire la suite. J'ai eu la chance de pouvoir de nouveau assister à une dédicace (J'ai donc mes deux premiers volumes dédicacés, ça fait toujours plaisir !).
Petite annecdote que m'a raconté Elodie: le volume 2 contient moins de pages, mais ne vous faites pas berner, il y a tout autant de mots que dans le premier. Il fallait qu'elle réduise le nombre de pages, donc comme il n'était pas possible de toucher à l'histoire, hop ! Petit changement de mise en page.
Ce deuxième tome fait un petit saut dans le temps après la fin du volume 1. Pour le Squatt, Kal est morte. Et pour Kal, Ziggy est mort.
C'est un élément fort qui nous suit pendant une grande partie de ce livre et j'ai vraiment aimé. Cela nous amène à suivre en parallèle plusieurs histoires. On continue à suivre le Squatt et ses aventures, on a aussi le côté d'Axell, mais on a maintenant la vie de Kal, en dehors du gang.
Et heureusement que Kal a sa propre histoire ! Même si c'est un personnage que je n'apprécie pas vraiment, c'est l'histoire de Kal qui nous amène à découvrir de nouveaux personnages très attachants. Non seulement ils sont différents et apportent une nouvelle touche cyberpunk à l'univers, mais vraiment, comment ne pas s'attacher à eux? Ils recueillent Kal et prennent soin d'elle. En fait, dans cette partie de l'histoire, c'est une petite famille, Et Shanna et Peycy veillent sur eux.
Si vous n'avez pas aimé le côté un peu "faible" des femmes dans le volume 1, surtout ne vous arrêtez pas à ça, car dans ce volume 2, c'est tout le contraire:
- Shanna est une femme très forte qui défend ses filles et son établissement bec et ongles (enfin plutôt griffes...). Elle aide Kal et ne se laisse pas faire.
- Kal, de son côté, ose prendre des missions dangereuses dans le but de retrouver le Squatt, elle gagne en agilité et sait un peu plus se battre.
- Sally, même si ça reste plutôt un personnage négatif, montre qu'elle aussi sait user de la ruse et de la manipulation pour avancer petit à petit dans le jeux d'échecs de la vie de la mafia.
- Et alors Shyrza, mais elle c'est devenu un de mes personnages préférés. Elle ne tombe pas dans le piège d'Axell et fera tout pour aider Kal. Après tout, elle ne ment jamais vraiment, elle s'arrange avec la vérité.
Du côté du Squatt, on est sur un champ de ruines. Depuis l'attentat et la supposée mort de Kal, Ziggy est un vrai déchet plus occupé à essayer de ruiner sa vie et boire que de s'occuper de sa famille. Cyrius prend alors sa place et non sans mal. On découvre un peu plus ce personnage que j'aimais déjà beaucoup dans le premier tome.
Ce volume deux est une belle suite de l'histoire qui ne manque pas d'action. On aimera ou détestera certains personnages, et c'est voulu par l'auteur. Mais en tout cas, quand j'ai refermé ce livre, je n'avais qu'une envie... Savoir quand sortira la suite.
le petit +: de nouveaux personnages très attachants et des personnages déjà présents dans le volume un qui ont plus de place et se révèlent.
Le petit -: Des personnages principaux qu'on aime ou qu'on déteste (Pour ma part vous vous en doutez, si c'est un point négatif, je les déteste). Mais ça fait partie du charme de la série !