Sur la planète Terre, une rivière vivante s'entoure de milieux humides qui protègent la vie. Pourtant, nous lui avons pris ces milieux pour déployer nos villes et nos agricultures industrielles. Corsetées, drainées, bétonnées, les rivières ne peuvent plus nous préserver d'un climat déréglé. Face au péril, il est temps de rendre l'eau à la terre, pour abreuver les déserts que l'extractivisme nous laisse en héritage. Comment ramener l'eau à la vie ? En enquêtant sur le temps profond des rivières. On découvre qu'elles ont coévolué avec une forme de vie qui travaille depuis des millions d'années à hydrater les milieux : c'est le castor. Il ralentit l'eau, l'infiltre dans les sols, la purifie et la donne en partage à tous les vivants. Il façonne ainsi des oasis de vie qui peuvent nous aider à traverser les sécheresses, les feux et les crues. Son action amplifie la vie. Traqué pendant des siècles comme un nuisible, peut-il devenir aujourd'hui un allié ? Le castor peut-il nous inspirer une philosophie de l'action enfin libérée du culte du pétrole, du machinisme et du contrôle ? Saurons-nous apprendre d'un autre animal comment guérir les rivières ? L'enjeu est de changer de paradigme, vers une pensée de l'eau vivante capable de désaltérer un monde assoiffé. En ces temps bouleversés, il est temps de passer des alliances avec des puissances non humaines. D'explorer la possibilité de participer, en humains, à l'autoguérison du monde. Et d'apprendre, nous aussi, à amplifier la vie.
Rendre l’eau à la terre : Alliances dans les rivières face au chaos climatique, de Baptiste Morizot et Suzanne Husky, est un livre engagé consacré à la restauration des rivières et des milieux aquatiques. Il propose de repenser notre rapport à l’eau en s’inspirant des dynamiques naturelles plutôt que de la maîtrise technique. Le castor y occupe une place centrale comme modèle d’ingénierie écologique capable de régénérer sols, zones humides et biodiversité. L’ouvrage mêle écologie scientifique, philosophie et observations de terrain. Il défend l’idée d’alliances entre humains et non-humains pour faire face aux dérèglements climatiques. Le style est à la fois poétique, réflexif et parfois exigeant sur le plan conceptuel. Les nombreuses illustrations facilitent la compréhension et rendent la lecture visuellement attrayante. Ce livre est une œuvre inspirante et marquante pour penser autrement l’écologie de l’eau. A lire.
« Le barrage (l’ouvrage) de castor est une pelote de chemins pour l’eau, qui l’accompagne par la main dans une danse où elle se meut au ralenti. »
« Pourquoi, quand on regarde un barrage de castor avec des yeux de bâtisseur humain, trouve-t-on cela chaotique et désordonné ? […] Quand nous construisons un mur, nous regardons les briques – quand le castor construit un barrage, il voit les flux. […] Nous regardons les solides et le castor voit les forces fluides. Ce ne sont pas les branches qui l’intéressent, l’agencement fixe et matériel de ce qu’il construit, mais comment elles influencent les flux. »
Un livre qui donne de l espoir. Un livre qui ouvre les perspectives et nous fait sortir d’une vision erronée datant de plus de deux siècles. Le tout agrémenté de magnifiques aquarelles pour illustrer le propos. Je le recommande à tous.