Coup de cœur pour ce premier roman vibrant de Karine Parquet ! Un an après L'Enragé de Sorj Chalandon, ce récit aborde lui aussi l'histoire de la colonie pénitentiaire de Belle-Ile en mer, rendue célèbre en 1934 par l'évasion de 56 pensionnaires. Le style fracassant et l'écriture poétique de Karine Parquet m'ont transportée. La structure chorale du roman m'a beaucoup plu et je me suis très vite attachée aux personnages principaux, Erik et Ida, dont l'auteure peint avec beaucoup de justesse les tourments. On tremble pour le petit Éloi, on retient son souffle quand Jean rentre de mer, et on espère pour Ida, pour Erik... Une romancière à suivre ! Merci Fabienne pour cette très belle découverte !
Dédicacé par l'autrice elle-même. 😊 J'ai bien aimé son style recherché et cette histoire de femme qui s'émancipe peu à peu. Une belle aventure qui nous plonge dans le passé de Belle-île-en-mer.
Ce roman est aussi fascinant que le déchaînement de la mer au cœur des grandes marées. Belle-Île-en-Mer : le bonheur de voir des gamins courir sur la plage sous l’œil vigilant des moniteurs de colonies de vacances dans les années 70. Mais derrière ces souvenirs lumineux, une autre histoire affleure, plus sombre, plus ancienne…
Une colonie d’un autre genre, pénitentiaire, où l’on envoie des enfants dont le seul tort est d’être nés à une époque où les maisons d’éducation s’apparentaient à des bagnes. Pour ne pas choquer les âmes bien-pensantes, la colonie agricole et maritime deviendra « maison d’éducation ». Mais ici, éduquer rime avec endurcir : les châtiments corporels sont légion. On roue de coups un enfant chétif comme Éloi, simplement parce qu’il est plus faible, avance moins vite, travaille moins fort. Pendant que les autres tournoient au bal, échine courbée, tête collée au dos de celui qui précède, la ronde ne doit pas flancher. Sous l’œil des gardiens, ils ploient, mais, comme Érik – le K ajouté pour la force –, ils ne rompent pas. Érik s’est souvent révolté, a goûté au mitard sans jamais renoncer. Il n’en a plus pour très longtemps : la majorité approche, alors il sera libre. Heureusement, il y a la mer.
Ida, elle, travaille à la conserverie depuis ses douze ans. Fillette, elle galopait pour rentrer aider à la ferme dès qu’elle avait terminé d’étêter, encore et encore. Elle aurait pu quitter l’île, l’héritage le lui aurait permis. Mais il y a eu Jean, le Thonier, fier de son métier, dur à la tâche, mais qui ne supporte pas que son épouse puisse être contremaîtresse alors qu’il n’est pas patron de pêche. Qui lui réfute le droit de lui reprocher de ne pas avoir d’enfant : un fils, c’est bien sa faute à elle. Buveur, jaloux, la tendresse de Jean s’est dissoute dans les embruns.
L’autrice, primo-romancière, signe un texte bouleversant, intense, que l’on quitte avec l’espoir d’une rédemption pour ces amants maudits. Elle décrit la cruauté des hommes, la beauté des lieux – même austères – avec une clarté magnifique. Son écriture, limpide, sans équivoque sur la dureté du vécu de ces enfants bagnards, sait aussi se faire tendre et brute pour saisir la fulgurance des émotions traversées par Érik, Ida, Jean, Éloi.
Ce roman s’inscrit dans une lignée de récits qui ont levé le voile sur les colonies pénitentiaires, comme L’Enragé de Sorj Chalandon ou Le Bagne des enfants de Christophe Belser. Mais ici, la fiction ne dilue en rien la réalité : la colonie de Belle-Île a bel et bien existé, et les enfants qu’on y envoyait n’avaient d’autre horizon que les falaises. Aucune échappatoire, sinon celle que l’imaginaire ou la mer pouvaient offrir. Comme le murmure Karine Parquet à travers la voix d’Érik : « Heureusement, il y a la mer. » Une mer qui nargue, qui berce, qui promet l’ailleurs, même si ce n’est qu’un leurre. Une mer qui, peut-être, sauve.
Ce texte mériterait d’être primé, tant pour la justesse de son écriture que pour la tension dramatique qui traverse les heures sombres de cette île pourtant si belle. Sa fiction, portée par une langue à la fois brute et tendre, donne chair à ces destins oubliés.
Chaque roman que je lis de cette ME me chamboule. Celui-ci n’échappe pas à la règle. La plume de l’autrice est très poétique. J’ai vraiment accroché.
Ici ,il n’y a pas beaucoup de place laissée aux sentiments ou s’ils existent ,ils sont vites balayés par des paroles rudes ,des actes irréversibles,punissables.
Nous faisons la connaissance de deux êtres que tout oppose mais avec un point commun: Ils sont prisonniers tous les deux à leur façon.Entre Erik enfermé dans la colonie pénitentiaire et Ida enfermée dans un mariage dont elle ne veut plus , des similitudes apparaissent.
Ils se rencontrent fortuitement et dés lors,leur pensée est remise en question et une attirance nait entre eux. Erik est un personnage très attachant. Malgré sa volonté de s’en sortir et ne pas finir au mitard,il ne peut que défendre les plus faibles que lui dont Eloi. J’ai tellement souffert pour Eloi, ce jeune garçon qui n’avait rien à faire ici.
Je me suis retrouvée indécise face au personnage de Jean, le mari d’Ida. J’avoue que sa psychologie m’a vraiment perturbée.A savoir si il aimait vraiment sa femme ? Car malgré les mots durs ,il ne la laisse pas même avec un problème dans leur couple qui a cette époque aurait pu amener à la fin de leur mariage. Il lui laisse même le bénéfice du toute pour Eloi! Même si la fin aura donné raison au fait que je ne l’aimais vraiment pas , je n’aime pas du tout ce sentiment de doute qu’il laisse dans mon esprit!
J’ai aimé les descriptions qui nous parlent de la vie sur cette île. De la pêche,du travail des femmes dans la conserverie, de la colonie pénitentiaire. Tout est agréablement décrit.
Il faut noter l’importance de la mer dans ce roman et toutes les connexions qu’elle a avec les différents personnages.
J’avoue juste être restée sur ma fin. Il m’a manqué cette petite chose pour clôturer l’histoire.
Dans les dernières lignes de remerciements, l’autrice nous propose deux liens qui parlent de ces colonies pénitentiaires et c’est vraiment à découvrir car je ne connaissais pas du tout « ces maisons d’éducation surveillées » pour mineurs