Lorsque le détective frappe à la porte de la minuscule maison où Ellie a trouvé refuge, le moment est venu de raconter. L’amour pour May. Le départ de celle-ci, harponnée par son rêve de baleines. Loin d’Eureka, cette ville dévote, cernée de gigantesques champs de maïs. Peu à peu se dessine une enfance, auprès d’un père rigoriste et violent, dans l’orbite des grands propriétaires de la région. Alors qu’Ellie fait tout pour partir à la poursuite de May, le chemin qu’a suivi sa mère se révèle sous ses pas, faisant surgir son fantôme. Ellie découvre alors ce qui hante Eureka, les choses qu’on y tait, celles qu’on n’ose dire qu’à travers la Bible. Et quel fut le destin de la fragile et scandaleuse Eleanor, qui ne voulait pas se soumettre. Dans un premier roman qui impressionne par sa maîtrise et la beauté de son écriture, Anne-Sophie Kalbfleisch suit le passage à l’âge adulte de deux jeunes êtres en quête de liberté, Ellie et May, l’énigmatique et la volcanique.
Eureka, ses églises de différentes confessions, ses champs de maïs, sa jeunesse un peu perdue.
J’ai aimé suivre Ellie, découvrir son père dévot Astor, sa belle-mère Madeleine qui dit oui à tout, son amie May qui rêve de baleines.
J’ai préféré le personnage de Celeste, jeune femme à part, hyper-douée sauf pour les relations sociales. J’ai aimé le lien qu’elle avait créée avec Eleanor, la mère d’Ellie.
J’ai aimé le détective qui ne lâche pas l’affaire et continue de poser des questions 1 an après.
J’ai aimé l’alternance des points de vue : celui d’Ellie qui raconte, celui des faits et gestes de May, puis de Celeste.
Mais j’ai trouvé un peu longue la description de la fuite de May (je l’ai passé en avance rapide, malgré le parallèle avec Moby Dick).
J’ai trouvé la résolution un peu rapide au vue du nombre de pages qui précèdent, mais j’ai aimé le fameux tournesol en plastique qui fait le lien entre le début et la fin du roman.
J’ai eu de la peine pour Ellie, obligé de travailler la nuit pour ne pas que son père le sache, ce qui le fait dormir la journée en cours.
Le tout sur une musique des Judas Priest, ironique quand on connait le degré de religion de cette ville.
Un roman qui pose la question du mensonge ainsi : la Bible enseigne à ne pas mentir, mais est-ce possible ?
L’image que je retiendrai :
Celle des champs de maïs où se déroule la tragédie.
une thématique que je lis avec plaisir (oppression des femmes dans une société très patriarcale et ce qu'elles mettent en place pour survivre) mais une histoire lente qui met trop de temps à démarrer.
Un détective frappe à la porte chez Ellie, elle savait que ce moment viendrait, cinq mois déjà qu'elle a fui Eureka.
Eureka, une ville dévote, entourée de champs de maïs. Ses églises, une ville intolérante, Dieu est partout, le patriarcat domine mais aussi une riche famille avec son usine et son hôpital. Eureka, une ville où sévit la peur, la crainte du changement. Une ville paumée où il n'y a plus d'espoir pour les femmes et les jeunes filles tant la domination des hommes les écrase.
Mais le détective est là, il est temps de raconter. Mais par où commencer car il y a deux débuts, le visible qui a commencé lorsque May, sa seule amie a quitté la ville et l'invisible plus lointain.
Habilement et par le biais d'un roman choral, Anne-Sophie Kalbfleisch nous fait remonter le cours des choses. Tour à tour en plus de l'enquêteur, de courts chapitres au nom de May, Ellie et Céleste s'alterneront dans le temps et dans l'espace. Une construction habile qui nous donnera peu à peu des éléments à assembler pour comprendre ce qui a réellement poussé Ellie à fuir son père Astor et cette ville.
C'est un roman d'émancipation, un roman féministe, noir, très noir mais les ombres révèlent aussi de la lumière.
Ellie a un père violent, rigoriste, qui va à l'église tout le temps et ne laisse aucune liberté, ne donne aucun amour à sa fille. La seule personne qu'elle voit c'est May car son père est pasteur, c'est son unique amie, son amour. Quelles ne sont pas sa surprise et sa peine lorsqu'elle lui annonce alors âgée de 18 ans qu'elle s'en va, quitte cet enfer pour se libérer, parcourir le pays pour rejoindre l'océan et partir sauver les baleines. C'est elle qui va éveiller Ellie.
