ça m’a rendu folle la voiture verte indescriptible les pièces sans contours la rivière test toutes les rivières la lape de poche qui allume toutes les lampes de poche du monde les poèmes nouveaux les langues inventées en trois mois et les phrases coupées en deux qui veulent dire autre chose <3
“parce qu'un roman, un poème, aussi grand soit-il, est toujours un espace restreint : on est bien obligé de faire disparaître certaines choses et de les faire réapparaître autre part si on veut avoir le temps de les raconter jusqu'au bout.”
Space est une épopée contemporaine majestueuse, accordant voyage et déambulation sous les yeux ébahis du lecteur qui ne peut que sauter à bras le corps dans ces poèmes déconstruits et ces balades en voiture le soir, phares allumés, dans une nuit qui engloutit petit à petit le paysage. C’est aussi une réflexion brillante sur l’écriture, l’observation, le pouvoir des mots et la pratique de description dans la littérature contemporaine.
“l'objet d'un livre n'est pas de ressembler à la vie, l'objet d'un livre est de rassembler des choses qui dans la vie ne peuvent pas l'être ou bien de rassembler des choses qui ne se ressemblent pas jusqu'à ce qu'elles se ressemblent et forment l'objet unique du livre, ou bien l'objet des livres est de prendre la forme des choses qui nous ressemblent mais qui ne sont pas là avec nous, choses qui sont loin ou qui sont mortes, passées, tombées comme la pluie et la neige entre septembre et avril, et même si des éléments tels que la neige et avril seront représentés ici pour marquer le temps des jours et des nuits, un changement soudain de décor, un mouvement dans le ciel blanc que mille moyens de transport traversent dans tous les sens, et que certains de ces signes feront penser à telle ou telle période du monde, j'aimerais que ça n'ait pas d'effet particulier sur ce livre et que mes personnages soient libres de tout temps particulier. J'aimerais qu'ils ne projettent ni la lumière ni l'ombre de leur époque.”
Gabriel Gauthier, alumni des Beaux arts de Paris, arrive à allier une culture des arts plastiques à une finesse d’écriture surprenante, qui en fait un roman tout à fait hors du commun. Je finirai aussi en parlant de la beauté des amitiés décrites, des sentiments du premier été de ma vie, des premiers rayons de soleil à la sortie de l’hiver, c’est si beau que j’en ai les larmes aux yeux. Merci.
“je n'étais jamais loin de lui, nous étions tout le temps en vacances, tout le temps en voyage, nous dormions dans des maisons anciennes, le parquet était différent dans chacune des pièces et des images nous revenaient sans cesse, des images qui hanteraient n'importe qui, et tout nous regardait, tout nous ressemblait.”