3.5
Dans ce roman surprenant, Jérôme Ferrari a choisi la Méditerranée comme terrain d’étude. Il y raconte l’histoire d’une famille vivant dans la misère sociale et culturelle, qui fait peu d’efforts pour améliorer sa situation. Cette famille emmerde le monde, produisant une suite infinie de délinquants et d’individus médiocres.
Et c’est le meurtre absurde commis par Alexandre Romani, dernier rejeton de cette famille, qui pose les fondations du roman. Une de ces bêtises qui ne vaut pas que l’on s’y consacre, et pourtant, il y en a plein dans la réalité… L’axe choisi par l’auteur est astucieux et intéressant : il situe tout cela dans un contexte social, culturel et économique, remontant l’arbre généalogique des Romani, évoquant le tourisme oppressant…
La plume de Ferrari est une plume à suivre. Il y a des phrases à rallonge, oui, mais qui nous emmènent dans son tourbillon volubile, parfois sur plusieurs pages, attestant de sa parfaite maîtrise de la langue française. Son style est envoûtant et résolument acerbe, et il ne cache pas son appartenance à l’humour noir.
Le narrateur, un proche des personnages, écrit après l’action et adopte une posture de critique. Il ne s’empêche pas d’être grossier, quand il peut tout aussi bien insulter le sujet de sa phrase par mille tournures farfelues et insolentes. Du fait d’un ego revendiqué, il peut s’attirer l’antipathie de son lecteur, mais c’est pour moi une stratégie qui fonctionne pour rendre un message aigre et cynique. Celui d’une société amère, fausse et en perdition, qui laisse le même goût que celui du café noir. Finalement, le narrateur, si distant qu’il veut bien l’être, n’est pas si différent de ses sujets d’étude…
En fond se cache une critique diffuse, mais assourdissante du tourisme de masse, de la voyoucratie, du consumérisme, de la richesse absurde, de l’idiotie et de la convoitise. Le ton tend à s’accélérer vers la fin, et c’est la colère de l’auteur qui éclate, une colère intellectuelle, justifiée et qu’on peut louer pour la forme qu’il lui a donnée. En conclusion, c’est un roman auquel je ne m’attendais pas, et que j’ai apprécié pour sa dose de fraîcheur. Il manquait cependant quelque chose pour m’emporter réellement.