Ellie n'aura plus qu'une chose en tête, la retrouver. Pour cela il faut trouver de l'argent, travailler de nuit à l'insu de son père. Elle raconte son histoire.
Ce qui marque dans ce récit c'est l'atmosphère, l'ambiance oppressante, la spirale dans laquelle Ellie est condamnée si elle ne fuit pas. Elle va indirectement suivre les traces de sa mère, morte lorsqu'elle était enfant. Suicide, meurtre ? Sa route va croiser des personnes qui savent et peuvent l'éclairer.
Je ne vous en dis pas plus si ce n'est que c'est passionnant, extrêmement bien écrit. Une plume aiguisée qui nous fait vraiment ressentir l'ambiance d'une ville reculée des Etats-Unis. Le poids des croyances et de la religion sont omniprésents. Ce récit nous parle de la violence ordinaire dans les villes de l'Amérique profonde mais aussi de rêve, de liberté, d'émancipation.
A côté de l'ombre, il y a toujours la lumière, l'espoir, c'est le pouvoir des mots, ceux du dictionnaire ou de Melville "Moby Dick"
Un très beau premier roman sélectionné pour le Prix Rossel 2024.
Ma note : 9.5/10
Les jolies phrases
C'est quoi, un parent, finalement ? Un code génétique ? Un nez de travers ? Des yeux bleus ? Ou cet amour inconditionnel, auquel je voulais croire de toutes mes forces ?
Pour comprendre ce qu'il s'est passé, il faut comprendre l'enchaînement des événements. Certains humains explosent comme des bombes atomiques. Astor n'aurait jamais eu cette réaction si je n'avais pas désobéi, et je n'aurais pas désobéi si ... J'hésite. A dire : Si May était restée. J'inspire et je dis : Si je n'avais pas eu besoin d'argent. De beaucoup d'argent. Et c'était aussi vrai. Je n'avais pas menti.
Tout n'est que destruction en devenir. Mais destruction ne signifie pas disparition. On lui a appris que rien ne se perd rien ne se crée. Le grain de suie vient du pétrole, qui vient du plancton. Le ver se nourrit d'un cadavre, qui se nourrissait de chair, nourrie de végétaux. Et ainsi de suite.
Après le mensonge, plus rien n'avait de sens. Mais aussi tout devenait possible. Même l'insensé. Surtout l'insensé.
Si l'enfer a une porte, le mensonge en est la clé !
La remise au jour d'un seul mensonge semait le doute sur tout le reste.
Dans le nettoyage, elle trouve la même satisfaction que dans les mathématiques : dégager un peu d'ordre au sein du chaos.
Mon Dieu. J'avais espéré un conte. Qu'on me dise : gentille princesse, mauvais sort. A la place on me servait les délires d'un esprit malade. Un ramassis de mensonges, juste bons à se déresponsabiliser du pire.
Elle se demande quel est le sens de cette bataille, de toute bataille, y a-t-il jamais un vainqueur ou seulement des perdants ?
Un livre assez bien écrit avec quand même quelques longueurs qui rendent le récit parfois laborieux. Les personnages principaux sont intéressants, bien construits. L'atmosphère de chaque lieu est très bien retranscrite, lourde à souhait. Je ne suis pas forcément convaincue par le message (s'il y en avait un) ni par son exécution.
On m'a offert ce livre notamment parce que l'autrice a décidé de ne pas genrer le personnage d'Ellie, ce que je n'ai pas trouvé très pertinent (ça n'a aucun incidence sur le récit) voire dommage (l'histoire aurait eu plus d'impact, à mon avis, en assumant un personnage principal féminin). La prouesse stylistique de ne jamais utiliser d'adjectif genré est quand même louable.
Je suis également toujours très critique de l'utilisation d'expressions anglaises sans raison là où tout le récit est écrit en français ; la mise en page (avec les sauts de ligne aléatoires) m'a également parue hasardeuse.
Dans l'ensemble, une lecture sympathique sans être transcendante. Ça reste un beau premier roman.
ABANDON : Des champs de maïs à perte de vue, une petite ville paumée des Etats-Unis, des gens qui se connaissent par cœur depuis toujours et forcément, des secrets. Et puis aussi, la place prépondérante de la religion dans cette bourgade... Et puis, il y a un petit mystère, une enquête, quelques secrets inavouables esquissés... Et pourtant, rien ne marche : c'est mou, mouuuuuuu et plouf, j'ai abandonné.
