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Broché
First published June 5, 1989
Il a cette courtoisie des contemplatifs, cette douceur farouche de ceux qui n'en ont jamais fait qu'à leur guise, que suivant une pensée d'eux-mêmes dans leurs jours, une pensée non apprise, solitaire.
On n'écouterait que ça, la parole sacrée, la parole arrachée à l'épaisseur des jours. On ne peut écouter que cette parole-là, solitaire, sans appui. L'autre parole est inaudible, celle qui sert pour le monde. L'autre parole c'est la parole impersonnelle, malade. Elle est malade de sa trop bonne santé, de son aptitude à ne jamais manquer, à faire en sorte que tout se passe bien, que rien ne se passe. L'autre parole c'est la parole sale. Elle est sale d'avoir essuyé trop de mensonges et d'ennui. Elle est sale à force de servir pour la famille et l'étranger, pour la semaine et les dimanches, partout, tout le temps. Elle est sale à force d'être traînée avec soi, partout dans le monde. Peut-être n'écrit-on que pour laver cette parole.
Par amour vous la détachez du tout des vivants et des astres. Vous l'installez au centre du paysage, dans la prunelle de vos yeux.
Il offre à qui sait voir une vision irremplaçable du monde des affaires : un canton, une terre basse, une terre sans ciel, sans espérance. On fabrique du plastique, de l'acier, du carton. On invente des déchets. C'est ça, l'industrie régnante, la grande aventure de l'industrie : c'est ne plus savoir ce qu'on fait et que cela ne mérite pas le temps de le faire, et c'est persuader les autres qu'il faut le faire encore plus, huit heures par jour, huit siècles par heure.
Le livre, on le découvre peu à peu. On le traîne avec soi depuis trois ans, on ne l'a pas terminé. On l'emmène en vacances, on l'ouvre au ciel d'été, de préférence. Comme si, pour le lire, il fallait retrouver une grandeur qui ne se montre dans aucun emploi contrait du temps.
On a une vie qui vous attend. Elle n'est pas faite pour vous, elle n'est faite pour personne. Elle vous attend. À huit ans on devine très bien ces choses-là, et qu'il faudra choisir. Choisir Dieu ou le vide, le travail ou le chômage, le désespoir ou l'ennui, choisir. Seulement voilà, on a trouvé autre chose, on a trouvé les livres, avec les livres on ne choisit plus, on reçoit tout.
Il vous parle de son école. Comme d'un travail, il en parle. Il a raison, puisque le travail c'est d'être où l'on n'a pas choisi d'être, où l'on est contraint de demeurer - loin de soi et de tout.