Joseph Kessel a assisté au procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem. Il en tire un récit remarquable qui dépeint avec caractère la dramaturgie judiciaire qui s’est déroulée en 1961. L’écriture de Kessel est formidable, incisive, ferme, elle réussit à faire entrevoir la personnalité diabolique et vicieuse qui se tient devant la justice et qui tentera jusqu’au bout de prouver son innocence, avec un souci du détail acharné et une minimisation systématique de son rôle qui seront ses seuls remparts. Mais cela ne suffit pas à faire oublier le zèle et l’application qui auront été siens dans l’extermination de six millions de personnes.
« Car, quoi que l'on fit, il était impossible de dissocier l'homme vêtu d'un complet bleu bien coupé, acheté pour lui à Jérusalem, l'homme terne et muet dans sa cabine transparente, de celui de l'horreur, de celui qui avait dirigé, gouverné, choyé, chéri la persécution et le massacre de millions d'hommes. Et aussi de ces quinze années pendant lesquelles il avait tout fait pour protéger sa misérable vie, lui qui présidait sans un serrement de cœur aux massacres et aux holocaustes qui n'ont ni précédent ni équivalent dans l'histoire. »