Jeune Allemand issu de la bourgeoisie cultivée, et bientôt à l’abandon, Clemens a tout l’air d’un elfe qui parcourt les massifs de la Forêt-Noire. Alors que le régime nazi resserre peu à peu son étau, sa vie se trouve bousculée de foyer en institut, avec son violon comme un prolongement de lui-même. La virtuosité avec laquelle il s’empare des partitions des plus grands lui permet d’échapper aux enrôlements forcés dans les Jeunesses hitlériennes. Bientôt, une musique terrible arrive de l’Ouest, celle du déluge des bombes alliées qui s’abat sur les villes, emportant le destin de tous dans la guerre… La Symphonie atlantique nous fait entendre Mozart ou Mendelssohn dans le fracas du monde, en un étrange écho avec notre époque. Hubert Haddad ravive avec maestria la culture allemande dévoyée par les nazis et donne la parole aux innocents, aux enfants et aux populations civiles bombardées. Tragique, essentiel et bouleversant.
Hubert Abraham Haddad est né à Tunis le 10 mars 1947, d'un père tunisien d'origine judéo-berbère et d'une mère d'origine algérienne, née Guedj. Après avoir vécu à Sfax, Bône et Tunis, ses parents émigrent à Paris en 1950. Écrivain, Hubert Haddad commence à publier à la fin des années soixante, d'abord dans des revues. Il fonde lui-même plusieurs revues de littérature, comme Le Point d'Être, revue littéraire, ou Le Horla. Très vite, il investit tous les genres littéraires, à commencer par la poésie avec Le Charnier déductif (Debresse, 1968). La nouvelle et le roman tiennent la plus grande part de sa production, avec d'un côté les Nouvelles du jour et de la nuit (deux coffrets de cinq volumes chacun rassemblant soixante nouvelles) et de l'autre une vingtaine de romans comme L'Univers, premier roman-dictionnaire paru en 1999 chez Zulma et réédité en édition augmentée en 1999, ou encore Palestine (Prix des cinq continents de la francophonie 2008, Prix Renaudot Poche 2009). Par ailleurs dramaturge et historien d'art, Hubert Haddad est aussi peintre (expositions à Paris, Chaumont en Champagne, Châlons, Orléans, Marrakech) et à l'occasion illustrateur. Il a publié de nombreux essais, comme Saintes-Beuveries (José Crti, 1989), Les Scaphandriers de la rosée (Fayard, 2002), ainsi qu'une somme encyclopédique en deux volumes sur la passion littéraire et les techniques d'écriture : Le Nouveau Magasin d'écriture (2006) et Le Nouveau Nouveau Magasin d'écriture (2007). Sous le pseudonyme de Hugo Horst, il anime depuis 1983 la collection de poésie Double Hache aux éditions Bernard Dumerchez. Il publie aussi des romans noirs, avec un personnage récurrent, l'inspecteur Luce Schlomo (Tango chinois). Hubert Haddad est un des acteurs de la Nouvelle fiction.
Je n’ai rien de négatif à dire mais à aucun moment je n’ai réussi à être intéressée ou captivée… je n’arrivais pas à faire le focus, bref je l’ai lu mais j’ai pas l’impression de l’avoir lu tellement mes pensées étaient constamment ailleurs 😅
Il est des auteurs dont j’aime prendre le temps de déguster la prose. C’est le cas pour les romans de Hubert HADDAD.
Son dernier ouvrage m’a emmené à Ratisbonne avant la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux plages de l’Atlantique après le débarquement.
J’ai suivi avec intérêt la jeunesse de Clemens, très tôt mis à la musique, gardien du violon de son grand-père.
J’ai aimé cette fusion entre l’enfant et l’instrument, sa découverte de la musique.
J’ai aimé ses premières années au contact de la nature sauvage de la Forêt Noire, dans le château préservé de son oncle, loin de la fureur des jeunesses hitlériennes.
J’ai aimé le pensionnat qui l’accueille, quelques années plus tard, lui aussi un peu à l’abri de l’enseignement du Reich : le directeur tient à ce que les élèves pratiquent la musique et apprennent le grec et le latin.
J’ai aimé les femmes autour de Clemens : sa mère Maria-Hanke trop tôt morte dans un asile ; Handa la jeune fille qui le garde pendant les absences de sa mère ; la bonne de l’oncle qui le protège ; la professeur de musique du pensionnat qui joue toute la nuit avec lui.
J’ai aimé que Clemens n’ait pas d’attaches, seulement son violon et la musique qui lui permet de s’exprimer.
L’auteur utilise un vocabulaire parfois désuet qui oblige le lecteur à prendre le temps de la lecture.
Enfin, j’ai aimé la scène finale avec Clemens et son violon au milieu du fracas de la guerre.
Une citation :
… ils devenaient exaltés et brutaux, levant le bras à tout moment, main tendue, comme des ressorts de piège à souris. (p.87)
L'enfance dans la guerre entre 1933 et 1944. La symphonie atlantique nous plonge dans un conte cruel où l'épouvante le dispute au merveilleux, où l'innocence est irrémédiablement dénaturée, persécutée, métaphore d'un monde promis à l'impérieuse et funeste emprise totalitaire.
Le personnage de Clemens, dont on suit l’aventure jusqu’à sa quinzième année, échappe aux illusions du Bildungsroman cher à la littérature germanique d’avant guerre, pour incarner, garçonnet puis adolescent, un drame intime irréductible aux ordinaires archivages du roman historique comme des bureaux d'état-civil. Son destin se confond avec celui d’une Allemagne fanatisée, sous hypnose et bientôt réveillée sous le grand labour des bombes alliées, mais aussi avec la mémoire de tous les martyrs anonymes du monstrueux arbitraire des guerres modernes.
Clemens évoque cet « ange de l'Histoire » (Walter Benjamin) emporté à son corps défendant par une tempête d’apocalypse vers un avenir sans visage. À l’envers de l’usage de propagande héroïque et funèbre qu’en firent les nazis, la toute présence de la musique, celle des Mozart, Mendelssohn ou Schumann, le sauvera magiquement de la barbarie, le temps d’une symphonie de fin du monde.
Il s'agit dans ce roman d'une poétique de la mémoire rappelant la profonde dualité du haut romantisme européen entre sainteté et tragédie, puissances de la nature et mysticisme. Du deuil de l'histoire et de la pensée allemandes, l'auteur passe à l’évocation d'une autre mémoire, cette fois universelle : la mémoire convulsive et toujours tragique
Un roman historique écrit par un esthète, un orfèvre de la belle langue. Du langage châtié. Style un peu saisissant au début. Il faut s'habituer, se plonger dans sa poésie et côtoyer le beau, le tragique
Il m’aura fallu un certain moment pour me faire à l’écriture de l’auteur qui est assez exigeante mais j’ai finalement adoré sa plume. L’histoire de ce jeune garçon musicien abandonné par tous m’a émue. Une belle ode au pouvoir de la musique.