"Inga. Je me suis répété ce nom, si clair, que j’avais dû lui dire bien des fois. Elle avait dix-huit ans, peut-être. Pas plus. Toujours en jean et tee-shirt blanc. Elle ne portait pas de bijoux, sauf une petite croix au bout d’une chaîne passée autour du cou. Elle m’avait hébergé dans un appartement où elle restait seule pendant les vacances de ses parents partis sur une île en Suède, m’avait-elle expliqué. La couette du lit étalée sur le sol. Un grand fauteuil en osier dans un angle. Une guitare posée dessus (que jouait-elle sur cette guitare ? Des chansons de Leonard Cohen ou de Joni Mitchell ?). Des posters aux murs. Des livres sur une étagère en bambou. Elle me parlait de celui qu’elle était en train de lire. Je ne me rappelais plus son titre. Mais son auteur était Cora Sandel. Oui, c’est par Inga que j’avais entendu pour la première fois le nom de Cora Sandel."
Pour moi qui suis française et habite à Oslo, à Bislett, ce livre est un voyage dans ma ville d’adoption mais dans ma langue maternelle. Poétique, les descriptions sont précises et on se voit bien déambuler dans les rues de Paris ou dans la parc Frogner à Oslo.
Le roman m’a fait pensé à plusieurs de Modiano. L’importance des lieux pour conjurer l’oubli. L’écrivain a laissé son cœur à Oslo, 30 ( ou 40?) années plus tôt. Il était adolescent et Inga était son premier amour. Pourtant, il l’a oubliée, ainsi que son adresse et d’autres détails qu’il découvre après de longues recherches depuis son appartement à Paris. En même temps, et catalyseur de ses efforts de mémoire, se déroule un autre travail de mémoire initié par la cinéaste norvégienne qui demande au protagoniste de l’aider à retrouver les lieux qu’ Alberte, héroïne du roman de Cora Sandel, a fréquenté dans le Paris du début du vingtième siècle. Ce nom de plume est celui de Sara Fabritius qui comme son héroïne a vécu à Paris pour essayer d’y devenir peintre. Un roman qui m’a beaucoup plu, surtout parce que j’habite Oslo depuis 1972, et que j’y suis arrivée un peu comme le protagoniste de l’histoire. Le pouvoir des lieux sur la mémoire résonne aussi en moi. Une petite faute pourtant gâche un peu le travail. La chanson de Lillebjørn Nilsen n’est sortie qu’en 1986.