Eureka, une petite ville reculée des États Unis dans les années 90, entourée de champs de maïs, où règnent en maîtres les hommes, l’argent et la religion
les femmes contre les hommes le jour contre la nuit la liberté contre l’enfermement la vie contre la mort
l’écriture, les personnages, la construction du récit, l’intrigue, tout est bon
Eureka ville puritaine qui semble en apparence engourdie par une overdose de sirop de maïs, le maïs et toutes ses transformations régissant la ville. Puis on découvre en dessous une violence des dans l'écriture, dans les personnages qui essaient de se sortir d'un système construit contre elles. J'ai aimé l'écriture l'obstination des héroïnes et le salut des personnages.
Un premier roman incandescent sur la mémoire, la foi et l’amour en fuite
Je ne m’y attendais pas : cette lecture a été une belle surprise. Je l’ai acheté un peu par hasard, aux Quais du Polar, après la présentation passionnée des éditions du Rouergue. Sans ce moment-là, je serais sûrement passée à côté et ç’aurait été bien dommage. Avec une plume à la fois poétique, précise et habitée, Anne-Sophie nous plonge dans l’intimité d’une jeune femme qui tente de rassembler les morceaux épars de son passé pour comprendre son présent, et, peut-être, s’autoriser un avenir. Aux confins d’Eureka
Ellie s’est réfugiée dans une minuscule maison, loin du tumulte de sa vie passée. Mais quand un détective vient frapper à sa porte, les souvenirs qu’elle tentait d’enfouir ressurgissent. Elle se met à raconter : son amour pour May, la fougueuse et insaisissable, attirée par d’étranges rêves de baleines, et leur fuite loin d’Eureka, une ville engluée dans ses dogmes religieux, ses secrets et ses champs de maïs à perte de vue.
Au fil des pages, on découvre une enfance marquée par la violence paternelle et le poids de la religion, une mère fantomatique dont le destin semble étrangement faire écho à celui d’Ellie, et surtout, un besoin viscéral de liberté. C’est une quête initiatique, un roman d’émancipation, d’amour interdit et de fantômes familiaux, qui se construit peu à peu dans une atmosphère étouffante et lumineuse à la fois. Entre silence et transgression
Ce roman explore en profondeur ce que la société cherche à faire taire : l’homosexualité dans une ville dévote, les violences familiales, la honte héritée, le besoin d’échapper à un destin tout tracé. Mais il parle aussi de transmission, volontaire ou non, et de la manière dont les blessures se répercutent d’une génération à l’autre.
La Bible est omniprésente, comme un fil conducteur détourné, outil d’oppression autant que d’interrogation. C’est un livre où la parole est retenue, pesée, crainte, puis enfin libérée, parfois dans la douleur, parfois dans un éclat de beauté bouleversant. Une écriture d’une beauté sidérante
Ce qui m’a le plus frappée dans ce roman, c’est la maîtrise du style. Pour un premier livre, la plume d’Anne-Sophie est d’une maturité rare. Elle alterne entre douceur et violence, entre contemplation et tension dramatique. L’écriture est sensorielle, pleine de souffle, avec des images puissantes et une construction narrative subtile.
Le roman prend le temps de s’installer, de creuser ses silences et ses images. Ce rythme lent, qui pourra sembler long à certains, participe aussi à l’envoûtement et à la profondeur du récit.
Chaque phrase semble à sa place, ciselée avec soin. Anne-Sophie n’a pas peur des silences, des non-dits et elle laisse au lecteur la place de ressentir, d’interpréter. Il y a une vraie pudeur, mais aussi une belle intensité. Émotions en clair-obscur
« Eureka dans la nuit » est un roman qui m’a habitée. J’ai ressenti un mélange de colère sourde et d’émotion brute. La détresse d’Ellie, son amour pour May, la violence latente de cette ville qui voudrait tout contrôler, m’ont bouleversée. Ce n’est pas une lecture facile, mais elle est profondément humaine, honnête et salutaire.
C’est aussi une lecture qui interroge : que transmet-on à nos enfants ? Que fait-on des injonctions sociales et religieuses ? Et surtout : comment se réapproprier son histoire quand on a grandi dans le silence et la peur ?
Si vous aimez les romans puissants, littéraires, introspectifs, « Eureka dans la nuit » est fait pour vous.
Un premier roman à la fois sombre et lumineux, porté par une écriture somptueuse. Anne-Sophie Kalbfleisch signe un texte marquant, où la voix d’une jeune femme s’élève enfin dans la nuit d’Eureka, pour dire l’indicible.