« C’est à quel sujet ? La désertion. La désertion de qui, de quoi. La désertion comme acte politique, philosophique, poétique, pratique ? Déserter, c’est quitter quelque chose. C’est pas juste quitter, c’est refuser.»
C'est un avis subjectif, une tribune militante, c'est dit clairement dès le début donc il ne faut pas prendre ce livre pour autre chose. Évidemment ce n'est pas aussi profond et instructif qu'un essai, ça manque parfois de subtilité, ça ne va pas toujours au bout des idées, mais ça ouvre des réflexions, et j'ai quand même appris des choses, notamment sur le lien entre les ingénieurs et l'armement.
Ça m'a aussi rappelé pleins de discussions qu'on a eu avec Marie sur la meilleure tactique à adopter entre militer ou déserter, sur le privilège de classe que représente la désertion, etc.
Je suis encore plus persuadée qu'avant qu'il n'y aura pas de changement de système sans désertion (plus ou moins) généralisée, bien que cela puisse s'hybrider avec d'autres formes de lutte.
Gros angle mort par contre : l'autrice part du principe que tous les travailleurs sont en souffrance et seraient desireux d'un changement de système / chute du capitalisme. C'est à mon avis une très grande erreur d'appréciation qui explique pourquoi c'est "si difficile d'arrêter la machine" alors qu'on a le pouvoir, en tant qu'individus, de tout stopper du jour au lendemain. Il y a des causes sociales, politiques, culturelles et psychologiques qui expliquent que cet horizon ne soit pas désirable pour tout le monde, mais qui sont complètement invisibilisées dans le livre. Le vrai blocage, c'est qu'on a réussi à faire croire aux individus que la vie qui leur est proposée est géniale. Ça vient de très loin, ça repose sur des mécanismes très complexes et ce n'est pas prêt de s'arrêter
J’ai acheté ce livre pour mieux comprendre les motivations et aspirations des jeunes diplômés qui « désertent » , mais j’ai été déçue. Déserter, ça veut dire abandonner le navire, c’est à dire sauver sa peau et laisser ses camarades en première ligne et les responsables se débrouiller avec le naufrage. Je comprends ça en tant que démarche personnelle : c’est juste impossible pour ces jeunes diplômés de se lever le matin et d’aller travailler comme si de rien était dans une entreprise qui détruit la planète. Cet aspect est bien décrit dans le livre, avec un style original qui rend bien compte de la colère de l’autrice.
Mais prôner la désertion généralisée, c’est autre chose, d’autant plus qu’il n’y a aucune proposition constructive dans le livre. La dernière partie, qui est censée traiter de ce sujet (la société vers laquelle il faut tendre) est très brouillonne et superficielle. OK c’est très mal de fabriquer des armes et de faire la guerre. Mais, donc il faut baisser les bras et laisser Poutine envahir l’Ukraine ?
Détruire sans reconstruire n’est pas une solution. En 2011 l’OTAN a contribué à l’annihilation du régime du dictateur Mouammar Kadhafi en Libye. 15 ans plus tard, c’est toujours le chaos et a priori la vie quotidienne des Libyens ne s’est pas améliorée d’un iota. Personne ne va imaginer la société de demain à notre place. Jeanne Mermet fait partie des personnes les plus intelligentes, les mieux éduquées et les plus éclairées de sa génération. J’attends avec impatience son prochain livre où elle décrira comment peut fonctionner une société occidentale égalitaire et respectueuse des limites planétaires, comment convaincre la majorité de nos concitoyens que c’est la bonne solution, et quelle sera la trajectoire des pays en voie de développement, qui représentent quand même la majorité de la population mondiale.
3,5⭐️ Grave sympa mais plutôt pour celleux qui ont pas trop lu à ce sujet, ça va pas très deep et rien n’est drastiquement nouveau, même si je pense que c’était pas le but j’ai adoré la partie sur le lien ingénieur/armement
intéressant d'un pdv ingénieure. j'ai bien aimé la partie sur grenoble et l'armement car j'ai appris beaucoup de choses, mais à part ça jsp. j'ai l'impression qu'on tourne un peu en rond et qu'il s'agit plus d'un texte idéologique (auquel j'adhère donc ça me va) que pratique et informatif.