Pas exactement ce à quoi je m'attendais, mais cet essai biographique a provoqué et va provoquer chez moi des réflexions intéressantes. Si j'ai eu un peu de mal avec la forme, un peu décousue, et en particulier avec l'aspect plus biographique du livre, le fonds était chouette.
D'abord, j'ai trouvé palpitant d'aborder la traduction femministe dans sa globalité, c'est-à-dire comme un acte contribuant à coconstruire et nourrir la pensée femministe. À cet égard, je trouve particulièrement intéressante l'idée que la traduction, en s'ancrant dans le contexte cible et en recourant par conséquent aux outils et au lexique ayant cours dans le contexte militant d'arrivée, permet aux lecteurices de mieux se nourir de la théorie proposée. Si j'ai souvent pensé la traduction comme un outil permettant d'agrandir la porté d'un texte aux personnes ne comprenant pas la langue source, j'ai négligé l'apport réel en terme de visibilité et de compréhension que pouvait représenter la traduction d'un texte auprès d'un public pourtant capable de lire ledit texte dans la langue source.
À un niveau plus pratique, j'ai aimé le commentaire sur le "faux épicène", et sur le fait qu'il n'existe pas tant de mot "neutre" initialement féminin. Sur ce point, je serais curieuse d'avoir une comparaison avec des personnes germanophones, afin de savoir si leur langue est, potentiellement, moins masculinisée (on y rencontre en effet "Arbeitsgeberin, Inhaberin, etc. dans de nombreux textes).
Enfin, j'ai beaucoup apprécié la pensée plus générale sur la traduction, la réflexion et la théorisation comme des activités collectives: si ce système va de soit lorsque l'on travaille dans une institution, il est tout aussi pertinent dans le cadre de la traduction littéraire.